Bruno Guimarães : Larmes et transfert vers Arsenal
Au moment de signer, Bruno Guimarães savait que ses yeux piqueraient. Qu’il faudrait encaisser. Regarder droit devant, vers le rêve, en laissant derrière lui un club où il avait été adoré comme rarement. Son été a été un tourbillon : un excellent Mondial sur le plan individuel, mais plombé par ce penalty manqué en huitièmes contre la Norvège. Et, dans la foulée, ce choix déchirant : quitter Newcastle pour Arsenal.
Entre deux nuits blanches, le milieu brésilien a pesé chaque souvenir. Son arrivée en provenance de Lyon en janvier 2022. L’ascension fulgurante. Les qualifications en Ligue des champions. Surtout cette Carabao Cup 2025 qui a mis fin à 70 ans de disette nationale. Newcastle, ce n’était pas qu’un club, c’était une histoire d’amour. Mais sur la table, il y avait Arsenal. La promesse de jouer, chaque saison, les plus grands titres. À un moment, il a fallu trancher.
Le vestiaire qui se disloque a fini de le convaincre. Anthony Gordon parti à Barcelona, Sandro Tonali à Tottenham. Eddie Howe au bout de son cycle, sur le départ. Le projet qui change de visage. Guimarães l’a compris : rester, c’était peut‑être regarder passer le train. Alors il a accepté ce transfert à 75 millions de livres vers le nord de Londres. Personne ne peut dire, aujourd’hui, que le pari tourne mal.
À Arsenal, on voyait en lui une pièce différente, un joueur capable de casser les défenses d’une autre manière. Son volume, sa grinta, cette façon de mordre dans les duels. Tout ce qui faisait de lui un chouchou à Newcastle, il l’a ramené dans ses valises. Et l’impact s’est vite vu. Son premier but sous ses nouvelles couleurs, à Sunderland en septembre, a ouvert la voie à un succès 2-0. Deux journées de Premier League plus tard, il offre la victoire à domicile contre Leeds.
Mercredi, il a failli frapper encore plus fort. En Ligue des champions, sur la pelouse du Bayern Munich, sa tête à bout portant semblait filer au fond avant que Manuel Neuer ne signe une parade insensée. Si ce ballon rentre, Arsenal mène 2-1. Le match se termine finalement à 2-2, les Londoniens arrachant l’égalisation à la 82e minute grâce à Declan Rice. Guimarães a vu le but lui échapper, mais pas le message : cette équipe refuse de lâcher.
Reste qu’il n’a pas tourné la page si facilement. La date du 21 novembre, déplacement à Newcastle, est déjà encerclée dans son agenda. Il y retournera en adversaire, avec une idée fixe : recréer à Arsenal ce lien presque fusionnel qu’il avait noué dans le nord‑est.
« Ce n’était pas seulement difficile de le dire à Eddie, mais aussi aux propriétaires et à mes coéquipiers », confie-t-il. « Le club entrait dans une nouvelle rotation, beaucoup de joueurs sont partis, le coach aussi. Ma connexion avec Newcastle était incroyable. Je ne me suis jamais senti autant aimé. J’espère retrouver le même amour ici à Arsenal. »
Le départ a laissé des traces. La scène d’adieux dans le vestiaire l’a marqué au fer rouge. « Quand j’ai dit au revoir aux gars, je pleurais. Ils pleuraient aussi parce qu’on était une famille. J’ai perdu beaucoup de nuits de sommeil, c’était dur pour moi, pour ma famille. Mais parfois, dans la vie, il faut prendre des décisions. Dans ma tête, j’avais besoin d’un nouveau défi. Je souhaite le meilleur à Newcastle, ils ont été tellement gentils avec moi. Il était simplement temps d’avancer, et je profite aussi de mon temps ici à Arsenal. »
Au cœur de ce nouveau chapitre, il y a ce milieu qui prend forme avec Rice et Martin Ødegaard. Trois joueurs, trois profils, une même idée : occuper tous les registres, tous les espaces. Les rôles bougent, s’ajustent, se superposent. On sent Mikel Arteta obsédé par l’équilibre parfait.
« Declan peut jouer – comme moi – en 6, en 8 ou en 10 », détaille Guimarães. « Le coach essaie encore de sortir la meilleure version de nous. Contre le Bayern, j’ai joué plus en 6, Declan plus en 8. J’adore jouer avec lui, avec Martin aussi. On est sur une bonne dynamique. »
Le contraste amuse quand on se souvient de leurs duels d’hier. Les batailles entre le Guimarães de Newcastle et le Rice de West Ham, puis d’Arsenal, ont été disséquées partout. Avant de signer, l’Anglais lui a envoyé un message : « Plus de bagarres, maintenant on est amis. » Guimarães, lui, reste ce joueur que vous détestez affronter, mais que vous adulez dès qu’il porte votre maillot.
Quand on lui demande ce qu’il a pu lancer de pire à Rice sur le terrain, il esquisse un sourire. « Difficile à dire. Je suis comme ça quand je joue contre les équipes. Quand on s’affrontait, je n’étais pas gentil avec lui, il n’était pas gentil avec moi ! Maintenant, on essaie de s’aider sur le terrain. »
Face au Bayern, un autre monument lui a barré la route : Neuer. Sa tête semblait imparable, le gardien de 40 ans l’a sortie en claquant le ballon sur la barre avant de l’éloigner. « Il a sorti un miracle », souffle Guimarães. « Je lui ai demandé après le match : “Comment tu as fait pour l’arrêter ?” Il m’a répondu : “Je ne sais pas. J’ai juste arrêté le ballon !” Il est incroyable, l’un des meilleurs gardiens du monde. Peu importe son âge, il est au top. »
Ce que le Brésilien voit surtout très clairement, c’est la férocité de la mentalité à Arsenal. Une exigence permanente, insufflée par Arteta. Un nul à Munich ne satisfait personne. « La mentalité du club a beaucoup changé et Arteta l’incarne parfaitement », insiste-t-il. « On n’accepte pas un nul au Bayern. On veut toujours gagner. C’est avec cette mentalité qu’on arrive tous les jours à l’entraînement. Arteta est un peu accro aux vidéos et à la façon de nous faire mieux jouer sur le terrain. On a un coach de très haut niveau avec une mentalité de très haut niveau. On veut tout gagner, tout ce qui est possible. »
Samedi, c’est Everton qui se présente à l’Emirates. Un autre test, un autre pas dans cette saison où Arsenal se voit enfin comme un prétendant à tout. Au milieu de ce projet, Bruno Guimarães ne doute plus : il a choisi le bon camp. La question est désormais simple : jusqu’où ce nouveau milieu, et ce nouvel Arsenal, peuvent-ils l’emmener ?



