RDC Sport

Chelsea relève la tête à Anfield avec fierté et cohérence

À Anfield, Chelsea a enfin relevé la tête. Pas avec un récital, pas avec des étincelles offensives à répétition, mais avec quelque chose que cette équipe avait cruellement perdu de vue ces dernières semaines : de la fierté, de la cohérence et un plan clair.

De l’abîme à un point d’appui

Quand Ryan Gravenberch enroule sa frappe dès la 6e minute et ouvre le score pour Liverpool, le scénario semble écrit. Chelsea reste sur une série cauchemardesque en Premier League, flirte avec une statistique infamante – devenir le premier club de l’histoire du football anglais à enchaîner sept défaites de rang en championnat – et se dirige droit vers une nouvelle soirée de naufrage, à quelques jours d’une finale de FA Cup à Wembley.

Mais cette fois, les Londoniens refusent de s’effondrer.

Sur un coup franc d’Enzo Fernández, le ballon traverse la surface sans être touché et termine au fond. Un but heureux, presque contre le cours du jeu. Un but qui change tout, pourtant. Chelsea égalise, se remet à respirer et, surtout, s’accroche à une performance qui ressemble enfin à une base de travail.

Marc Cucurella, intenable dans son couloir, résume l’état d’esprit : l’équipe n’a pas livré son meilleur football, mais elle a combattu. Elle a couru, taclé, compensé. Elle a fait ce qu’une équipe en crise doit faire pour ne pas sombrer.

McFarlane stoppe l’hémorragie et trouve une idée

Les dernières semaines ont été sombres. Course à la Ligue des champions abandonnée en route, Liam Rosenior poussé vers la sortie sur fond de vestiaire réfractaire, défaite à domicile contre Nottingham Forest, pourtant en lutte pour le maintien, pour les débuts de Calum McFarlane comme entraîneur intérimaire.

Le constat était brutal : il fallait arrêter la chute, coûte que coûte. À Anfield, McFarlane y parvient. Et pas seulement avec le résultat.

Pour la première fois de son intérim, et seulement pour la quatrième fois de la saison, Chelsea se présente avec une défense à trois. Un système peu convaincant sous Rosenior, jamais utilisé par Enzo Maresca lors de son passage, et qui n’inspirait pas la confiance. Cette fois, le décor change.

Levi Colwill, titularisé pour la première fois depuis dix mois – sa dernière apparition remontait à la finale de la Coupe du monde des clubs – apporte immédiatement calme et maîtrise. Dans la relance, il dicte le tempo, rassure, oriente. Derrière, la structure tient mieux. McFarlane n’hésite pas : pour lui, Colwill est tout simplement le meilleur joueur sur la pelouse.

À ses côtés, Wesley Fofana retrouve une place qu’il avait perdue sous l’intérimaire, dans une charnière qu’il apprécie. Jorrel Hato, l’un des rares à avoir surnagé durant la mauvaise série, revient lui aussi dans le onze. D’un coup, la ligne défensive gagne en cohérence, en personnalité, en courage ballon au pied.

Cucurella en liberté, Palmer se réveille

Ce choix tactique libère aussi Marc Cucurella. Placé en piston gauche, l’Espagnol peut se projeter plus haut, attaquer l’espace, provoquer Curtis Jones, utilisé comme latéral de fortune côté Liverpool. Il multiplie les courses, crée des décalages, oblige les Reds à reculer.

Plus loin devant, Cole Palmer retrouve un peu de lumière. En manque de réussite, en panne de but en club depuis dix rencontres, il se montre plus tranchant, plus disponible. Il pense même enfin briser sa série noire, avant de voir un but refusé pour un hors-jeu très limite… de Cucurella. Frustration évidente, mais signes encourageants pour un joueur dont Chelsea aura besoin à Wembley.

Ce système à trois derrière tombe à point nommé. Sans quatre ailiers de métier, avec un banc où figurent deux jeunes de l’académie de 17 ans, Mathis Eboue et Ryan Kavuma-McQueen, l’équipe devait trouver une autre manière de menacer. Ce 3-4-2-1 hybride offre une réponse crédible dans l’urgence.

Des blessures, des retours, et City en ligne de mire

Le contexte reste loin d’être idéal. Chelsea espère récupérer Alejandro Garnacho et Pedro Neto pour la finale de FA Cup contre Manchester City. Reece James, lui, a enfin rejoué, entrant en jeu pour la première fois depuis près d’un mois. Quelques minutes seulement, mais un retour symbolique pour le capitaine, au moment où le groupe a besoin de repères.

Le contraste avec l’été dernier est saisissant. À ce moment-là, le club londonien pouvait aligner les références : victoires contre les champions d’Espagne, d’Italie, d’Angleterre et de France, avant de dominer Paris Saint-Germain en finale de la Coupe du monde des clubs. La preuve qu’en match couperet, sur 90 minutes, cette équipe pouvait faire tomber les meilleurs.

Aujourd’hui, la réalité du championnat est bien plus crue. Pas de clean sheet depuis 14 matches de Premier League, pire série depuis la fin des années 1970. Une seule victoire sur les 11 dernières rencontres de l’élite. La cinquième place, synonyme d’Europe, hors de portée, loin des attentes de la direction qui visait au minimum un ticket pour la Ligue des champions.

Un point, un plan, et une promesse pour Wembley

Après la débâcle contre une équipe remaniée de Nottingham Forest, le ton de McFarlane a changé. À Anfield, il retient la réaction, l’attitude, la capacité de son équipe à se hisser au niveau de l’intensité adverse. Il sait aussi qu’avec un peu plus de précision, Chelsea aurait pu repartir avec mieux qu’un point. Les occasions pour faire basculer la rencontre ont existé.

Ce nul, ajouté au succès 1-0 contre Leeds en demi-finale de FA Cup à Wembley, dessine un profil clair de ce Chelsea version McFarlane : une équipe capable de souffrir, de défendre sous pression, mais aussi de rester assez lucide pour exploiter ses temps forts dans les grands rendez-vous.

Le plan de jeu vu à Liverpool n’efface ni les chiffres alarmants du championnat ni les doutes accumulés. Il offre toutefois quelque chose de précieux à une semaine d’affronter Manchester City pour un trophée : une structure qui tient, des leaders retrouvés derrière, un Cucurella lancé plein gaz, un Palmer qui recommence à frapper à la porte.

Chelsea n’a plus grand-chose à sauver en Premier League. Mais sur un match, dans l’arène de Wembley, avec cette nouvelle armature tactique, est-ce vraiment déraisonnable de penser qu’il reste encore une dernière secousse à provoquer dans cette saison chaotique ?