Aston Villa renverse Nottingham Forest et atteint la finale de l'Europa League
Aston Villa a fait exploser Nottingham Forest à Villa Park. Un 4-0 sec, sans appel, pour renverser un déficit d’un but et s’ouvrir les portes de la finale de l’Europa League, 4-1 sur l’ensemble des deux manches. Une soirée où le club de Birmingham a retrouvé ses vieux habits européens et une forme de rage collective.
La tempête du Holte End
Dès le coup d’envoi, tout est parti du Holte End. Les tribunes ont grondé, Forest a tenté de faire retomber le souffle, de garder le ballon, de casser le rythme. Pendant quelques minutes, Vitor Pereira et ses joueurs ont cru y parvenir.
Puis Emiliano Buendia a décidé que ça suffisait.
Un crochet, puis un deuxième, l’Argentin se faufile entre deux défenseurs et glisse le ballon à Ollie Watkins à bout portant. Le buteur anglais, bandeau sur la tête après un choc avec Morato, surgit et égalise sur l’ensemble de la double confrontation. Villa Park explose, la dynamique bascule.
Forest, qui restait sur cinq victoires de rang et avait laissé Morgan Gibbs-White sur le banc, se retrouve soudain acculé. La série, la confiance, tout s’effrite sous la vague.
Buendia, puis McGinn pour plier l’affaire
Au retour des vestiaires, Pereira tente un ajustement. Ryan Yates entre pour durcir le milieu, mettre le pied, couper les circuits. L’intention est claire, l’effet quasi nul.
La pression de Villa s’intensifie, et cette fois, c’est la technologie qui condamne Forest. Un tirage de maillot de Nikola Milenkovic sur Pau Torres dans la surface échappe d’abord à l’arbitre, pas au VAR. Pénalty évident au ralenti. Buendia s’avance, frappe pleine de sang-froid. 2-0, Villa prend le contrôle total du destin de cette demi-finale.
Forest vacille, puis craque. John McGinn, absent lors de la lourde défaite contre Tottenham quelques jours plus tôt, revient en capitaine furieux. Servi une première fois par Morgan Rogers, il place le ballon au ras du poteau. Quelques instants plus tard, même passeur, même finition chirurgicale. Deux buts en 156 secondes. 4-0, le calice jusqu’à la lie pour Forest.
En face, les visiteurs n’ont plus de réponse. Les jambes sont lourdes, le banc est famélique, les options offensives inexistantes. Le rêve européen s’évapore dans la nuit de Birmingham.
Emery, encore et toujours l’Europa League
Sous le feu des critiques après trois défaites consécutives, Unai Emery signe une réponse qui porte sa marque. Plan de jeu clair, choix forts, et une nouvelle démonstration dans sa compétition fétiche. Le technicien espagnol rejoint une sixième grande finale européenne, toutes en Europa League, de 2014 à 2026. Dans l’histoire, seul Giovanni Trapattoni fait mieux, avec sept finales.
Victor Lindelof, aligné au milieu dans un rôle inattendu, a tenu la baraque avec une autorité froide. Watkins et Buendia ont incarné le tranchant offensif. Et McGinn a mis le sceau du capitaine sur une performance qui restera.
Villa rejoint ainsi sa première grande finale européenne depuis la finale de la Coupe d’Europe 1982. Quarante-quatre ans d’attente. Seuls Manchester City et West Ham ont connu un vide plus long entre deux finales de ce calibre.
Le message est clair : Villa est à une victoire d’un premier trophée majeur depuis trois décennies. Et miser contre Emery dans cette compétition relève presque de la folie.
Le prince, les “nearly men” et la quête de légende
La soirée a aussi pris un relief particulier dans les coulisses. Le Prince William, fervent supporter d’Aston Villa, est descendu dans le vestiaire après le match. Unai Emery a raconté un futur roi “très heureux”, venu partager la joie du groupe.
En tribunes, le Prince de Galles s’était déjà laissé emporter, célébrant avec vigueur le pénalty de Buendia qui portait le score à 2-0, avant le doublé de McGinn.
Justement, le capitaine écossais refuse que cette équipe reste dans l’histoire comme celle des occasions manquées. Devant les caméras de TNT Sports, il a parlé de “marges si fines”, de ce statut de “nearly men” qui aurait collé à la peau du groupe en cas d’élimination. Istanbul, dans dix jours, sera pour lui le moment de “devenir des légendes”, dans un club marqué à la fois par les grandes heures de 1982 et des années de chute, jusqu’à la relégation.
McGinn a reconnu la pression, les nerfs, les demi-finales perdues auparavant, et placé cette prestation “parmi les meilleures d’une équipe de Villa depuis longtemps”. Une phrase qui en dit long sur ce que représente cette qualification.
Watkins, lui, a rendu hommage à Emery, “le meilleur manager” pour préparer ce genre de rendez-vous et les emmener en finale. L’attaquant anglais a insisté sur le collectif, sur la réaction après la claque contre Tottenham, sur ce match où “tout le monde a été incroyable”, au point de rendre le titre de meilleur joueur presque impossible à attribuer.
Forest, les blessures et le mur de Villa
Pour Nottingham Forest, la désillusion est brutale. Trois demi-finales de coupes majeures consécutives, trois éliminations : League Cup 2022-23 contre Manchester United, FA Cup 2024-25 contre Manchester City, et désormais cette Europa League face à Villa.
Vitor Pereira a pointé une réalité implacable : son groupe était exsangue. Sur le banc, seuls Lorenzo Lucca, Dilane Bakwa et Ryan Yates étaient réellement en mesure de jouer. Trois autres éléments étaient blessés, incapables d’entrer pour aider, trois jeunes de l’académie complétaient la feuille de match, et Murillo n’était pas prêt, avec un risque physique trop important.
Le coach portugais s’est dit “fier” de ses joueurs et des supporters, mais lucide : “Nous sommes venus ici sans les conditions pour rivaliser pour une finale”, avec un jour de récupération en moins, un effectif décimé et aucune solution quand il a fallu prendre des risques. Chaque ouverture concédée a été punie.
Forest doit maintenant tourner la page. Dans trois jours, un “adversaire fort” l’attend en championnat, dans une lutte pour le maintien où la moindre blessure supplémentaire pourrait coûter très cher. Pour rivaliser avec Aston Villa, Pereira le sait, il lui aurait fallu tout le monde apte.
La suite : survie pour Forest, trophée pour Villa ?
La route ne s’arrête pas là. Aston Villa se déplacera à Turf Moor pour y défier Burnley, déjà relégué, lors de son prochain match de Premier League. Une rencontre à gérer, entre euphorie européenne et nécessité de rester sérieux jusqu’au bout.
Nottingham Forest, de son côté, recevra Newcastle dans un match capital pour sa survie. L’euphorie européenne appartient à Villa. Forest, lui, joue désormais pour rester à la table.
La finale à Istanbul attend Emery et ses hommes, face à Freiburg. Une seule question, désormais : cette équipe, portée par un stade en fusion, un entraîneur spécialiste des grandes nuits et un capitaine en mission, va-t-elle enfin rendre à Aston Villa le goût des trophées qu’il croyait presque oublié ?




