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Celtic en crise : Martin O’Neill face à un défi monumental

À Parkhead, le doute s’installe. Lentement, mais sûrement. Remettre en question la capacité de Martin O’Neill à sortir Celtic de ce trou ressemble presque à un blasphème pour une partie du public. Pourtant, à force de gifles encaissées, la foi commence à vaciller.

Après la débâcle d’Ibrox dimanche, la réaction attendue en Europa League n’est jamais venue. À la place, une nouvelle lourde défaite contre Ferencvaros, trois buts encore concédés, et un sentiment de fragilité qui se répand partout dans l’équipe.

Une pâle copie des grandes heures

Au milieu, les pertes de balle se succèdent. Derrière, les errances se multiplient. Le jeu est négatif, imprécis, sans maîtrise des bases les plus élémentaires : passe et déplacement, tempo, agressivité. L’intensité est trop faible, le volume de course insuffisant, l’engagement à peine perceptible. Tout ce qu’il faut pour se donner une chance de survivre à ce niveau fait défaut.

À 3-1 pour Ferencvaros, Celtic a bien tenté un sursaut. Quelques frappes lointaines, des tentatives désespérées plus que construites. Rien qui ressemble à un pressing coordonné, à des attaques menées à pleine vitesse, à ce football de rupture qui faisait jadis la marque de fabrique du club sous Ange Postecoglou.

À leur apogée, les équipes de Postecoglou incarnaient l’agression, l’inventivité, le risque assumé. Du rythme, de la foi, des appels incessants qui tiraient les défenseurs adverses vers des zones inconfortables. Ce que propose aujourd’hui Celtic n’est qu’une imitation ratée.

Les supporters le sentent. LASK a déjà passé cinq buts. Ibrox a laissé des traces. Ferencvaros enfonce le clou. L’atmosphère rappelle des nuits sombres : Cluj, Copenhague, Sparta Prague. Des éliminations où le club avait perdu son identité, son courage, sa clarté.

Les images reviennent : Legia Warsaw, Salzburg, Maribor. Faible énergie, sifflets nourris, et cette impression terrible d’une équipe sans réponses, vidée de solutions.

Un entraîneur à l’image de son équipe

Après la rencontre, Martin O’Neill a parlé de frustration, d’échec, de dégâts psychologiques. Il a reconnu que ce genre de soirée vous frappe au cœur et met à l’épreuve votre caractère. Il a promis de « se ressaisir » pour la venue de Rangers dimanche. Mais sa voix trahissait autre chose : de la lassitude, un ton éteint.

Il a détaillé les manques de son équipe, sans pour autant dégager l’énergie d’un homme porteur de réponses. Ses mots ressemblaient à la prestation de Celtic : lourds, ternes, déprimants.

O’Neill a pourtant résolu bien des crises dans sa carrière, y compris lors de son retour la saison dernière, quand il a remis de l’ordre dans le chaos et rendu la confiance à un vestiaire déboussolé. Sa personnalité avait alors redonné de la combativité au groupe. Le jeu n’était pas toujours flamboyant, mais l’équipe était férocement difficile à battre. Sur la fin de la course au titre, personne n’y est parvenu.

Ce refus d’abandon paraît encore proche dans les mémoires. Mais, à voir le Celtic actuel, il semble appartenir à une autre époque.

Possession stérile, faiblesses criantes

Le début de match contre Ferencvaros n’avait rien de catastrophique. Celtic est même plutôt bien entré dans la partie. Puis un but concédé trop facilement a tout fissuré. L’égalisation, arrachée sur un éclair de qualité, a laissé espérer un redressement. L’illusion n’a pas duré. L’équipe est retombée dans ses travers : passes de sécurité, peu d’allant, très peu de feu et presque pas d’émotion.

Le deuxième but encaissé, juste avant la pause, résume l’état du moment. Manque de détermination sur un ballon libre, mollesse pour empêcher le centre, désorganisation totale dans la surface. C’est le genre de but que concèdent les équipes faibles, celles qui doutent de tout, même de leurs réflexes.

Les chiffres sont cruels : 62,5 % de possession en première période… pour un score de 2-1 contre eux. Camilo Duran, titularisé dans l’axe à la place de Kasper Hogh, n’a touché que huit ballons. Dans son poste préféré, il n’a presque rien offert. Le joueur enthousiaste, tombé amoureux de Glasgow en quelques semaines, s’est comme évaporé.

Kasper Hogh, lui, arrive d’un Bodo Glimt où il a marqué contre Man City, Atletico Madrid, Inter Milan, Sporting, Porto, Jagiellonia et Olympiacos. À Celtic, il est devenu un avant-centre maladroit, premier contrôle défaillant, privé de ballons exploitables. Il n’a marqué que lors d’un seul de ses huit matches sous ce maillot. O’Neill n’a pas encore trouvé la clé d’un joueur recruté pour 11 millions de livres.

Même Callum McGregor, le repère absolu, paraît perdu. Son influence se délite. Sa parole reste forte, mais son jeu ne porte plus l’équipe comme avant. O’Neill possède l’expérience et l’intelligence pour enrayer cette chute, mais le temps presse. Et, pour l’instant, ni son langage corporel ni ses déclarations ne respirent la conviction.

Arzani, le symbole qui fait mal

Dans cette spirale, on en venait presque à s’attendre à un but de Daniel Arzani. L’ancien de la maison, passé comme une ombre à Celtic, a choisi ce soir-là pour rappeler son nom.

Son but a été superbe, et terriblement révélateur. Une contre-attaque qui met Celtic à nu, une désorganisation totale, une poursuite vaine. Colby Donovan, monté trop haut, se retrouve à sprinter en catastrophe vers son propre but. Arzani, lui, a tout son temps sur le côté gauche. Il ajuste, arme, enroule dans la lucarne. Simple, clinique. Humiliant pour la défense.

L’image fait mal : plus de structure, plus de repères. Une action digne d’un vieux film burlesque, avec des défenseurs courant dans tous les sens.

Un Celtic cassé avant le choc

O’Neill a besoin de réponses. De beaucoup de réponses. Vite. Le football reste un sport étrange, capable de retournements brutaux. Peut-être les trouvera-t-il. Mais aujourd’hui, son équipe manque de tout : idées, conviction, calme, puissance physique, solidité mentale, créativité, tranchant, goût du duel.

Le manager lui-même donne l’impression d’être à court d’inspiration. Il a déjà rebondi dans des contextes compliqués, on s’habitue presque à le voir retomber sur ses pieds. Cette fois, la liste des chantiers est longue.

Callum McGregor a reconnu que l’équipe était « un peu cassée » en ce moment. De l’autre côté de la ville, Rangers doit regarder ce Celtic blessé avec appétit. Une proie idéale, sur le papier. Mais aussi un animal acculé, dangereux par réflexe.

Dimanche, à Celtic Park, le deuxième acte de la saison entre les deux géants de Glasgow ne ressemblera pas à un simple match. Il dira jusqu’où cette fracture va, et s’il reste encore, quelque part, un cœur qui bat dans ce Celtic-là.