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Andy Robertson : De Liverpool à Tottenham, un nouveau défi

Andy Robertson, de l’icône de Liverpool au pari fort de Tottenham

Pendant presque une décennie, le couloir gauche d’Anfield a eu un propriétaire incontesté. Andy Robertson n’a pas seulement accompagné l’ère dorée de Liverpool sous Jürgen Klopp, il l’a incarnée. Intensité, volume de course, agressivité contrôlée : le profil parfait pour une équipe qui vivait à 200 à l’heure.

Le voilà désormais à Tottenham. Libre, mais loin d’être fini.

Un monument de Liverpool

Dans l’ère Premier League, Liverpool n’a jamais eu mieux au poste. Andy Robertson domine la conversation. Sur l’ensemble de l’histoire du club, seul Alan Kennedy – double buteur en finale de Coupe d’Europe – peut réellement prétendre lui disputer le trône.

Le palmarès parle pour lui. Champion d’Angleterre à deux reprises, vainqueur de l’UEFA Champions League, de la FA Cup, de la League Cup (deux fois) et de la Coupe du monde des clubs FIFA. Tout ce qu’un joueur peut rêver de soulever en rouge, il l’a soulevé.

Cette accumulation de trophées n’est pas un hasard. Elle épouse la montée en puissance d’un latéral gauche qui a redéfini le poste, par sa constance et par son impact des deux côtés du terrain.

Le moteur qui ne s’arrête jamais

Chez Klopp, Robertson n’était pas un simple latéral. C’était une arme. Une machine de course.

En 2020/21, il parcourt 389,3 km en Premier League, deuxième distance la plus élevée pour un latéral, juste derrière Luke Ayling. Mais la statistique qui résume le mieux son style reste celle des sprints : il domine les classements des latéraux trois saisons de suite, de 2019 à 2022.

  • 2019/20 : 567 sprints
  • 2020/21 : 843 sprints
  • 2021/22 : 656 sprints

Des chiffres qui traduisent ce que tout le monde voyait à l’œil nu : un joueur qui ne s’économise jamais, qui répète les efforts, qui étire le jeu et presse comme un attaquant.

L’action qui a scellé son statut à Anfield tient en 13 secondes. Janvier 2018, Liverpool – Manchester City, score final 4-3. Robertson déclenche un pressing insensé, enchaîne Bernardo Silva, Kyle Walker, John Stones, Ederson, Nicolas Otamendi, sans reprendre son souffle. Une seule course, cinq adversaires harcelés. Une séquence devenue iconique dans l’histoire récente de la Premier League.

Ce genre de rage défensive, Tottenham va l’accueillir à bras ouverts.

Un latéral créateur, pas seulement un coureur

L’énergie ne suffit pas à faire un grand latéral. Robertson a ajouté la précision.

Depuis son arrivée à Liverpool en 2017/18, après un transfert estimé à 8 millions de livres en provenance de Hull City, il domine presque tous les indicateurs offensifs parmi les latéraux de Premier League.

Depuis cette saison-là, chez les latéraux gauche, il est :

  • 1er aux touches de balle dans la surface adverse (612)
  • 1er aux occasions créées (430, passes décisives incluses)
  • 1er aux grosses occasions créées (88)
  • 1er aux passes réussies se terminant dans le dernier tiers (4 000)
  • 1er aux passes décisives (56)

Seul Lucas Digne a réussi plus de centres en jeu ouvert, mais Robertson reste en tête pour le volume total (973 centres en jeu ouvert) et très haut placé pour ceux réussis.

Il appartient aussi à un club très fermé : avec Trent Alexander-Arnold, il est l’un des deux seuls latéraux de l’histoire de la Premier League à avoir signé au moins 10 passes décisives lors de trois saisons différentes (2018/19, 2019/20, 2021/22).

Face à un tel tableau, une question revient souvent : est-il le plus grand latéral gauche de l’histoire de la Premier League ? Ashley Cole conserve sans doute une courte avance dans ce débat. Mais Robertson se tient juste derrière lui, dans le sillage immédiat, sans contestation sérieuse.

Pourquoi Tottenham s’est jeté sur l’occasion

Tottenham n’était pas seul sur le dossier. À l’approche de la fin de son contrat à Liverpool, plusieurs clubs se sont positionnés pour récupérer Robertson libre. Les Londoniens avaient déjà tenté un coup en janvier, finalement avorté lorsque Liverpool n’a pas pu rappeler Kostas Tsimikas de son prêt à la Roma.

Roberto De Zerbi, fraîchement nommé sur le banc des Spurs, a insisté pour relancer l’opération. Après avoir repoussé l’intérêt annoncé de la Juventus, le club du nord de Londres obtient enfin la signature du défenseur de 32 ans.

Sur le papier, Tottenham n’est pas démuni à gauche, avec Destiny Udogie et Djed Spence capables de couvrir le poste. Mais le problème est ailleurs. Le vestiaire manque de figures d’autorité, de cadres qui connaissent le très haut niveau et savent imposer des standards.

De Zerbi l’a résumé simplement : Robertson apporte « expérience, mentalité et qualités ». Un « grand joueur » pour ce groupe, selon lui.

Un détail compte : Tottenham sort de deux saisons consécutives terminées à la 17e place. Dans ce contexte, recruter un serial winner, habitué à vivre dans un environnement où la seconde place est un échec, change le ton du vestiaire.

Robertson sait ce que signifie maintenir l’exigence au quotidien, sur le terrain comme en dehors. C’est précisément ce que ce club recherche.

Un trentenaire, oui. Mais encore décisif.

À 32 ans, Robertson n’arrive pas en préretraite. Il portera le brassard de l’Écosse à la Coupe du monde 2026, signe clair qu’il reste au cœur des plans de sa sélection.

En 2025/26 avec Liverpool, il dispute 35 matches toutes compétitions confondues, dont 11 titularisations en Premier League et 13 entrées en jeu. Moins central qu’à son apogée, mais loin d’être marginal.

Son rôle a légèrement évolué. Il pénètre moins souvent dans la surface adverse, mais continue d’offrir de la largeur et des solutions offensives. Sa heatmap de la dernière saison confirme un profil toujours très porté vers l’avant, avec une présence constante dans le camp opposé.

Les chiffres confirment que le rendement est là. Rapporté à 90 minutes, Robertson a fait mieux que tous les défenseurs de Tottenham en 2025/26 en termes de tacles, de centres et de création d’occasions.

Comparé à Udogie et Spence la saison passée (par 90 minutes) :

  • Passes jouées dans la surface : Robertson 5,07 ; Spence 2,67 ; Udogie 1,75
  • Taux de tacles réussis : Robertson 75,00 % ; Spence 61,36 % ; Udogie 61,29 %
  • Centres réussis en jeu ouvert : Robertson 0,92 ; Spence 0,44 ; Udogie 0,34
  • Occasions créées : Robertson 1,54 ; Spence 0,81 ; Udogie 0,44

Des écarts nets. De quoi imaginer qu’il s’impose très vite comme titulaire, ou au minimum comme référence dans la rotation.

Un choix de mercato qui a du sens

Tottenham ne signe pas seulement un latéral. Il signe une culture. Un joueur qui a appris à vivre avec l’obligation de gagner, qui a bâti sa carrière sur le dépassement de soi et la répétition des efforts.

Même s’il n’est plus au sommet physique de ses années 2019-2022, Robertson conserve ce qui ne vieillit pas : la qualité de pied, l’intelligence de placement, le caractère. Des attributs qui peuvent faire monter le niveau collectif sans qu’il ait besoin de jouer tous les matches à 200 à l’heure.

De Zerbi réclame des joueurs techniques, capables de comprendre des consignes complexes, mais aussi prêts à jouer avec courage et personnalité. Le capitaine de l’Écosse coche ces cases une par une.

Reste une inconnue, la seule qui compte vraiment : jusqu’où ce mariage entre l’intensité de Robertson et les idées de De Zerbi peut-il pousser Tottenham après deux saisons au bord du gouffre ?