Andrea Pirlo écarté de la Nazionale à cause d'un sponsor russe
Andrea Pirlo ne dirigera pas l’Italie. L’ancien maestro du milieu azzurro l’a confirmé lui‑même, et ce n’est pas une question de tactique, de résultats ou de vestiaire. C’est une histoire de politique, de guerre et d’image, qui a explosé bien loin des terrains.
Lundi, sur Instagram, Pirlo a lâché la bombe : il a “appris hier soir” qu’il n’était “plus candidat au poste de sélectionneur de l’équipe nationale italienne”. Une phrase sèche, presque incrédule, qui clôt brutalement un feuilleton à peine entamé.
Au cœur de la tempête, un contrat de sponsoring avec Fonbet, une société de paris russe. Pirlo est ambassadeur de la marque. En temps normal, un deal commercial parmi d’autres dans le football moderne. Mais en 2026, avec la guerre en Ukraine et la ligne politique de l’Italie clairement alignée sur le soutien à Kyiv, ce partenariat est devenu un fardeau impossible à porter pour le futur sélectionneur.
Des élus italiens ont rapidement allumé les projecteurs sur ce point précis : comment confier la Nazionale à une figure associée à une entreprise russe, alors que Rome soutient l’Ukraine contre Moscou ? La question a enflammé le débat public.
Pirlo, lui, s’est défendu. Il a rappelé que ce contrat était lié à son travail dans les Émirats arabes unis, avec Dubai United, et qu’il s’agissait “exclusivement de finalités commerciales et sportives”. Il a dénoncé l’idée qu’on puisse donner une “signification politique” à cette collaboration, estimant qu’on lui prêtait des convictions qu’il “n’a jamais exprimées et qui ne lui appartiennent pas”.
Rien n’y a fait.
Une révolution annoncée… qui avorte
Le choix de Pirlo n’était déjà pas unanime sur le plan sportif. Mais il avait un allié de poids : Paolo Maldini, tout juste nommé directeur technique de la fédération italienne (FIGC). Maldini voyait en lui le visage d’une nouvelle ère, un pari fort après des années de déceptions.
L’Italie reste en effet engluée dans une crise sportive profonde : “encore une défaite et une nouvelle non‑qualification pour la Coupe du monde”, comme l’a rappelé Pina Picierno, vice‑présidente du Parlement européen. Trois Coupes du monde manquées de suite. Une blessure ouverte.
Picierno n’a pas mâché ses mots. Pour elle, le football italien avait besoin “désespérément d’une révolution culturelle, éthique et managériale”. Et la “choix d’Andrea Pirlo va exactement dans la direction opposée”. La critique est frontale, au-delà de la seule dimension sportive : c’est la symbolique du sélectionneur, figure nationale par excellence, qui est en jeu.
La pression politique est montée d’un cran.
Ignazio La Russa, président du Sénat et membre du parti de Giorgia Meloni, a lui aussi exprimé de sérieuses réserves. Interrogé par l’agence Ansa, il a lâché un “Dieu nous vienne en aide” lourd de sous‑entendus. Il a salué le champion, mais douté du coach : “en tant qu’entraîneur, c’est un saut dans le vide”. Le message est clair : Pirlo ne fait pas consensus, ni sur le banc, ni en dehors.
Carlo Calenda, leader du parti Azione, est allé encore plus loin : “Quiconque est ou a été en train de promouvoir la Russie après 2022 ne devrait pas occuper de fonction nationale.” Le cadre est posé. Aux yeux d’une partie de la classe politique, le simple fait d’apparaître comme ambassadeur d’une marque russe après l’invasion de l’Ukraine disqualifie pour un poste aussi symbolique que celui de sélectionneur.
Un plan B qui explose en plein vol
La FIGC n’avait pourtant pas commencé son mercato des entraîneurs avec Pirlo en tête de liste. La fédération avait d’abord tenté le coup de poker ultime : Pep Guardiola. Puis l’option du retour au pays avec Carlo Ancelotti. Deux géants, deux refus.
Après l’échec de ces pistes XXL, les dirigeants se sont tournés vers Pirlo, prêt à quitter Dubai United pour prendre en main la Nazionale après le départ de Gennaro Gattuso, parti en avril “d’un commun accord” après la troisième élimination consécutive en qualifications pour la Coupe du monde.
Ce pari audacieux, soutenu en interne, s’est fracassé sur la réalité politique. L’affaire Fonbet a transformé un choix déjà risqué sportivement en casse‑tête diplomatique. En quelques jours, le débat sur le pressing, les systèmes et les jeunes à lancer a été écrasé par une question bien plus large : que doit représenter le sélectionneur de l’Italie dans le contexte international actuel ?
Le résultat est sans appel : Pirlo est hors course.
Retour aux anciens mondes
Privée de son pari “révolutionnaire”, l’Italie se tourne de nouveau vers des visages connus. Les noms de Roberto Mancini et Antonio Conte sont déjà revenus sur la table. Deux anciens sélectionneurs, deux profils aux antipodes, mais une même idée en filigrane : revenir à des repères sûrs.
Mancini, artisan du sacre à l’Euro, mais aussi du début de la chute avec l’échec en qualification pour la Coupe du monde suivante. Conte, figure volcanique, obsédé par la discipline et l’intensité, déjà passé sur le banc azzurro avant de filer vers les clubs.
La FIGC se retrouve donc à la croisée des chemins. Elle voulait un nouveau visage, une rupture, un symbole fort. Elle se retrouve à rééplucher les dossiers de ceux qui ont déjà porté le survêtement bleu.
Pirlo, lui, reste sur le côté, emporté par une tempête qu’il juge étrangère à ses intentions. Sa trajectoire rappelle une vérité crue : à ce niveau, un sélectionneur ne dirige pas seulement une équipe. Il incarne un pays. Et en Italie, en ce moment, le moindre faux pas, même sous forme de logo sur un contrat de sponsoring, peut suffire à faire tomber un projet.




