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Angleterre de Tuchel : une sélection qui bouscule les attentes

Le ton est donné dès la première ligne de la nouvelle liste de Thomas Tuchel : personne n’est à l’abri, pas même les chouchous du public. Pas de Cole Palmer. Le retour de Ben White. Des néophytes, dont Jobe Bellingham, petit frère de Jude. Une sélection qui ressemble moins à une continuité qu’à un coup de pied dans la fourmilière à l’aube d’une fenêtre de Nations League face à la Croatie et à l’Espagne.

Tuchel avait prévenu qu’il n’hésiterait pas à trancher. Il vient de le prouver.

Cole Palmer, génie offensif ou luxe trop capricieux ?

La question hante chaque rassemblement depuis des mois : Cole Palmer est-il un incontournable… ou un pari trop risqué pour le sélectionneur ?

À 24 ans, le joueur de Chelsea s’impose comme l’un des talents offensifs majeurs de Stamford Bridge. Cinq buts, trois passes décisives toutes compétitions confondues depuis le début de saison. Dans le secteur offensif anglais, seul son coéquipier Morgan Rogers affiche davantage d’implication directe dans les buts. Les chiffres plaident pour lui, même si une partie de ses buts vient des penalties, ce qui nuance un peu l’ampleur de son influence dans le jeu.

Mais Tuchel, lui, regarde au-delà des statistiques. Il ne s’en cache pas : pour lui, Palmer « manque trop d’opportunités pour jouer pour l’Angleterre ». Son retrait du dernier long rassemblement de trois semaines, après avoir déjà été écarté de la liste pour la Coupe du monde, a figé son statut dans une zone grise : assez bon pour briller en club, pas assez fiable, pour l’instant, aux yeux du sélectionneur.

Les signaux médicaux, eux, disent autre chose. Le staff anglais a procédé à des examens sur Palmer avant cette nouvelle liste. Rien d’inhabituel sur la forme, mais le timing est révélateur : Tuchel continue de le suivre de près, malgré des déclarations très dures en septembre. Le joueur a disputé 90 minutes avec Chelsea contre Brentford avant la dernière trêve, puis a enchaîné au retour. Il joue, il marque, il crée.

Reste cette interrogation brûlante : Tuchel cèdera-t-il à l’évidence statistique ou restera-t-il fidèle à son exigence clinique devant le but ?

Derrière Harry Kane, un vide… et une opportunité

Le poste d’avant-centre en sélection anglaise est à la fois le plus prestigieux et le plus ingrat. Quand le titulaire s’appelle Harry Kane, Ballon d’Or tout juste en poche, capitaine, recordman de buts et pilier absolu du système Tuchel, le rôle de doublure ressemble presque à un emploi fictif.

Kane veut jouer chaque minute. Et souvent, il y parvient.

Dominic Calvert-Lewin connaît bien cette frustration. Régulièrement convoqué avant et après la Coupe du monde, il n’a eu droit qu’à 15 minutes, réparties sur deux entrées en jeu lors du dernier rassemblement. Ses performances avec Leeds restent solides, mais la connexion avec Tuchel ne prend pas vraiment.

Face à ce mur, le sélectionneur a tenté autre chose : utiliser Jude Bellingham comme alternative de luxe en faux numéro neuf. Un bricolage de haut niveau, certes, mais un bricolage tout de même. Pour cette fenêtre internationale plus courte, Tuchel pourrait décider d’ouvrir la porte à un vrai numéro neuf de métier, plus jeune, plus brut, plus prospectif : Will Lankshear.

L’histoire est séduisante. Formé, comme Kane, à Tottenham, Lankshear a été vendu cet été à Middlesbrough pour 20 millions de livres. Il répond depuis par des chiffres impressionnants : 15 buts toutes compétitions confondues, dont 13 en 13 matchs de Championship. Boro est en tête du championnat, et lui s’impose comme l’arme offensive centrale de cette ascension.

Il n’a découvert les Espoirs anglais que lors de la dernière trêve internationale… et a marqué dès sa première apparition. Un bond vertigineux pour un joueur qui ne goûte pas encore à la Premier League. Mais Tuchel sait qu’il manque de vrais numéros neufs dans toutes les catégories d’âge. Il sait aussi que sa réputation de coach prêt à faire des choix forts fait partie de son pouvoir.

Appeler Lankshear serait audacieux. Ce ne serait pas illogique.

Jordan Henderson, le revenant qui refuse d’abdiquer

On pensait son histoire avec l’Angleterre refermée au Mexique, un soir de Coupe du monde. Une chute spectaculaire par-dessus une pancarte publicitaire au Azteca Stadium, un bras cassé après la victoire face au pays hôte, et un sentiment de fin de cycle pour un milieu de 36 ans.

Jordan Henderson, alors à Brentford, a choisi de ne pas se laisser écrire ce dernier chapitre. Chelsea est venu le chercher pour encadrer une équipe jeune, en quête de repères. Il a soigné, travaillé, enchaîné. Résultat : cinq titularisations consécutives, une influence croissante dans le cœur du jeu, et un doublé lors d’une victoire contre Bournemouth. Il a manqué la victoire contre Manchester United sur blessure, mais son importance à l’ouest de Londres ne fait plus débat.

Henderson reste une figure clivante en sélection. Son nom sur une liste déclenche presque toujours des débats, des prises de position tranchées. Cette fois, le contexte est différent : il est redevenu un titulaire régulier dans un club majeur, performant, respecté par le vestiaire et le staff. Son retour éventuel chez les Three Lions ne serait plus un geste nostalgique, mais un choix de rendement immédiat.

La question n’est plus : « Pourquoi lui ? » Elle devient : « Peut-on vraiment se priver de ce qu’il apporte en ce moment ? »

Les nouveaux visages : entre patience récompensée et ascension fulgurante

Derrière les grands noms, cette liste pourrait surtout marquer une bascule générationnelle plus subtile. Trois joueurs, notamment, frappent à la porte pour une première convocation.

À 28 ans, Kiernan Dewsbury-Hall incarne la persévérance. Le milieu d’Everton a déjà refusé des appels de la République d’Irlande pour garder vivante son ambition de jouer pour l’Angleterre. Un pari risqué, mais qui commence à prendre forme. Numéro 10 des Toffees, il s’impose comme l’un de leurs hommes forts : deux buts, deux passes décisives, et une contribution directe au bond du club vers la septième place du championnat. Son profil de milieu créatif, travailleur, mature, colle parfaitement aux besoins d’un banc international de haut niveau.

Plus bas en âge, mais plus proche que jamais du grand saut, Josh King intrigue. À 19 ans, le milieu de Fulham a déjà frôlé la grande scène. Il avait été intégré au groupe de préparation envoyé aux États-Unis avant la Coupe du monde, aux côtés d’Alex Scott, Ethan Nwaneri et Rio Ngumoha. Une pré-sélection officieuse, un avant-goût du très haut niveau.

Tuchel l’a confirmé en conférence de presse lors du dernier rassemblement : King n’est plus très loin. Ses prestations avec les moins de 21 ans anglais confirment cette impression. Il coche toutes les cases du jeune milieu moderne : intensité, volume, personnalité. Sa première convocation ne serait pas une surprise, mais l’aboutissement logique d’un suivi déjà bien entamé.

Et au milieu de cette nouvelle vague, un nom attire forcément la lumière : Jobe Bellingham. Le simple fait de porter ce patronyme suffit à créer l’attente. Tuchel, lui, ne regarde pas le livret de famille, mais la capacité à répondre à un niveau d’exigence extrême. Si Jobe entre dans cette liste, ce ne sera pas en « frère de », mais en joueur que le sélectionneur estime prêt à respirer l’air rare de l’équipe A.

Une liste, des absents, et une certitude : Tuchel impose sa loi

Ce nouveau rassemblement ne se résume pas à un débat Palmer ou pas Palmer. Il révèle surtout un principe clair : personne ne vit sur son passé, tout le monde doit justifier sa place au présent.

Entre un Kane indéboulonnable, un Henderson qui refuse de vieillir, un Lankshear qui surgit du Championship, un Dewsbury-Hall qui voit enfin sa patience récompensée, et un King qui frappe déjà à la porte, Tuchel façonne une sélection à son image : exigeante, parfois déroutante, mais toujours cohérente avec une idée forte du haut niveau.

Reste à voir, lorsque la liste tombera, quels noms seront entourés en rouge par les supporters : ceux qui manquent… ou ceux qui, contre toute attente, viennent d’entrer dans le cercle fermé des élus.