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Quand Arsenal a frôlé le coup du siècle avec Kylian Mbappé

Avant que Kylian Mbappé n’explose à Monaco, avant les records, les trophées et le statut d’icône mondiale, Arsenal a eu la porte entrouverte. Arsène Wenger, pourtant intime de la Ligue 1 et de ses pépites, ne le connaissait quasiment pas. Le jeune attaquant n’avait pas encore posé un crampon en équipe première.

C’est là qu’intervient Gilles Grimandi. Ancien défenseur d’Arsenal, passé par Monaco, homme de confiance de Wenger sur le marché français. On lui souffle un nom : un gamin de 17 ans, rapide, déroutant, encore anonyme pour le grand public. Il va voir. Il revient conquis. Et surtout, il tente le coup.

« Nous étions très proches de le signer quand il avait 17 ans. Nous l’avons rencontré chez lui et nous avons rencontré ses parents », raconte Grimandi à GOAL, dans des propos tenus pour BetVictor Online Casino.

La scène se joue dans le salon de la famille Mbappé, loin des projecteurs. Une discussion, des sourires, une vision de carrière. Arsenal pense avoir marqué un but décisif sans même entrer sur le terrain.

« Pour être honnête avec vous, je pensais que c’était fait quand nous avons quitté la maison de Kylian et de ses parents », poursuit-il.

À ce moment-là, Mbappé n’est pas encore le phénomène qui affole l’Europe. Wenger lui-même ne le connaît pas vraiment. Le Français dirige Arsenal depuis des années, a façonné un pont entre la Premier League et la France, mais cette fois, il est en retard d’une information.

Six mois plus tard, tout bascule. Mbappé devient incontrôlable pour les défenses de Ligue 1 avec Monaco. Il empile les buts, dynamite la Ligue des champions, renverse les hiérarchies. Le train est passé. Arsenal est resté sur le quai.

Une connexion avortée, mais jamais totalement rompue

Grimandi en est convaincu : un lien s’est créé ce jour-là. « Je pense qu’il a une connexion spéciale avec Arsenal parce que nous le connaissons depuis si longtemps », glisse-t-il. Le club londonien, de son côté, n’a jamais caché son tropisme français. Wenger, Thierry Henry, Patrick Vieira, Robert Pirès, Emmanuel Petit, Sylvain Wiltord, Olivier Giroud, William Saliba… La liste ressemble à une demi-équipe de France étalée sur deux décennies.

Dans ce décor, imaginer Mbappé sous le maillot rouge et blanc n’a rien d’absurde sur le plan romantique. Sur le plan réaliste, c’est autre chose.

Car aujourd’hui, Mbappé appartient au Real Madrid. Le club qui le courtisait depuis des années l’a finalement recruté libre en 2024. Il y a déjà inscrit 97 buts en 114 matches. Une production de cyborg, un rendement de Ballon d’Or. Et c’est précisément là que Grimandi place la limite : « Le problème maintenant, c’est qu’il joue pour le Real Madrid. Je ne peux pas imaginer un joueur quitter Madrid pour venir à Arsenal. »

La phrase claque comme un verdict. Sans appel. Il n’empêche : l’ancien Gunner ne cache ni son admiration, ni un certain agacement envers les critiques qui entourent parfois le capitaine des Bleus.

« J’adorerais que ça arrive parce que j’ai entendu tellement de mauvaises choses sur lui. Parfois, en France, on se plaint de son attitude, on se plaint d’autres choses. Mais c’est le meilleur joueur. C’est le meilleur joueur français. Chaque fois qu’il joue un match en Coupe du monde, il est le meilleur buteur. En Espagne, il est aussi le meilleur buteur. »

Le constat est brut. Mbappé dérange, mais Mbappé domine. Et c’est bien ce mélange qui rend l’hypothèse d’un passage en Premier League si fascinante.

Arsenal, le style idéal… sur le papier

Si un jour Mbappé décidait de découvrir l’Angleterre, où irait-il ? La question revient régulièrement, et Grimandi ne tourne pas autour du pot : « Oui, certainement », répond-il lorsqu’on lui demande si Arsenal serait le meilleur fit stylistique pour lui.

Le club de Mikel Arteta s’est reconstruit autour d’un football de possession, d’attaques rapides, de créativité entre les lignes. Un environnement qui semble taillé pour un attaquant capable de partir de la gauche, de plonger dans le dos des défenses, de finir comme un neuf.

Mais Grimandi tempère aussitôt : « Ce n’est pas un joueur facile, Kylian, aussi. C’est assez compliqué. C’est comme tous les talents top, top – Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Kylian – c’est assez compliqué quand vous avez une projection en tant qu’équipe. Parfois, ils sont très focalisés sur la performance et ce n’est pas facile. »

Traduction : intégrer une superstar de ce calibre ne se résume pas à lui donner le numéro 10 et les clés du vestiaire. Ces joueurs changent la hiérarchie, l’équilibre, la manière de penser le collectif. Ils offrent des sommets, imposent aussi des concessions.

Grimandi le sait, mais il insiste sur un point : Mbappé n’est pas qu’un phénomène physique, c’est un obsédé du jeu. « Il connaît le football. Il connaît l’histoire du football. C’est quelqu’un qui vit pour le football. Donc il connaît la connexion entre la France et Arsenal. Il connaît très bien Arsenal aussi. Mais on verra. »

Cette dernière phrase laisse une brèche, minuscule, presque théorique. Mais une brèche tout de même.

Real Madrid, frustrations et ambitions de géant

Le Real Madrid, lui, n’a aucune intention de le lâcher. Le club a bataillé des années pour l’attirer, essuyé des refus, attendu patiemment la fin de son contrat au Paris Saint-Germain avant de l’accueillir libre en 2024. On ne laisse pas filer un attaquant qui tourne à près d’un but par match.

Un paradoxe s’installe pourtant. Malgré cette avalanche de buts, le Real a manqué les grands rendez-vous sur les deux dernières saisons. Pas de Ligue des champions, pas de titre majeur à la hauteur de ses standards. Pour un joueur obsédé par la Champions League et le Ballon d’Or, la question finit forcément par se poser : où trouver le terrain idéal pour empiler les trophées individuels et collectifs ?

C’est là qu’Arsenal réapparaît dans le décor, presque en filigrane. Le club londonien a retrouvé le haut du tableau en Premier League, s’est réinvité en Ligue des champions, affiche une ambition grandissante. Il lui manque encore une figure absolument dominante, une superstar capable de faire basculer les demi-finales et les finales par sa seule présence.

Le profil de Mbappé colle parfaitement à ce manque. Le contexte, beaucoup moins.

Car pour que ce scénario prenne vie, il faudrait un enchaînement d’événements rarissimes : un départ de Madrid, une volonté claire de découvrir l’Angleterre, un projet sportif et financier d’une ampleur rarement vue à l’Emirates Stadium. Rien n’interdit de le rêver. Tout, pour l’instant, l’empêche de se concrétiser.

Arsenal a déjà laissé filer une fois le plus grand talent français de sa génération, à 17 ans, dans un salon de banlieue parisienne. La question n’est plus de savoir s’ils auraient dû conclure ce jour-là. Elle est beaucoup plus cruelle : auront-ils, un jour, une deuxième chance ?