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Bhuvneshwar Kumar : le retour d'un maître du swing

Bhuvneshwar Kumar, le retour d’un maître du swing qui refuse d’abdiquer

Quatre ans loin du maillot bleu. Une convocation de dernière minute. Et pourtant, dès que le nom de Bhuvneshwar Kumar est réapparu sur une feuille de match de l’Inde, on a compris : ce dossier n’était pas clos.

Rappelé pour le T20I décisif contre les West Indies à Bengaluru, le vétéran n’a finalement pas lancé une seule balle, le match ayant été emporté par la pluie. Mais à quelques mois de ses 37 ans, il a déjà gagné une première bataille : celle de rester dans le champ de vision des sélectionneurs.

Car ce retour n’est pas un hommage ponctuel. Il s’inscrit dans un plan plus large, celui qui mène vers la nouvelle série de T20I en New Zealand, et au-delà.

Un vestiaire qui réclamait de l’expérience

Pour Shreyas Iyer, capitaine T20I de l’Inde, l’équation est limpide. Bhuvneshwar Kumar n’apporte pas seulement des variations et du swing. Il apporte la mémoire des matches qui comptent.

« Bhuvi apporte clairement beaucoup d’expérience à l’équipe, a expliqué Iyer mercredi, à la veille du premier T20I à Christchurch. Nous en manquions un peu, surtout après l’IPL. Nous avions beaucoup de nouveaux lanceurs. Mais en T20, si on regarde sa courbe de carrière, il a remporté l’IPL ces deux dernières années, donc il sait très bien comment dominer ce format. »

Le terme est lâché : dominer. Pas survivre. Pas simplement “faire le job”. Dominer un format où la moindre erreur coûte six points, où le rythme ne pardonne rien.

Une concurrence féroce, un couloir étroit

Le problème pour Bhuvneshwar, c’est que le train ne l’a pas attendu. Depuis sa dernière apparition internationale en 2022, neuf pacers de premier plan ont fait leurs débuts en T20I. Neuf. Une génération entière entrée dans le circuit pendant que lui soignait son corps et ajustait son jeu.

Aujourd’hui, Arshdeep Singh et Jasprit Bumrah verrouillent logiquement deux places de titulaires. Derrière eux, c’est la mêlée pour le rôle de troisième pacer dans une équipe au complet. Même dans un groupe amoindri pour cette tournée en New Zealand, Bhuvneshwar n’est qu’un nom parmi quatre spécialistes de vitesse.

Iyer, lui, ne s’en plaint pas. Au contraire, il savoure ce casse-tête.

« C’est positif, ça motive les joueurs actuels à performer en continu pour l’équipe, dit-il. Le plus important, c’est de gagner le match. C’est l’objectif final. Donc je dirais que c’est un mal de tête agréable, mais c’est important pour toute équipe d’avoir ce genre de problème. »

Un “mal de tête agréable”. Derrière la formule, une réalité : personne n’a de place garantie. Pas même un ancien pilier du bowling indien en T20.

La New Zealand, terre de swing… mais pas de certitudes

Sur le papier, la New Zealand ressemble à un terrain de jeu taillé pour un artisan comme Bhuvneshwar. Air frais, balles neuves, conditions souvent favorables au swing. Pourtant, Iyer refuse de tomber dans la facilité des clichés.

« Si on regarde les conditions ici, la fast bowling est ce qui convient le mieux, reconnaît-il. Je suis déjà venu, ce n’est pas comme si c’était totalement différent. Mais quand on a joué en England, ils avaient préparé des wickets en fonction de notre batting. Un jour donné, personne ne sait comment sera le wicket, donc on va essayer de s’adapter le plus vite possible. Et si on a une bonne séance d’entraînement, chacun aura une idée claire de la manière de planifier. »

Pas de promesse, pas de plan gravé dans le marbre. Le message est clair : Bhuvneshwar n’aura aucun passe-droit. S’il joue, ce sera parce que ses qualités collent au jour J, au terrain du jour, à la situation du jour.

Le cas Vaibhav Sooryavanshi, symbole d’une nouvelle ère

À l’autre bout du spectre, à l’opposé du vétéran en quête de seconde vie, se trouve Vaibhav Sooryavanshi. Quinze ans. Une saison d’IPL explosive. Et une ascension fulgurante jusqu’à l’équipe nationale.

Puis, l’attente.

Sélectionné, souvent sur la feuille de match, rarement sur le terrain. Des voyages, des entraînements, des repères à prendre… mais peu de temps de jeu. Au passage, des matches de first-class ratés avec sa sélection domestique.

Une gestion qui interroge. Iyer, lui, assume et défend ce choix.

« C’est important qu’un talent comme lui soit toujours heureux dans le vestiaire, insiste le capitaine. Il est très jeune. Il a de nombreuses années devant lui pour avoir des opportunités. Ce n’est pas comme s’il pouvait arriver et entrer directement dans le XI, parce que nos openers marquent constamment et ils ont remporté la World Cup. »

La hiérarchie est nette. Les portes ne sont pas fermées, mais elles ne s’ouvrent pas d’un claquement de doigts.

Pour Iyer, même ce rôle d’observateur a une valeur.

« D’une certaine manière, quand il vient à l’étranger, il va comprendre comment jouer sur ces wickets particuliers. Donc la prochaine fois qu’il viendra dans ces conditions, il sera bien mieux préparé. Il aura aussi la motivation de se dire : je veux marquer des runs ici. Et il pourra aussi guider d’autres jeunes qui viendront pour la première fois. »

L’idée est simple : apprendre d’abord, exploser ensuite.

Entre deux générations, une même exigence

Sur cette tournée en New Zealand, l’Inde avance avec deux histoires parallèles. Celle d’un artisan du swing qui refuse de laisser son dernier chapitre être écrit par d’autres. Et celle d’un prodige adolescent qu’on oblige à patienter, à regarder, à assimiler.

Au milieu, Shreyas Iyer doit trancher. Entre le confort de l’expérience et l’appel du futur. Entre un Bhuvneshwar Kumar qui sait déjà “ce qu’il faut pour dominer ce format” et un Vaibhav Sooryavanshi qui veut prouver qu’il peut, lui aussi, le bousculer.

La balle est dans le camp du capitaine. La série en New Zealand dira si l’Inde choisit de s’appuyer encore un peu sur ses vieux maîtres… ou si la nouvelle vague est prête à les pousser vers la sortie.