Bournemouth : Des Froids Soirs de League Two à Prague
Pour beaucoup de supporters de Bournemouth, « faire les kilomètres » ne se résumera jamais à un simple trajet en avion vers une capitale européenne. Pour eux, cela sent encore les longs trajets en car vers Bury ou Rochdale, les samedis glacials à Carlisle ou Hartlepool, à l’époque de la League Two, quand le club vivait loin des projecteurs.
Jeudi soir, ces mêmes fidèles, ou leurs héritiers de tribune, avaient rendez-vous avec une autre forme de pèlerinage. Des centaines de fans des Cherries s’étaient donné rendez-vous sur la place de la Vieille Ville, au cœur de Prague, avant de se lancer dans la traditionnelle « fan walk » vers le stade. Un cortège rouge et noir qui chantait, riait, profitait. L’Europe, enfin, se vivait de l’intérieur.
La bonne humeur a tenu le choc au passage du pont, portée par l’écho des chants dans les rues pavées. Puis la ville a rappelé que rien n’est jamais simple avec Bournemouth. La montée abrupte, interminable, dans le parc de Letna – plus d’une douzaine de volées de marches – a coupé quelques respirations. Certains ont vite trouvé la comparaison : « C’est comme grimper jusqu’au parcage visiteurs à St James’ Park », soupirait-on, en référence à l’ascension vertigineuse vers le secteur extérieur de Newcastle United.
Et ce n’était que le début.
Avec l’Epet Arena de Sparta Prague enfin en vue, les supporters ont été retenus par la police, puis redirigés, déroutés même, à travers des rues résidentielles, comme aspirés loin du stade qu’ils voyaient pourtant devant eux. Un détour frustrant, un œil sur la montre, l’autre sur les cordons de sécurité. Ils ont finalement débouché sur le parcage visiteurs, de l’autre côté du terrain, alors que le coup d’envoi approchait dangereusement.
Sur la pelouse, l’impression initiale a été la même : ce ne serait peut-être pas la nuit de Bournemouth.
Lewis Cook a manqué un penalty, Sparta a pris l’avantage 1-0 avant la pause et, dans le même mouvement, a mis fin à une série de six clean sheets des Cherries. Le scénario avait tout pour gâcher le voyage.
Cook n’a jamais été présenté comme un homme de buts. Son bilan parle pour lui : quatre réalisations en 318 apparitions en dix ans sous le maillot de Bournemouth. Un métronome, pas un finisseur.
Pourtant, au moment de poser le ballon sur le point de penalty, il n’usurpait pas son rôle. Les deux tireurs habituels, Justin Kluivert et Marcus Tavernier, étaient alors sur le banc. Et Cook arrivait avec un historique parfait dans les séances de tirs au but : trois sur trois, convertis face à Norwich en 2022, Wolves en 2025 et Newcastle plus tôt cette année. Cette fois, le filet n’a pas tremblé. La soirée semblait basculer du mauvais côté.
Sur le banc, Marco Rose avait lui aussi choisi un chemin escarpé. Huit changements dans son onze de départ pour ce déplacement européen, un pari qui aurait pu se retourner contre lui. Il a tenu son plan. Et il a fini par l’imposer.
La bascule est venue des remplaçants. Tyler Adams, Evanilson et Rayan sont sortis du banc pour renverser le match et signer un succès 3-1. Une démonstration de profondeur d’effectif, mais surtout une nouvelle preuve que l’entraîneur lit parfaitement le tempo de ses rencontres. Ses choix de changements, une fois encore, ont frappé juste.
Dans le parcage, ceux qui avaient gravi les marches de Letna et patienté derrière les cordons de police ont vu leur soirée changer de dimension. Septième victoire consécutive toutes compétitions confondues. Parcours parfait en Europa League maintenu. Les « hard yards » avaient payé, une fois de plus.
Au retour, beaucoup ont troqué la marche pour un tramway plus confortable vers le centre-ville. Ils avaient assez grimpé, assez attendu. Bournemouth, lui, continue de monter. La question, désormais, n’est plus de savoir jusqu’où ses supporters sont prêts à le suivre, mais jusqu’où ce club peut encore aller.




