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Tuchel et Bellingham : une relation sous tension mais indissociable

Entre Thomas Tuchel et Jude Bellingham, la température est souvent montée, mais le lien tient toujours. C’est l’un des fils rouges de cette aventure anglaise : un sélectionneur allemand au passé de joueur modeste, un milieu de terrain surdoué qui veut tout emporter sur son passage, et une relation scrutée à la loupe à chaque mot de travers.

Tout avait déjà dérapé l’été dernier, quand la mère de Tuchel avait qualifié certains gestes de Bellingham sur le terrain de « répugnants ». Excuses, apaisement, rideau tiré. Du moins en apparence. Car la tension a resurgi après le quart de finale arraché en prolongation face à la Norvège (2-1), un match où l’Angleterre a souffert, beaucoup, avant de passer.

Tuchel, lui, n’a pas maquillé son analyse. Malgré la qualification, il a lâché qu’il n’était « pas content de la performance de l’équipe ». Message direct, sans ruban autour. Bellingham, rincé par 120 minutes de combat, a réclamé plus de positivité devant les micros. La petite phrase de trop pour relancer le feuilleton.

Le sélectionneur a senti le danger. Le lendemain, il a réuni le groupe pour crever l’abcès avant la demi-finale contre l’Argentine. Pas question de laisser une brèche s’ouvrir. « Je me demande qui fait monter tout ça, hein ? Il n’y a rien à faire exploser et si ça explose, c’est dans les médias, bien sûr », a-t-il confié à talkSPORT, comme pour renvoyer la polémique à l’extérieur du vestiaire.

Tuchel a aussitôt pris la défense de son meneur de jeu, rappelant ce que représente une prolongation à élimination directe dans les jambes et dans la tête. Selon lui, tout part d’un récit tronqué. Il avait salué un Bellingham « de classe mondiale », ses « actions de classe mondiale », avant de pointer quelques moments de relâchement. Ce qui a été retenu, c’est le mot « négligent ». Le reste a disparu.

« Si tu coupes tout ça et que tu lui dis juste : “ton coach a dit que tu étais négligent”, qu’est-ce que tu attends ? » résume-t-il.

Le décor est planté : un joueur vidé, un flash interview à chaud, une question orientée, et soudain on parle de fissures dans la relation. « Les gens essaient de créer des malentendus et des failles là où il n’y en a pas. On vient du même endroit : la compétition. Je suis un coach compétitif. Je pousse cette équipe à la limite, et c’était mon évaluation.

Tuchel va même plus loin : pour lui, la question posée à Bellingham était « injuste », justement parce qu’elle avait effacé tous les compliments pour ne garder que la critique. Il comprend la réaction de son joueur, debout devant la caméra, encore trempé de sueur et de tension, sommé de répondre sur une phrase sortie de son contexte.

Bellingham, lui, a riposté sur un autre terrain, en glissant une pique sur le passé de joueur de son sélectionneur. Il a laissé entendre que Tuchel ne savait peut-être pas ce que cela signifiait de jouer « dans ces conditions-là » ou d’affronter un attaquant du calibre d’Erling Haaland. Une manière de rappeler la frontière entre ceux qui ont connu le très haut niveau sur la pelouse et ceux qui y sont arrivés par le banc.

Tuchel n’a pas mordu à l’hameçon. Il refuse l’idée que son absence de carrière au sommet puisse affaiblir son autorité ou sa légitimité. Il assure que le lien avec son numéro 10 reste solide, malgré les échanges musclés et les interprétations extérieures. « C’est comme ça, mais on est aussi proches que jamais, plus proches que jamais même », insiste-t-il. Pour preuve, il pointe ce qui se voit, selon lui, sans commentaire : « Sur le terrain. L’énergie et la mentalité dans le camp sont excellentes ces derniers jours et on est prêts à y aller demain.

Quand il se retourne sur son parcours, Tuchel ne joue pas les faux modestes, mais il garde cette lucidité de celui qui n’aurait jamais parié se retrouver là. Il rêvait d’être joueur, pas coach. Encore moins sélectionneur à ce niveau. « J’aimerais toujours avoir une carrière de joueur, c’était mon rêve. Je n’ai jamais pensé à être entraîneur, je n’ai jamais rêvé d’être coach à ce niveau-là, donc en fait, c’est ça, le rêve », reconnaît l’ancien manager de Chelsea. Il confie qu’il se sent parfois « humble » sur le bord du terrain, frappé par l’idée qu’il n’aurait jamais pu jouer lui-même un tel match.

Mais il refuse de faire de ce passé une faiblesse. Pour lui, le football se pense autant qu’il se joue. « Je ne pense pas qu’il faille avoir joué pour être coach », lâche-t-il, avant de dégainer une formule qui lui ressemble, mi-sourire, mi-pique : « On n’a pas besoin d’être un cheval pour être un bon jockey.

Dans ce bras de fer permanent entre exigence et ego, entre franchise publique et susceptibilité de vestiaire, l’Angleterre avance vers l’Argentine avec un duo central – Tuchel et Bellingham – à la fois sous tension et indissociable. Leur relation ne se joue pas dans les petites phrases, mais dans ce qui comptera vraiment : la manière dont le milieu répondra sur le terrain, et jusqu’où ce tandem improbable peut pousser cette équipe dans le tournoi.