Tyrell Malacia : L’exilé qui ne regrette rien
Tyrell Malacia n’a pas changé de discours, même après une traversée du désert qui aurait brisé plus d’un joueur. Pas de plainte, pas de revanche annoncée. Juste une certitude répétée presque comme un mantra : il ne regrette rien.
Le latéral gauche néerlandais reconstruit aujourd’hui sa carrière en Major League Soccer, sous le maillot de FC Cincinnati, après la fin de son contrat à Manchester United l’été dernier. À 27 ans, il rappelle un point essentiel : il est en pleine possession de ses moyens physiques, et ce depuis novembre 2024, date de son retour après un an et demi d’absence et deux lourdes opérations au genou.
Le 21 octobre, sa titularisation lors de la victoire 2-1 de FC Cincinnati contre DC United a marqué un petit tournant personnel : c’était la première fois qu’il enchaînait quatre matches de suite dans un onze de départ depuis septembre 2022. À l’époque, il découvrait Old Trafford, tout juste arrivé de Feyenoord pour 13 millions de livres, et s’installait dans le onze d’Erik ten Hag.
Cette première saison restera son sommet à United : 39 apparitions, toutes compétitions confondues, une place dans la rotation, le sentiment d’appartenir à un projet. La suite sera brutale. Trois saisons, seulement 11 matches. Et un long tunnel.
« Je ne regretterais rien, pas une seconde, confie-t-il à BBC Sport. Même si je devais recommencer, je ferais la même chose, sinon je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. »
Une phrase qui claque, mais qui ne gomme pas l’amertume. Car Malacia n’a jamais vraiment digéré la façon dont l’histoire s’est terminée à Old Trafford.
Le genou, le vide, puis le mur Amorim
Tout bascule à l’été 2023. Malacia termine la saison 2022-2023 avec une gêne au genou gauche. Il pense que quelques semaines de repos suffiront. La douleur reste. Retour aux Pays-Bas, opération, puis complications. La cicatrisation ne se déroule pas comme prévu, une deuxième intervention est nécessaire. Il s’efface des radars.
Quand il revient enfin, ce n’est pas avec les stars de Manchester United, mais avec les moins de 21 ans, lors d’un match de EFL Trophy perdu à Huddersfield. Dans sa tête, ce n’est qu’une étape. La première marche sur le chemin du retour vers l’équipe première, désormais dirigée par Ruben Amorim après le limogeage d’Erik ten Hag.
« J’ai fait une bonne première saison puis j’ai eu ma blessure, raconte-t-il. Je ne veux pas trop en parler, mais certaines choses se sont passées pendant ma rééducation. Ruben est arrivé quand je venais juste de revenir. Il m’a donné quelques matches, mais je revenais après un an et demi. Imaginez : ne pas jouer pendant un an et demi et devoir se réadapter à tout, surtout dans le meilleur championnat du monde, dans un club aussi grand. Ça prend du temps. »
Le temps, justement, il ne l’a pas. « Quand tu joues pour un grand club comme Manchester United, parfois tu n’as pas ce temps-là », résume-t-il.
Il dispute huit rencontres, puis part en prêt au PSV Eindhoven pour la fin de la saison 2024-2025. Il n’est pas encore à 100 %, mais a besoin de minutes, de rythme, de contacts. Six mois de jeu pour retrouver des sensations. À son retour, l’été suivant, il pense que le pire est derrière lui.
« Je suis revenu en me disant : “OK, maintenant ça va se faire, je vais avoir une vraie chance.” »
Elle ne viendra jamais.
La « bomb squad » et l’isolement
Juste avant la reprise, le couperet tombe. Un communiqué du club annonce que Tyrell Malacia, Marcus Rashford, Jadon Sancho, Alejandro Garnacho et Antony s’entraîneront à part du groupe d’Amorim et pourront quitter le club en cas d’offre satisfaisante. Une sorte de « bomb squad » moderne, assumée.
Pour les quatre offensifs, la porte de sortie s’ouvre rapidement. Pas pour lui. Surtout, personne n’explique vraiment pourquoi il se retrouve dans ce groupe. Des sources internes assurent qu’il n’a jamais posé problème, ni dans le vestiaire ni sur le terrain d’entraînement.
Pendant que les autres partent, Malacia reste à Carrington. Il s’entraîne avec les moins de 21 ans, parfois même avec les moins de 18 ou les moins de 17, à sa demande, pour garder du rythme.
« Je ne sais pas d’où ça vient, je ne sais pas si c’était Ruben ou plus haut, mais je n’ai jamais rien dit, raconte-t-il. Je continuais à travailler, à faire mon truc, même si c’était difficile parfois de s’entraîner dans un groupe de cinq. »
Puis le groupe rétrécit encore. Rashford part, Garnacho aussi, Antony suit. Malacia se retrouve seul, ou presque.
« À un moment, Marcus, Garnacho et même Antony sont partis. Je suis resté tout seul, à m’entraîner avec la réserve, même avec les moins de 18 ans et en dessous. C’est dur. Dur mentalement. »
Il aurait pu lâcher. Il ne le fait pas.
« J’aurais pu dire : “OK, je ne viens plus à l’entraînement.” Mais je me suis dit : “Ça ne va pas m’aider.” Ce serait leur donner une raison de dire : “Voilà pourquoi tu es avec eux ou pourquoi tu t’entraînes seul.” J’ai juste gardé la tête basse et travaillé. »
Physiquement, il est prêt. Depuis son retour de blessure, il se sent en forme. De l’extérieur, pourtant, beaucoup s’interrogent : pourquoi ne joue-t-il pas ? La réponse se trouve dans les décisions internes du club, pas dans son état de santé.
Quelques minutes, un au revoir et un nouveau départ
À la fin septembre 2025, le rideau se rouvre légèrement. Malacia réintègre le groupe d’Amorim. Il figure dans l’effectif pour le déplacement à Brighton le 25 octobre, puis dans tous les groupes convoqués à partir du 24 novembre.
Ses minutes restent rares. Deux petites entrées en jeu contre Newcastle : deux minutes à Old Trafford le 26 décembre, cinq au retour à St James’ Park le 5 mars. Puis une dernière apparition à Brighton, le 24 mai. Un au revoir discret, presque silencieux.
Entre-temps, Michael Carrick a pris la suite sur le banc. Le défenseur néerlandais discute avec lui. Il veut partir. Le club hésite. Les blessures dans l’effectif rebattent les cartes.
« J’ai eu une bonne conversation avec Michael quand il est arrivé, explique-t-il. Évidemment, je voulais partir, puis il y a eu des blessures, donc je ne pouvais plus partir à cause des nombres dans l’effectif. C’était difficile à accepter. Je me disais : “Je ne vais pas jouer, mais je n’ai pas le droit de partir, donc quel est l’intérêt de rester ici ?” Puis il m’a expliqué. »
La logique de club s’impose à ses envies personnelles. Il comprend sans vraiment l’accepter. Il sait aussi que chacun protège sa place.
« Au final, tout le monde est là pour soi. Je suis là pour moi, évidemment en premier, puis pour l’équipe, mais le manager aussi est là pour lui, il doit sauver son poste ou bien faire son travail. »
Malgré tout, il refuse de noircir le tableau. Il garde même une forme de tendresse pour son passage à Manchester.
« Je ne regrette rien. J’ai passé une super première saison, les gens qui travaillaient là-bas, les joueurs que j’ai rencontrés, c’était incroyable. J’ai vraiment apprécié mon temps là-bas. »
FC Cincinnati, l’air libre et la revanche sportive
Aujourd’hui, Tyrell Malacia respire à nouveau. FC Cincinnati pointe à la huitième place de la Conférence Est, à quatre journées de la fin de la saison régulière. Les neuf premiers vont en play-offs : la marge est fine, mais réelle. Le Néerlandais, lui, veut accumuler les matches avant le sprint final.
Il s’est engagé pour la « sprint season » 2027, avec une option pour rester en 2027-2028, la première saison alignée sur le calendrier européen. Une forme de pont entre deux mondes.
« En tant que footballeur, tu veux jouer. Je peux le faire maintenant, et de manière régulière, donc je suis heureux », insiste-t-il.
Il met aussi en avant son vécu. Feyenoord, Manchester United, PSV : trois environnements de pression, trois cultures, une expérience qu’il veut transformer en valeur ajoutée pour son nouveau club.
« J’ai joué pour Man Utd, j’ai joué pour Feyenoord, j’ai joué pour PSV, donc j’ai beaucoup d’expérience. Je veux apporter ça au club. Je veux apporter mon énergie, ma qualité. Si tu vas en play-offs, au final, ce sont des finales à chaque fois. Celui qui se présente le mieux ce jour-là ira au bout. »
Il ne cache pas sa faim. Après un si long arrêt, chaque rencontre compte double.
« Plus j’ai de matches, mieux c’est. J’ai été absent si longtemps, maintenant je veux juste jouer le plus possible. »
Le décor a changé, les projecteurs sont moins cruels qu’à Old Trafford, mais l’enjeu, pour lui, reste immense. À Cincinnati, Tyrell Malacia ne cherche plus à prouver qu’il avait sa place à Manchester United. Il veut montrer qu’il a encore une carrière à écrire. Et cette fois, il ne compte plus laisser le temps lui échapper.




