Azor Matusiwa, le héros d'Ipswich qui a joué blessé pour la Premier League
Azor Matusiwa monte sur le bus à impériale, trophée de joueur de l’année sous le bras, sourire large mais démarche encore un peu raide. Le milieu d’Ipswich Town savoure. Il sait ce que son corps a encaissé pour que ce club retrouve enfin la Premier League.
Quelques semaines plus tôt, le décor était bien différent. Un lundi de Pâques, à Portman Road, face à Birmingham. Un choc, une béquille violente, et le Néerlandais obligé de sortir. Derrière, sept matches pour boucler la montée. Et un joueur qui n’a plus tout à fait la même allure.
« J’ai joué avec beaucoup d’inconfort, pour être honnête. Je pense que vous l’avez vu. La performance n’était plus au niveau d’avant », reconnaît-il.
La douleur ne s’est pas arrêtée à cette béquille. « J’ai joué avec une blessure aux ischios pendant deux matches après le coup contre Birmingham. L’impact était énorme. Ça fait encore mal, mais on a trouvé un moyen de passer au travers. » Deux phrases qui résument un printemps entier : souffrir, serrer les dents, continuer.
Il aurait pu s’arrêter. Il a choisi l’inverse. « Je suis tellement heureux de ne pas avoir arrêté, d’avoir continué, parce qu’on savait à quel point le moment était important. Je devais jouer, quel qu’en soit le prix. » Le prix, c’était chaque accélération qui tirait, chaque duel qui brûlait. La récompense, c’est une ville entière qui chante son nom.
Un été, un numéro, un rôle central
Arrivé l’été dernier en provenance de Rennes pour environ 7,8 millions de livres, Matusiwa n’est pas venu faire de la figuration. Il a repris le numéro 5 de l’ancien capitaine Sam Morsy, mais surtout son rôle : cœur battant de l’entrejeu, premier rideau défensif, premier relanceur.
Les chiffres racontent une saison pleine. Il a débuté toutes les rencontres de Championship sauf une, suspendu lors de la défaite 3-0 à domicile contre Charlton. Il a passé l’hiver sur un fil, menacé par une suspension prolongée, sans jamais vraiment ralentir. Il a inscrit un but splendide et décisif contre Hull. Et il a surtout gratté plus de ballons que n’importe quel autre milieu de la division : 75 interceptions, loin devant le suivant sur la liste, Ben White de Preston, bloqué à 51.
Résultat logique : l’ancien de l’Ajax est sacré à la fois ITFC Player of the Year et Supporters’ Player of the Year.
Les deux trophées, celui du vestiaire et celui des tribunes. « Incroyable. Un sentiment de fierté, de grande fierté. Surtout la façon dont on l’a fait », souffle-t-il juste après la parade en bus.
Rien n’a été simple, insiste-t-il. « Ce n’était pas facile. Beaucoup de moments difficiles. Mais on a trouvé un moyen. Je suis tellement heureux, vraiment heureux. » Derrière la formule, une saison de Championship où chaque semaine use les corps et les têtes.
S’adapter, s’installer, dominer
Son aventure anglaise a pourtant démarré dans la douleur. « Je suis venu pour ça. Je suis venu aider le club à monter, à revenir en Premier League. Et on l’a fait ! » Le message est clair : ce n’est pas une belle histoire imprévue, c’est un plan accompli.
Le premier match, à Birmingham, l’a ramené à la réalité du football anglais. « Le premier match était dur, vraiment dur. » Le ton change quand il parle du deuxième. « Après, je pense que le deuxième match était déjà meilleur. Et ensuite, avec la maison et tout, je me suis installé. Mon niveau est revenu et je pense que je me suis bien adapté. »
Derrière cette adaptation, il y a un vestiaire et un staff qui l’ont porté. « Les gars, le staff m’ont beaucoup aidé à m’adapter. Ils m’ont recruté pour mes qualités et je suis heureux d’avoir été un joueur important pour le club, pour les joueurs. Mais le plus important, c’est la montée. »
Il élargit alors le cadre, quitte le terrain pour parler des tribunes. « Je pense vraiment que le public et la communauté méritent ça. Ils nous ont soutenus toute la saison. Même quand c’était dur, ils sont restés derrière nous. Ils le méritent aussi. Je suis heureux de l’avoir fait pour nous, mais aussi pour eux. » Portman Road a grondé, tremblé, poussé. Le milieu récupérateur a répondu, match après match.
Premier League incoming
Sur le bus, un journaliste lui lance la formule qui change une carrière : Azor Matusiwa, joueur de Premier League. Comment ça sonne ? La réponse fuse, sourire aux lèvres. « Premier League incoming ! Ça sonne très bien, mec ! » Le rêve de gosse vient de prendre forme un samedi après-midi.
« C’est un grand rêve. C’est un rêve que j’ai depuis que je suis jeune, jouer dans le plus grand championnat du monde. Samedi, ce rêve est devenu réalité. C’est un sentiment incroyable. » Les mots sont simples, l’émotion brute.
Et déjà, son esprit file vers les affiches qui l’attendent. Les noms claquent : Man Utd, Old Trafford, Anfield, Villa Park. « Depuis que je suis enfant, je regardais vraiment Man Utd. Jouer à Old Trafford, c’est incroyable. Mais aussi à Anfield ou à l’extérieur contre Villa. Et les matches à domicile vont être encore meilleurs que cette saison. » On devine déjà Portman Road debout pour accueillir les géants.
Ne plus jamais revenir
Reste la question qui obsède tout le monde à Ipswich. En 2024/25, le club était descendu avec 22 points, presque sans lutter. Cette fois, le retour doit être différent. Radicalement différent.
Matusiwa ne tourne pas autour du pot. « On y va. On ne veut pas monter pour redescendre. Parce que cette ligue, le Championship, est dure. Cette ligue est tellement dure. Et elle sera encore plus dure la saison prochaine. Donc je pense que c’est le bon moment pour sortir de cette ligue et, j’espère, ne jamais revenir. »
Le message est lancé. Il vient d’un joueur qui a continué à courir alors que chaque foulée lui rappelait sa blessure. D’un milieu qui a transformé les interceptions en ovations et la douleur en promotion.
La Premier League arrive. Azor Matusiwa aussi. Et lui n’a pas l’intention de faire de ce voyage un simple aller-retour.




