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Canelo remporte la ceinture WBC à Riyad

Dans une ville sous tension, Saúl « Canelo » Álvarez a choisi la lumière du ring plutôt que l’ombre des sirènes d’alerte. À 36 ans, le Mexicain a repris la ceinture WBC des super-moyens en dominant Christian Mbilli aux points, décision unanime, dans la nuit de samedi à Riyad.

Les juges ont rendu leurs cartes : 115-112, 116-111, 117-110. Large, net, sans débat. Le baromètre officieux du soir voyait la même chose.

Un combat sous haute menace

Le décor, d’abord. Kingdom Arena maintenue, mais une capitale sous haute sécurité après une série d’attaques de missiles et de drones revendiquées par des forces houthies soutenues par l’Iran. Des événements annulés, dont l’exhibition de tennis Six Kings Slam. Des vols internationaux suspendus. Une frappe sur l’aéroport King Khalid, au moins 12 morts, plus de 300 blessés.

Dans ce contexte, beaucoup auraient reculé. Pas Canelo. Turki al-Sheikh, patron de la General Entertainment Authority et architecte de la nouvelle puissance saoudienne dans la boxe, l’avait raconté plus tôt dans le mois : le Mexicain lui avait assuré qu’il monterait sur le ring « quoi qu’il arrive ». Il a tenu parole.

Le vieux maître contre la vague Mbilli

Face à lui, Christian Mbilli, 31 ans, Franco-Camerounais promu champion WBC à plein temps après le départ de Terence Crawford de la catégorie. Un record jusque-là immaculé : 29 victoires, un nul, aucune défaite. Un style frontal, pression constante, volume de coups élevé. L’archétype du jeune roi qui veut renverser l’empire.

Dès les premiers rounds, le scénario se dessine. Mbilli avance, coupe le ring, cherche à noyer Canelo sous les enchaînements. Le Mexicain ne panique pas. Il bloque, il absorbe, il observe. Puis il pique.

Les contres partent en rafale, précis, cruels. Le travail au corps, marque déposée d’Álvarez, commence à rogner peu à peu les appuis du Français. Chaque crochet au foie rappelle que, malgré plus d’un an sans combat, le timing du champion n’a pas rouillé.

Le tournant arrive au septième round. Mbilli continue de marcher vers l’avant, mais une ouverture s’ouvre au centre. Canelo déclenche un uppercut sec, chirurgical. La tête de Mbilli bascule en arrière, les jambes vacillent. Il reste debout, par orgueil et par métier, mais le message est clair : la différence de niveau dans la précision des coups saute aux yeux.

Canelo, le retour du patron

Ce succès ne vaut pas qu’une ceinture. Il répare une cicatrice. En septembre 2025, Terence Crawford l’avait fait chuter aux points, décision unanime, lui arrachant son statut de champion incontesté des super-moyens et ses quatre ceintures majeures. Une défaite rare, la troisième seulement de sa carrière professionnelle.

Samedi soir, Canelo a remis les choses en place. Son bilan grimpe désormais à 64 victoires, 3 défaites, 2 nuls. Mbilli, lui, découvre pour la première fois la dureté froide d’une ligne « L » sur son palmarès.

À l’issue du combat, le Mexicain laisse filtrer l’émotion. « C’est quelque chose d’incroyable. J’ai l’impression que c’est mon premier titre. Maintenant, après 21 ans en professionnel… Il y a 16 ans, j’ai gagné mon premier titre. Aujourd’hui, je regagne ce titre. Je suis tellement fier de mon équipe », lâche-t-il, en anglais, au milieu des projecteurs.

Puis, presque comme une confession : « J’aime la boxe. C’est pour ça que je suis ici, parce que j’aime encore la boxe et que j’en profite énormément. »

Une salle pleine, une famille loin

Dans une Riyad qui veut s’affirmer comme capitale mondiale du sport, l’image est forte : Canelo au centre du ring, ceinture verte et or autour de la taille, pendant que les débats sur les droits humains et les accusations de « sportswashing » grondent en toile de fond. La stratégie saoudienne, portée à bout de bras par Turki al-Sheikh, a encore frappé fort en attirant l’une des plus grandes stars du noble art.

Mais tout le monde n’était pas là pour le voir. Et le Mexicain le souligne dans un passage plus intime, en espagnol cette fois : il remercie sa famille « qui le regarde de loin pour la première fois ». Il cite ses frères, ses parents, ses filles, son fils, sa femme – absents « en raison de certaines circonstances ». Pas un mot de plus. Pas de lien explicite avec la situation sécuritaire. Mais le sous-texte plane au-dessus de la salle.

Mbilli apprend la dure loi du très haut niveau

Pour Mbilli, cette nuit laisse un goût amer. Il avait été propulsé champion WBC après avoir d’abord régné en intérimaire, son nul en sous-carte du choc Álvarez–Crawford contre Lester Martínez ayant mis fin à sa série de 29 succès consécutifs sans le faire chuter. Cette fois, la marche était un cran trop haute.

Il n’a pas manqué de courage. Il n’a pas manqué d’intention. Mais au très haut niveau, la différence se joue dans les détails : la propreté des coups, la gestion des temps faibles, la capacité à transformer une ouverture en punition immédiate. Canelo a coché toutes ces cases.

Le Français quitte Riyad avec une première défaite, mais aussi avec la preuve qu’il peut tenir sa place face à un monstre sacré. Reste à savoir comment il rebondira, et à quelle vitesse il se rapprochera à nouveau d’une ceinture mondiale.

Riyad, Canelo, et la suite

Pour l’Arabie saoudite, ce combat coche une autre case dans sa quête de légitimité sportive. Les missiles n’ont pas empêché la cloche de sonner, les annulations d’événements n’ont pas fait reculer la boxe. Le message est clair : le royaume entend rester une place forte du calendrier.

Pour Canelo, la question est différente. Il a prouvé qu’il n’était pas fini, qu’il pouvait encore battre un champion invaincu, qu’il restait un visage incontournable de la catégorie. Il a repris une ceinture, retrouvé son rang, rappelé à tous pourquoi son nom pèse si lourd dans l’histoire récente du ring.

La ceinture WBC est de retour autour de sa taille. Les super-moyens, eux, savent qu’un vieux roi vient de remettre la couronne en jeu. Qui osera venir la lui contester maintenant ?