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Abby Erceg refuse la Coupe du monde pour des convictions personnelles

Elle aurait pu vivre le rêve absolu : une Coupe du monde à domicile, devant son public, en guise de tour d’honneur. Mais Abby Erceg a dit non.

Pas par caprice. Par conviction.

Un adieu au Mondial, par principe

La défenseure néo-zélandaise a longuement pesé sa décision avant de renoncer à la Coupe du monde à domicile, au moment même où sa carrière internationale touchait à sa fin. Sur le papier, tout s’alignait pour une sortie parfaite. Dans sa tête, non.

« Ça ne collait pas, ni personnellement ni professionnellement », a-t-elle expliqué. Elle a consulté, réfléchi, attendu. « Long, long time », dit-elle. Le genre de délai qui révèle l’ampleur du dilemme.

Pour beaucoup, refuser une Coupe du monde, c’est presque impensable. Pour elle, c’était une question de cohérence. Elle ne voulait pas se retrouver dans un environnement où elle ne se sentait pas servie comme joueuse, où son engagement ne serait pas total. Jouer sans y mettre le cœur, elle l’a jugé injuste. Pour le groupe. Pour elle-même.

Elle ne se considère pas particulièrement courageuse pour autant. Juste fidèle à sa ligne de conduite.

Une carrière internationale faite de ruptures… et de records

Erceg n’a jamais été du genre à suivre le mouvement. Elle avait déjà pris sa retraite internationale en 2017, puis à nouveau en 2018, en grande partie à cause de ce qu’elle percevait comme un manque de soutien et de ressources de la part de la fédération pour le football féminin. Elle était finalement revenue avant la Coupe du monde 2019.

Malgré ces pauses, son empreinte sur les Football Ferns reste immense. Trois Coupes du monde. Trois Jeux olympiques. Première joueuse des Ferns à atteindre les 100 sélections, pour un total de 146 capes, dont 49 avec le brassard de capitaine. Une colonne vertébrale, une référence, une voix.

Difficile, dès lors, de ne pas imaginer un scénario différent pour la Nouvelle-Zélande au dernier Mondial avec une telle expérience en défense. Après une victoire inaugurale retentissante 1-0 contre la Norvège, les Ferns n’ont pris qu’un point sur leurs deux derniers matches, battues 1-0 par les Philippines puis tenues en échec 0-0 par la Suisse. L’élan s’est brisé net.

L’excellence en club, loin de chez elle

Si elle a tourné le dos à la Coupe du monde à domicile, c’est aussi parce qu’elle évoluait dans ce qu’elle décrit comme l’un des meilleurs environnements de club au monde, à North Carolina. Là-bas, elle a tout gagné ou presque.

Son palmarès en club parle pour elle : trois titres en NWSL, un avec Western New York Flash en 2016, deux avec North Carolina Courage en 2018 et 2019. Une décennie passée à se frotter au plus haut niveau aux États-Unis, à s’ancrer dans une culture de la performance qui a façonné sa façon de voir son métier.

Quitter cet environnement pour un autre qu’elle jugeait moins adapté à sa progression, elle ne s’y résolvait pas. Son choix, elle l’a posé comme une décision de carrière, froide, assumée, presque clinique dans un univers pourtant nourri d’émotion.

Toluca, le coup de foudre mexicain

Après douze ans aux États-Unis, Erceg a ouvert un nouveau chapitre au Mexique, à Toluca. Une saison seulement, mais une saison qui l’a marquée au fer rouge.

Elle parle d’une expérience « phénoménale ». Le mot n’est pas galvaudé dans sa bouche. La culture, la nourriture, les gens, le football, l’enthousiasme autour du jeu : tout l’a séduite. Elle décrit le pays comme « incroyable », presque avec des yeux d’enfant, comme si cette étape tardive de sa carrière lui avait offert un second souffle.

À 36 ans, pourtant, rien n’est figé. Sa prochaine destination reste floue, mais les possibilités ne manquent pas. Elle évoque des offres de Nouvelle-Zélande, de l’A-League, un retour possible au Mexique, des clubs américains intéressés. Le carnet d’adresses est plein, le choix sera personnel.

Car un autre paramètre s’impose désormais.

Le poids du temps et de la famille

À ce stade de sa carrière, la famille entre en jeu. Vraiment. Elle le dit sans détour : elle a manqué beaucoup de moments, beaucoup de tranches de vie, notamment avec ses neveux. Les années passées à l’étranger ont un coût, que les titres et les sélections ne compensent pas toujours.

Alors elle regarde la carte du monde autrement. La proximité compte. Le quotidien aussi. Elle sait que chaque prochain contrat pourrait être l’un des derniers. Il ne s’agit plus seulement de football, mais d’équilibre.

Un dernier défi XXL : Chelsea en guise de test

Dans l’immédiat, un défi colossal se dresse pourtant devant elle : affronter Chelsea, huit fois champion d’Angleterre. Un géant du football féminin mondial débarque en Nouvelle-Zélande, et Erceg se retrouve au cœur d’une équipe montée à la hâte, avec seulement quelques semaines d’entraînement collectif.

Elle parle d’un « challenge » – et précise que c’est « un mot poli ». L’écart de niveau, d’organisation, de vécu collectif sera immense. Pour beaucoup de joueuses néo-zélandaises, ce match ressemblera à un cours accéléré sur la réalité du très haut niveau.

Selon elle, cette rencontre servira de révélateur : elle montrera où se situe réellement le football néo-zélandais face à l’une des meilleures équipes de club au monde. La préparation est limitée, le temps manque, la marge d’erreur est infime. Le travail s’annonce titanesque.

Mais accueillir une telle affiche sur le sol néo-zélandais, offrir cette vitrine au public local, à la jeune génération, à toutes celles qui rêvent de marcher sur ses traces, cela vaut le coup. L’exposition est précieuse, presque aussi importante que le résultat.

Erceg, elle, se tient encore une fois là où elle a toujours été : à la croisée des chemins, entre exigence personnelle, amour du jeu et lucidité sur ce que le football peut – et ne peut plus – lui offrir. La question, désormais, n’est plus de savoir ce qu’elle a donné à la Nouvelle-Zélande. Mais jusqu’où la Nouvelle-Zélande est prête à aller pour ne plus perdre des joueuses comme elle.