Arteta se concentre sur West Ham avant la finale de Champions League
À l’heure où Londres se tend autour de la course au titre, Mikel Arteta refuse le moindre pas de côté. Une finale de Champions League contre le PSG se profile, un titre de Premier League se joue sur un fil, mais le manager n’a qu’un mot en tête avant le déplacement à West Ham United : concentration.
Pas de nouveaux blessés, pas de cadeaux
Premier message, sec et rassurant : aucun nouveau pépin physique. « Tout le monde a fini le match en forme, rien à ajouter », glisse Arteta. Bonne nouvelle dans une période où chaque absence pèse double.
En revanche, pas d’illusion : Merino et Timber ne seront pas là ce week-end. Et leur présence avant la fin de saison reste incertaine. « Il reste encore beaucoup à faire, tout devrait être parfait et très rapide pour qu’ils aient une chance de jouer quelques minutes », admet-il. Le sprint final se fera donc, a priori, sans eux.
Une finale face au PSG, mais un seul sujet : West Ham
Le tirage de la finale de Champions League a offert un choc face au PSG. Arteta ne s’enflamme pas. « C’est comme ça. On savait le niveau de l’adversaire, que ce soit Bayern Munich ou PSG. On connaît leur qualité. Mais nous sommes très confiants qu’au moment venu, nous livrerons ce qu’il faut. »
Puis il coupe court. La fête européenne attendra. « Juste après le match, croyez-moi, toute mon énergie était sur West Ham : que faire mentalement, physiquement, tactiquement, techniquement pour aller là-bas et gagner ? C’est tout. »
L’unité comme carburant
Dans cette dernière ligne droite, l’Espagnol insiste sur la force du lien avec le public. Il parle d’un stade porté à un état émotionnel presque inédit. « Les joueurs ont dit qu’ils n’avaient jamais ressenti ça avant. Ça les rend meilleurs », souligne-t-il. Pour lui, l’unité n’est pas un slogan, c’est une arme.
Les critiques sur les célébrations après la victoire contre Atletico Madrid ? Balayées. « Il faut respecter toutes les opinions et les placer là où elles doivent être », lâche-t-il, sans s’y attarder. Où exactement ? « Là où elles doivent être. Ce n’est pas important. » Fin de sujet.
La pression, les commentaires, positifs ou négatifs, il les prend comme un moteur. « Quand tu veux te battre pour les deux compétitions les plus prestigieuses en Europe, tu dois être prêt à ça. Ça te rend meilleur, c’est certain. »
« Rester dans le présent »
Son message aux joueurs et aux supporters est clair, presque martelé : vivre l’instant. « Restez présents, vivez le moment, préparez-vous et montrez le même niveau d’énergie, de faim, de désir que toute la saison, ou plus. Nous sommes de plus en plus proches, et tout ce que nous faisons maintenant va compter pour gagner ou non. »
Interrogé sur l’ampleur des prochaines semaines dans sa carrière, il ne fuit pas : oui, c’est probablement le sommet. Mais il refuse de se projeter. « Le plus important, c’est ce que nous faisons aujourd’hui. Demain, il faudra faire ce qu’il faut pour être dans le meilleur état possible, physiquement et mentalement, pour la bataille de dimanche. »
Lewis-Skelly, le pari mûri dans le temps
L’utilisation de Myles Lewis-Skelly au milieu n’est pas un coup de poker improvisé. C’est le fruit d’un long travail d’observation et d’exigence. Arteta raconte un processus, presque une éducation.
« Il fallait mieux le comprendre, et qu’il comprenne aussi les standards requis quand tu joues ou que tu ne joues pas beaucoup à ce niveau. Il a été exceptionnel : son attitude, sa façon de s’entraîner, de soutenir les autres quand il ne jouait pas. Il nous a donné tous les signaux pour penser que, le jour où on lui donnerait sa chance, il répondrait comme il l’a fait. »
Il insiste sur la difficulté de briller après avoir peu joué. « Ce n’est pas facile d’avoir l’air aussi confiant, aussi énergique, avec cette détermination. C’est surprenant. »
Puis il détaille l’envers du décor : un gamin qui passait des under-18 aux under-21, parfois dans un autre poste, propulsé sous les projecteurs, puis ramené à une réalité plus dure. « Il commence à réaliser qu’il ne sera peut-être pas titulaire. Il doit traverser ces émotions, lui et les gens autour de lui. Quand ça va moins bien, la tentation est de pointer du doigt. Je dois comprendre ça, le guider, lui donner ma perspective, expliquer pourquoi il jouait moins. Il ne l’a pas accepté tout de suite, mais après trois ou quatre fois, il a compris : si ce n’est pas de cette façon, ça n’arrivera pas. »
Saka, la constante
À l’évocation de Bukayo Saka, le ton se réchauffe. « Un bonheur. Je me sens extrêmement chanceux », confie Arteta. Il parle d’un joueur sur lequel il peut « s’appuyer à tous les niveaux », dont le cœur est « au bon endroit », guidé par des valeurs solides.
Sur le terrain, l’entraîneur ne tarit pas d’éloges. Ce que Saka apporte au club, ce qu’il a encore fait « l’autre soir », est qualifié de « remarquable ». Le duo qu’il forme avec Ben White sur le côté droit retrouve enfin de la continuité. « Le nombre de minutes qu’ils ont jouées ensemble cette saison est extrêmement faible pour différentes raisons. C’est génial de les avoir, ils ont une vraie connexion, une vraie compréhension, et on le sent. »
Rice, devenu pilier loin de West Ham
Le retour à West Ham ramène naturellement un nom : Declan Rice. Arteta sait ce qu’il a récupéré en le faisant venir. « Il était déjà très développé. Il a été exceptionnel pour nous, c’est l’un de nos leaders, l’un de nos joueurs majeurs, sans aucun doute. Ce qu’il fait pour le club et pour l’équipe est très puissant. »
Ce London derby ne se joue pas seulement sur la symbolique. Il pèse lourd pour les deux camps. « Le contexte du match pour les deux clubs est énorme. On connaît son importance, on sait ce qu’on veut et ce qu’on doit faire pour le gagner. »
Gyokeres, le travail de l’ombre
Arteta pointe aussi la progression de Viktor Gyokeres, notamment dans son jeu dos au but. Rien de magique, uniquement du travail accumulé. « Ce que vous voyez aujourd’hui ne s’est pas fait en un ou deux jours. Ça vient de mois de travail. Viktor travaille extrêmement dur, il a des exigences très élevées envers lui-même. Il veut toujours apprendre, pose des questions, fait des extras. Il cherche sans cesse des connexions avec ses coéquipiers, à la cantine, dans le vestiaire ou sur le terrain. Avec ce comportement-là, tu es récompensé. »
Intuition tactique et gestion des états de forme
Qu’il s’agisse d’aligner Eze à gauche à Man City ou Lewis-Skelly au milieu contre Fulham et Atletico, Arteta assume un mélange de réflexion et d’instinct. « Il y a quelque chose lié à ton intuition : ce que le match va demander, l’état des joueurs, l’endroit où tu peux les imaginer avoir le plus d’impact. Tu peux te tromper, mais si tu fais ce que tu ressens après avoir bien préparé, tu as au moins cette certitude. »
Son fameux plan en cinq phases ? Il refuse d’entrer dans les détails maintenant. « On pourra en parler à la fin de la saison. » Quand on lui demande dans quelle phase se trouve le club, il esquive avec un sourire : « Je suis perdu ! La phase n’a pas d’importance. »
Raya, la barre très haut
Dans les buts, David Raya s’est imposé comme une référence. Arteta parle d’un niveau de constance « que personne n’attendait ». « Il a atteint un niveau incroyablement élevé. On prend parfois pour normales certaines choses qu’il fait alors qu’elles ne le sont pas. Il a répondu dans des moments cruciaux. »
Il n’oublie pas le collectif, notamment dans la quête répétée du Golden Glove. « Le travail que tout le monde fournit dans cette phase, pour la troisième saison consécutive, est incroyable. »
Un banc enfin à la hauteur des ambitions
Un détail a frappé Arteta lors du dernier match : la qualité de son banc. « Si vous comparez avec il y a un an, c’est une image très différente. On a réussi ces derniers jours à garder plus de joueurs frais, et on le sent. C’est la chose la plus importante : si on a ça, on a plus de chances d’atteindre nos objectifs. »
Pour autant, il ne voit pas ces rencontres comme des auditions pour la finale. Le jugement, pour lui, se fait chaque jour. « Les joueurs savent que l’audition, c’est tous les jours à l’entraînement. Ce qu’ils font là nous donne des maux de tête, comme toute la saison, et encore plus ces dernières semaines. »
Rester lucide, frapper fort
Au milieu de cette tension, Arteta assure qu’il savoure quand même. Pas les grandes célébrations, mais le travail. « J’aime chaque jour avec les garçons, avec le staff. Je me sens privilégié. J’aime préparer le match contre West Ham, comprendre ce qu’on doit faire, choisir le bon sujet, anticiper les situations du match, comment il peut évoluer, comment on peut le changer si nécessaire. C’est ça que j’aime. »
Dimanche, au London Stadium, il n’y aura ni phase, ni plan à long terme, ni finale européenne dans un coin de la tête. Juste un derby, un titre en jeu, et une équipe sommée de montrer qu’elle sait encore, sous la pression maximale, faire ce qu’elle a fait toute la saison : répondre présent.



