Xabi Alonso demande du temps à Chelsea pour construire
Le décor est trompeur. Soleil d’hiver sur la baie de Sydney, ambiance de tournée estivale, séances photo et sourires polis. Mais derrière les flashs, Xabi Alonso vient de mettre un pied dans l’un des postes les plus exposés du football européen : entraîneur de Chelsea. Et son premier message est clair : patience.
À 44 ans, l’ancien maestro du milieu, connu pour sa cadence tranquille et ses passes millimétrées, aborde ce nouveau rôle avec la même sérénité glaciale qui a marqué sa carrière. Sur la pelouse comme devant les micros, Alonso ne se précipite jamais. Il observe, pèse chaque mot, comme il pesait chaque ballon.
« Ça a beaucoup changé », glisse-t-il face aux journalistes à Sydney. Il n’a plus mis les pieds en Premier League depuis 2009. Une autre époque. Un autre football. « On a vu la progression du championnat, des équipes, des clubs, des entraîneurs, des joueurs. »
Le décor a changé, lui non. Calme, posé, presque professoral, il détaille sa feuille de route sans promesses tapageuses, sans slogans. Juste une idée forte : construire, étape par étape.
Un chantier à ciel ouvert
Chelsea n’est pas au complet en Australie. Loin de là. Le groupe est un mélange de jeunes, de joueurs en quête de temps de jeu et de quelques cadres venus encadrer tout ça. Une sorte de laboratoire à ciel ouvert avant la reprise de la Premier League le 22 août.
Alonso s’en accommode très bien. Il y voit même une opportunité.
« Ceux qui s’entraînent font du bon travail. Ils ont une bonne énergie », insiste-t-il. Il parle beaucoup des jeunes de l’académie, qu’il découvre vraiment pour la première fois. Et le constat est sans détour : « Ils m’ont vraiment impressionné. Même très jeunes, ils ont une qualité de haut niveau et sont de grands projets à développer. On utilise ce temps pour ça. »
La tournée australienne, avec des matches face aux Western Sydney Wanderers puis Tottenham Hotspur, n’est donc pas qu’un exercice marketing. C’est le début d’une expérimentation tactique, humaine, mentale. Alonso veut comprendre comment ces pièces peuvent s’assembler, comment recréer sur le banc ce qu’il maîtrisait si bien sur le terrain : le temps, l’espace, le rythme.
Morgan Rogers, star absente mais centrale
Paradoxalement, la première partie de son intervention médiatique tourne autour d’un joueur… qui n’est même pas là. Morgan Rogers, recruté pour 117 millions de livres, montant record pour un joueur britannique, cristallise déjà les attentes. Le nouvel entraîneur ne l’a pas encore rencontré, mais son nom domine les questions.
Rogers ne fait pas partie de la délégation en Australie. Pas de présentation en grande pompe, pas de première apparition sous le maillot bleu à l’Accor Stadium. Pour Alonso, ce n’est pas un problème. Le timing viendra. La construction de l’équipe ne se résume pas à une seule recrue, aussi chère soit-elle.
Son discours tranche avec l’emballement habituel qui accompagne ce type de transfert. Pas de promesse d’objectifs chiffrés, pas d’annonce spectaculaire. Le Basque refuse de se projeter trop loin.
« L’idée, ce n’est pas de penser trop tôt à ce qui va se passer en mai », lâche-t-il. Une phrase qui sonne presque comme un avertissement adressé à l’extérieur du club autant qu’à l’intérieur.
« Pas la même équipe en août et en mai »
Alonso répète la même idée sous plusieurs formes : la saison sera un processus. Un long chemin, pas un sprint.
« On veut bien démarrer, mais pour ça, il faut créer de bonnes énergies, une bonne chimie dans l’équipe, des idées claires. Ça va se développer, c’est sûr », explique-t-il. Il sait que Chelsea arrive d’une période instable, avec des changements fréquents sur le banc, un effectif remodelé à coups de centaines de millions, sans toujours trouver une ligne directrice.
Son projet repose sur le temps et la progression. « Je suis sûr que l’équipe qui commencera en août ne sera pas la même que celle qui finira en mai, et je suis sûr que celle de mai sera meilleure que celle du premier jour. »
Le message est limpide : ne jugez pas ce Chelsea sur ses premiers pas à Sydney, ni même sur ses premières semaines en Premier League. L’équipe est en construction, le coach aussi dans ce contexte particulier.
Il refuse d’ailleurs de fixer publiquement un objectif précis au classement. « Je ne veux pas parler trop tôt de notre objectif. On veut faire une bonne saison. On veut mériter d’être le plus haut possible, et pour ça il faut travailler dur. » Nouveau staff, nouveaux joueurs, nouvelles idées : pour Alonso, tout cela demande du temps. Parfois beaucoup. Parfois moins. Il ne promet qu’une chose : le travail.
« Soyez prêts à essayer de développer cette idée que nous avons, ce plan », résume-t-il. Pour l’instant, assure-t-il, les signaux sont positifs : « Bon ressenti. Bonne énergie. Les joueurs travaillent dur, et c’est ce qu’on veut. »
Premier test à l’Accor Stadium
Le premier coup d’œil concret à ce Chelsea version Alonso, les supporters le verront le 28 juillet, face aux Western Sydney Wanderers, à l’Accor Stadium. Coup d’envoi à 19h45, heure locale. Un simple match amical sur le papier. Mais pour lui, un premier jalon.
Ce ne sera pas l’équipe définitive, ni le système définitif, ni le Chelsea qui devra affronter la tempête d’une saison de Premier League. Juste un début. Un brouillon vivant, sous les projecteurs australiens.
Alonso, lui, ne s’en émeut pas. Il a toujours préféré construire patiemment plutôt que céder à l’urgence. La question est simple : dans un club où tout va toujours trop vite, le temps qu’il réclame lui sera-t-il vraiment accordé ?




