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Bruno Guimarães rejoint Arsenal : une histoire de transferts ratés

Les nuits blanches de Bruno Guimarães ont finalement trouvé leur sens à Londres. Six ans et demi après avoir attendu, le téléphone à la main, dans son appartement de Curitiba, le milieu brésilien porte enfin le maillot d’Arsenal. Et ce n’est pas un simple transfert à 75 millions de livres. C’est l’aboutissement d’une histoire faite de rendez-vous manqués, de promesses, de regrets… et d’une obsession réciproque.

Le transfert qui n’est jamais arrivé

Retour en arrière. Athletico Paranaense vient de battre Santos 1-0 à domicile. Guimarães domine le milieu, comme souvent. Il sait que quelque chose se prépare. Un accord à 26 millions de livres avec l’Atlético Madrid est dans les tuyaux, au point qu’il retient ses larmes en saluant les supporters du Furacão. Il se voit déjà à Madrid. La Liga, le Wanda Metropolitano, un nouveau monde.

Noël passe. Le marché de janvier s’ouvre. Rien ne se concrétise.

L’Atlético tergiverse. Benfica arrive avec une offre. Et soudain, un nouveau nom entre dans la danse : Arsenal. Le président d’Athletico, Mario Celso Petraglia, confirme l’intérêt. Edu, directeur technique des Gunners, suit de près la montée en puissance du milieu brésilien, déjà moteur de quatre trophées, dont la Copa do Brasil et la Copa Sudamericana.

Le profil plaît, l’approche est directe. Mais les finances ne suivent pas. Dans cette brèche s’engouffre Lyon, emmené par une légende brésilienne : Juninho Pernambucano.

Juninho, la promesse et le virage lyonnais

Juninho connaît la route. Il a gagné avec Vasco da Gama avant de marquer l’histoire de Lyon. Aux yeux de Guimarães, c’est un héros. Sa parole pèse lourd.

Son message est simple, presque prophétique : signe à Lyon et tu peux devenir l’un des meilleurs milieux du monde.

Le cœur du joueur balance, mais l’argument fait mouche. Arsenal n’a pas les moyens de s’aligner. Lyon, si. Un accord à 17,1 millions de livres est trouvé. Au moment de parapher son contrat en France, le jeune international U23 brésilien règle ses comptes avec l’Atlético Madrid d’une phrase sèche : « Personne ne m’a appelé. » Le club espagnol, qui avait mené la course, finira par regretter ce silence.

Pendant ce temps, à Londres, Arsenal voit une première chance s’envoler.

De Lyon à Newcastle, Arsenal encore trop court

Deux ans plus tard, le décor a changé, mais le scénario se répète. Guimarães passe sa visite médicale pour Newcastle… depuis le Brésil, alors qu’il est en sélection. Un détail qui dit tout de sa nouvelle dimension.

Arsenal est là, encore. Mais une fois de plus, le club londonien arrive désarmé. Les Gunners viennent de recruter Martin Ødegaard et Albert Sambi Lokonga l’été précédent. Newcastle, porté par sa nouvelle puissance financière, frappe plus fort. Arsenal s’incline.

La facture tombe rapidement. Quelques mois plus tard, Guimarães marque et brille dans un succès 2-0 de Newcastle face à Arsenal, un match qui coûte cher aux Londoniens dans la course à la Ligue des champions. Le Brésilien ne se contente pas de jouer contre eux. Il les bouscule, les provoque, les énerve. Il s’invite dans leur tête.

Statistique révélatrice : il a remporté plus de duels face à Arsenal (71) que contre n’importe quelle autre équipe de Premier League. Une obsession, déjà, des deux côtés.

Un joueur qui va là où on le désire vraiment

Si Guimarães a toujours choisi ses clubs avec autant de soin, ce n’est pas un hasard. Enfant à Rio de Janeiro, il a surtout connu les portes qui se ferment. Le futsal l’obsède, mais Fluminense et Botafogo ne le retiennent pas.

Son père, Dick, ne lâche rien. Chaque week-end, il avale les 269 miles qui séparent Rio d’Osasco pour voir son fils jouer avec Audax, dans l’État de São Paulo. Des heures de route, des dépenses, de la fatigue. Et une éducation sans fard.

Quand Bruno perd, le menu est simple : sandwich jambon-fromage et jus. Quand il gagne, il a droit à ce qu’il veut. La victoire a un goût, une récompense, un souvenir. Ces moments-là, il les porte aujourd’hui sur la peau.

Le numéro 39 qu’il s’apprête à enfiler à Arsenal n’est pas un hasard non plus. C’était le numéro du taxi de son père à Rio, le même véhicule qui l’emmenait à ses matches de jeunes. Un symbole de sacrifice, de départs à l’aube et de retours tardifs, bien avant les projecteurs de la Premier League.

Le maillot 39, une place laissée libre pour lui

À Londres, le destin s’est même glissé dans les détails. Louie Copley, jeune talent de l’académie d’Arsenal, portait récemment le 39 à l’entraînement et en match. Victime d’une grave blessure au genou en milieu de semaine contre le Real Betis, il est désormais listé comme numéro 38 sur le site du club.

Le 39 se libère. La voie est dégagée pour que Guimarães récupère le chiffre qui raconte son histoire familiale. Rien d’anodin.

Troisième tentative, pas question de flancher

Après deux occasions manquées, Mikel Arteta ne pouvait pas laisser filer une troisième chance. Le technicien espagnol connaît le profil, connaît l’homme, connaît aussi les cicatrices laissées par ses performances sous le maillot de Newcastle.

Les discussions ont traîné, le feuilleton a parfois agacé. Mais la direction était claire. Arsenal voulait enfin celui qui lui avait échappé à Curitiba, puis à Lyon, puis à Newcastle.

Cette fois, les Gunners ont mis l’argent, la conviction et le temps. Cette fois, Guimarães a senti qu’on le voulait vraiment.

Il a quitté le Brésil en rêvant de l’Europe, il a fait regretter ceux qui n’ont pas rappelé, il a puni ceux qui n’ont pas pu s’aligner. Aujourd’hui, le milieu qui a tant fait souffrir Arsenal en Premier League entre dans leur vestiaire, avec le numéro de taxi de son père dans le dos.

La boucle est bouclée. Ou peut-être seulement en train de s’ouvrir sur le chapitre le plus ambitieux de sa carrière.