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Arsenal atteint la finale de Champions League grâce à Saka

Vingt ans d’attente, brisée par le pied droit de Bukayo Saka. L’Emirates a explosé, Arsenal a tenu, et le club londonien disputera enfin une nouvelle finale de Champions League, après un succès âpre, tendu, maîtrisé, 1-0 contre l’Atlético de Madrid.

Saka, le gamin de Hale End devenu homme des grandes nuits

Tout se joue au bord de la mi-temps, quand la tension commence à mordre et que chaque ballon semble peser une tonne. Le score cumulé est de 1-1 après le nul de la semaine précédente en Espagne, les débats sont serrés, les nerfs aussi.

William Saliba casse d’abord la ligne madrilène avec une passe tranchante. Devant, Viktor Gyökeres, encore une fois précieux en point d’appui, prend son temps, fixe, croche, résiste. Il finit par dénicher un centre travaillé vers le second poteau pour Leandro Trossard. Le Belge frappe, Jan Oblak se détend, dévie du bout de la main gauche… mais le ballon reste en vie.

Saka, lui, ne discute pas. Il surgit, suit l’action jusqu’au bout et catapulte la balle au fond. Diego Simeone hurle à l’offside, lève les bras, réclame un salut venu du drapeau. Rien ne vient. Le but est validé, l’Emirates s’embrase, et Arsenal bascule dans une autre dimension.

Ce n’est pas qu’un but. C’est la porte ouverte vers Budapest, le 30 mai, pour la première finale de Champions League du club depuis celle perdue au Stade de France en 2006 face au Barcelona de Ronaldinho et Eto’o. Saka avait quatre ans. Il aura désormais la chance de réécrire l’histoire.

Arsenal tient son moment, et peut-être sa saison fondatrice

Ce but conclut 24 heures vertigineuses pour les Gunners. La veille, le 3-3 de Manchester City à Everton a relancé la course au titre de Premier League. Le championnat est à nouveau dans les mains d’Arsenal, avec West Ham, Burnley et Crystal Palace encore à affronter. Une fin de saison à portée de légende : un premier titre national depuis 22 ans, et maintenant, une finale européenne en ligne de mire.

Mikel Arteta n’a jamais caché son obsession pour les détails. Sur cette double confrontation, son équipe a fait plier l’Atlético, 2-1 sur l’ensemble des deux matches, en restant fidèle à ses principes, mais en acceptant aussi la souffrance, la gestion, le contrôle sans panique.

Samedi déjà, Saka avait illuminé le 3-0 contre Fulham. Quatre jours plus tard, même décor, même maestro. Il n’a pas tout réussi, loin de là, mais il a été là au moment où tout compte.

Une première période sous pression, un penalty refusé, puis l’éclair

Avant le but, Arsenal avait beaucoup poussé sans vraiment frapper fort. Les premières occasions sont timides : une frappe lointaine de Gabriel, une situation pour Saka, oublié sur un corner de Declan Rice mais incapable de cadrer comme il l’aurait dû.

Myles Lewis-Skelly, reconduit au milieu, gratte des ballons, se projette, entre dans la surface, mais son centre en retrait ne trouve personne. Arsenal domine, l’Atlético encaisse, recule, mais ne rompt pas.

À dix minutes de la pause, l’Emirates réclame un penalty. Leandro Trossard s’écroule après un contact avec Antoine Griezmann. Daniel Siebert ne bronche pas, le VAR non plus. La frustration monte, les bras se lèvent dans les tribunes, Arteta s’agite sur sa zone technique.

Puis vient ce fameux temps additionnel de la première période. Le moment où les grandes équipes choisissent souvent de frapper. Cette fois, c’est Saka qui tranche.

L’Atlético réagit, Gabriel sauveur, Raya tient la baraque

Le but change tout. L’Atlético n’a plus le choix, doit sortir de sa carapace. Et Arsenal découvre l’autre versant de ces grandes soirées : tenir, gérer les vagues, accepter les frayeurs.

La plus grosse alerte arrive sur une erreur de Saliba. Sa tête en retrait est trop courte, Giuliano Simeone surgit, efface David Raya, le but semble ouvert, presque écrit. Mais Gabriel, immense de sang-froid, revient en catastrophe et perturbe suffisamment le fils du coach pour l’empêcher de conclure. Simeone réclame un penalty, hurle à l’injustice, mais le VAR confirme la décision initiale. Rien.

L’Atlético insiste. Griezmann teste Raya, qui répond présent. À l’heure de jeu, Arteta choisit de protéger son joyau : Saka sort à la 58e minute, sous une ovation debout. L’ailier anglais revient d’une blessure au tendon d’Achille, chaque minute compte, chaque précaution aussi. Le stade le salue comme l’homme de la soirée.

Arsenal aurait pu se mettre à l’abri. Sur un centre de Piero Hincapié, Gyökeres se retrouve en position idéale pour doubler la mise. Sa demi-volée s’envole au-dessus de la barre. Le genre d’occasion qui hante parfois les nuits d’Europe. Cette fois, elle ne coûtera rien.

Raya doit encore s’employer sur une tentative de Marcos Llorente. On attend le siège madrilène, l’ouragan habituel des fins de match de Champions League. Il ne viendra jamais vraiment. Arsenal recule sans paniquer, ferme les angles, gagne du temps intelligemment. Les minutes s’égrainent, et la confiance grandit dans les tribunes.

L’Emirates, du doute à la certitude

Depuis des mois, chaque match à domicile est accompagné d’un fond de nervosité, presque palpable. La peur de tout gâcher, de revivre les écarts manqués des saisons précédentes. Ce mardi soir, autre chose s’est installé.

À mesure que le temps filait, les 60 000 supporters ont cessé de regarder le tableau d’affichage avec angoisse. Les chants ont pris le dessus, les mains se sont levées, les regards se sont tournés vers le calendrier. Budapest, la Premier League, cette équipe qui n’a plus peur de viser très haut.

Quand l’arbitre siffle la fin, le stade explose dans un rugissement colossal. Pas un simple soulagement : une conviction. Arsenal n’est plus seulement une belle promesse. C’est un prétendant à tout.

Il reste quatre matches à gagner pour transformer cette saison en chef-d’œuvre. Trois en championnat, un en finale de Champions League. Vingt ans après Henry, Pires et Lehmann, c’est Saka, Rice, Saliba et leurs coéquipiers qui tiennent le destin du club entre leurs mains.

La question n’est plus de savoir si Arsenal est de retour. La vraie question, désormais : jusqu’où cette équipe est-elle prête à aller ?