Alexander Volkanovski à la croisée des chemins : UFC 333 contre Evloev
À 38 ans, Alexander Volkanovski se retrouve à la croisée des chemins. Pas celle de la fin de carrière annoncée, mais celle où l’histoire se réécrit en direct. À Abu Dhabi, lors de l’UFC 333, l’Australien défendra sa ceinture des poids plumes contre Movsar Evloev, invaincu, et jouera bien plus qu’un simple titre : une place définitive tout en haut de la division.
Le trône des poids plumes en ligne de mire
Déjà considéré comme l’un des plus grands poids plumes de l’histoire, Volkanovski peut, en cas de victoire, poser un sérieux coup de tampon sur le débat. Un succès contre le Russe lui offrirait un neuvième triomphe en combat de championnat chez les plumes, un record dans l’UFC. Ce serait un pas de plus devant l’icône brésilienne Jose Aldo, longtemps intouchable dans cette catégorie.
Le débat fait rage depuis des années : Aldo, Max Holloway, ou désormais Volkanovski ? Les fans s’écharpent, les analystes tranchent rarement. Le principal intéressé, lui, refuse d’entrer dans le jeu.
« Je laisse les autres décider », lâche-t-il. Pour lui, ce ne sont ni les chiffres ni les ceintures qui alimentent le moteur. « Je ne suis pas motivé par le nombre de défenses de titre. Ce qui me pousse, ce sont les défis et le fait de les surmonter. »
De la chute brutale à la renaissance
Il y a encore peu, certains pensaient que l’histoire touchait à sa fin. En 2024, Ilia Topuria le met KO et lui arrache la ceinture des plumes. C’est sa troisième défaite en quatre combats, sa deuxième fois mis hors de combat d’affilée après Islam Makhachev, quatre mois plus tôt, lors de sa tentative ratée pour décrocher le titre des légers.
Pour un champion de son calibre, la séquence est violente. Volkanovski a l’habitude de revenir vite après une défaite, comme pour effacer la tache au plus tôt. Cette fois, il s’accorde 14 mois. Long silence. Beaucoup y voient un signe : la fin approche.
Son retour se fait face à Diego Lopes, l’un des prospects les plus explosifs de l’organisation. Le matchmaking ressemble presque à un guet-apens pour vétéran sur le déclin. Au lieu de ça, l’Australien livre une démonstration, récupère sa ceinture, puis confirme en février avec une nouvelle performance clinique. Le roi des plumes est de retour sur son trône.
Pour lui, ces résurrections tardives valent plus que n’importe quelle ligne de plus dans un livre de records. « Ce que je fais à cet âge, et la manière dont je le fais, c’est là que se trouve la vraie profondeur », explique-t-il. Il savoure même les doutes. « Quand les gens disent que je suis vieux, j’adore ça. Je veux qu’ils pensent que je décline, parce que quand je passe au travers, ils se demandent : “Comment il fait encore ça ?” Je joue là-dessus à 100 %. »
Un arsenal sans point faible
Volkanovski n’est ni un pur cogneur, ni un chasseur de soumissions. Il n’écrase pas ses adversaires uniquement par la lutte. Il fait quelque chose de plus rare : il excelle partout.
Son jeu de pieds, sa gestion de la distance, son anglaise, son cardio, tout est affûté au plus haut niveau. C’est ce cocktail qui lui a permis de dominer un technicien comme Max Holloway à trois reprises, ou de désamorcer le danger permanent de Diego Lopes.
Au sol, il ne brille pas par des projections spectaculaires, mais par une défense acharnée. Sa résistance aux tentatives de soumission et aux amenées au sol lui a permis de rivaliser avec Islam Makhachev lors de leur premier duel, et surtout de survivre à la tempête Brian Ortega en 2021, quand il semblait pris au piège.
Une statistique illustre sa maîtrise : avec 18 minutes et trois secondes de temps de combat moyen, il détient le record de la catégorie des plumes à l’UFC. Il vit dans la cage plus longtemps que tous les autres. Il y pense, il y respire.
Entre 2016 et 2023, il aligne onze victoires de rang à l’UFC, juste derrière la série record de treize succès signée Holloway. Au total, il a déjà envoyé 1 623 frappes significatives dans l’octogone, là encore derrière l’Américain et ses 2 971 frappes, des chiffres presque irréels.
Mais Volkanovski possède un argument que Holloway n’a pas : trois victoires directes sur lui, plus un succès majeur contre Aldo en 2019. Les chiffres et l’histoire commencent à pencher franchement de son côté, même s’il refuse de le proclamer.
Evloev, l’obstacle parfait
Face à lui, à Abu Dhabi, un homme qui n’a jamais perdu : Movsar Evloev, 32 ans, 20 combats, 20 victoires, dont dix à l’UFC. Un profil austère, discipliné, difficile à briser. Le genre d’adversaire qui ne donne rien gratuitement et qui peut transformer un combat en casse-tête de cinq rounds.
C’est précisément ce type de défi qui attire Volkanovski. Une défense de titre de plus, mais contre un invaincu, dans une salle acquise à la cause des combattants de la région. Une victoire là, à ce stade de sa carrière, alourdirait encore le dossier pour le statut de plus grand poids plume de tous les temps.
Le rêve d’un dernier grand saut
Qu’il gagne ou qu’il perde, l’Australien assure qu’il ne pense pas à la retraite. Pas tout de suite. Il laisse toutefois la porte entrouverte pour un dernier coup d’éclat : un « super fight » contre Justin Gaethje, champion des légers.
Il a déjà tenté deux fois de devenir double champion. Deux fois, Islam Makhachev l’a repoussé. Leur premier affrontement, en 2023, reste l’un des combats les plus disputés de la carrière du Russe, au point que certains voyaient Volkanovski vainqueur après cinq rounds.
Il a récupéré son trône chez les plumes. Il lui manque encore cette ceinture dans une deuxième catégorie, l’un des rares accomplissements absents de son palmarès à l’UFC. « Si je peux me glisser dans l’équation des légers… On sait que Justin ne sait pas trop ce qu’il veut faire ensuite », glisse-t-il.
L’idée est claire : un choc champion contre champion, un dernier feu d’artifice, puis tirer le rideau. « C’est quelque chose pour lequel je pourrais prendre ma retraite. Sinon, je prends les combats un par un. »
Avant de rêver à Gaethje, il y a Evloev. Avant de penser à une sortie en apothéose, il y a un invaincu à faire tomber. La légende de Volkanovski se joue encore sur cinq rounds. Et si, à 38 ans, le plus grand poids plume de tous les temps n’était pas celui qu’on croyait ?




