Canelo Alvarez reprend le titre WBC à Riyad
Sous les lumières cruelles de Riyad, là où la boxe se mélange désormais aux tensions géopolitiques, Saul « Canelo » Alvarez a repris ce qui, dans son esprit, ne lui avait jamais vraiment échappé : le titre WBC des super-moyens. Une ceinture, mais surtout un statut. Celui du patron.
Un an à peine après avoir laissé ses couronnes à Terence Crawford, le Mexicain a réapparu comme on revient d’un long hiver : prudent au départ, puis irrésistible. À 36 ans, pour son 69e combat professionnel, il a dompté Christian Mbilli par décision unanime, avec des cartes nettes : 115-112, 116-111, 117-110.
Mbilli, invaincu jusque-là en 31 combats, a découvert ce que signifie affronter un homme qui a passé sa vie au sommet.
Mbilli à l’assaut, Canelo au contrôle
Le Camerounais, installé au Canada, entrait en scène pour sa première défense de ce titre WBC obtenu en janvier. Il savait qu’il devait imposer son rythme. Il l’a fait dès les premiers instants.
D’entrée, Mbilli a pressé. Corps en avant, volume de coups, pression constante. Il a enfermé Canelo dans les coins, l’a pilonné contre les cordes, tenté de briser le tempo du Mexicain. Sur le papier, le plan paraissait juste. Sur le ring, il s’est heurté à autre chose : la science froide d’un contreur d’exception.
Alvarez a encaissé, bougé le buste, roulé sous les crochets. À chaque série de Mbilli, une réponse sèche. Un crochet, un direct, un regard. Parfois un simple hochement de tête, presque méprisant, pour signifier que les coups ne l’atteignaient pas vraiment. Puis il l’invitait à revenir. Encore. Et encore.
Mbilli lançait plus de coups. Canelo, lui, lançait mieux.
Le virage du combat
Le moment clé est arrivé au milieu du combat. À la sixième reprise, Alvarez a commencé à creuser l’écart. Deux uppercuts du droit, claqués en pleine trajectoire, ont stoppé net l’élan de Mbilli. La différence de puissance a sauté aux yeux. À partir de là, le combat a changé de tonalité.
Le schéma s’est figé : un Mbilli toujours volontaire, actif, mais souvent brouillon, face à un Alvarez qui lisait les attaques, les anticipait, et plaçait les coups les plus propres. Chaque erreur du champion en titre se payait cash.
Comme si cela ne suffisait pas, Mbilli a été pénalisé d’un point pour des frappes à l’arrière de la tête. Un coup dur, au propre comme au figuré, dans un combat où il n’avait déjà que très peu de marge.
À mesure que les rounds défilaient, Alvarez a commencé à gérer. Il a fermé les angles, ralenti le rythme quand il le souhaitait, accéléré juste assez pour rappeler qui tenait les commandes. Mbilli, courageux jusqu’au bout, a continué d’avancer, de tenter, de serrer les poings. Mais la menace s’étiolait.
Une leçon de timing
La défense d’Alvarez, toujours aussi compacte, a fait la différence. Son timing aussi. Il n’a pas eu besoin de livrer une guerre totale. Il a livré une démonstration de maîtrise. Les rares éclairs de Mbilli en fin de combat, quelques droites lourdes et bien senties, n’ont pas suffi à renverser le scénario.
Canelo, lui, a ajouté une 64e victoire à un palmarès déjà monumental, lui qui a régné sur quatre catégories de poids. Il retrouvait surtout un titre mondial pour la première fois depuis sa défaite face à Crawford, et combattait pour la première fois depuis 2015 sans ce statut de champion. Une anomalie corrigée.
Au moment de parler, la voix a trahi l’émotion que le visage tentait de contenir.
« C’est tellement difficile à expliquer, a-t-il soufflé. C’est incroyable, ce sentiment. Comme mon premier titre. Trente et une années en professionnel. Il y a seize ans, je gagnais ma première ceinture. Aujourd’hui, je gagne à nouveau. Je suis tellement fier. »
Un ring sous tension
Ce combat n’a pas seulement existé entre quatre cordes. Il a existé dans un contexte lourd, presque irréel.
Depuis plusieurs semaines, des doutes planaient sur la tenue de l’événement, sur fond de conflit entre l’Arabie saoudite et le mouvement houthi au Yémen. Deux jours seulement avant le combat, l’agence de presse saoudienne annonçait l’interception de deux missiles balistiques au-dessus de Riyad par la Défense civile.
Début octobre, une frappe sur l’aéroport international King Khalid avait tué 13 personnes et blessé plus de 300 autres. Dans ce climat, plusieurs événements sportifs majeurs prévus en Arabie saoudite ont été annulés : une exhibition de tennis, la dernière manche du Championnat du monde des rallyes 2026, ainsi que les Mondiaux urbains de cyclisme 2026.
Le monde des sports de combat, lui, a tenu bon. Le gala a eu lieu. Le contraste était saisissant : à l’extérieur, la menace. À l’intérieur de l’arène, la célébration d’un champion revenu de tout.
Et maintenant ?
Alvarez n’a pas donné de nom pour la suite. Pas de provocation, pas de défi lancé au micro. Seulement une ligne de conduite.
« Je vais me reposer. Je vais continuer à apprendre. Continuer à travailler dur », a-t-il assuré. « Je prends quelques semaines de repos, et je reviens. »
Il a quitté le ring sans ceinture sur l’épaule, mais avec quelque chose de plus précieux pour lui : la certitude d’avoir prouvé que le temps ne l’avait pas encore rattrapé.
La division des super-moyens, elle, vient de recevoir un message limpide : Canelo est de retour au sommet. La vraie question, désormais, n’est plus de savoir s’il a décliné. Mais qui osera monter le prochain sur la ligne de feu.




