RDC Sport

Transferts d'été : Les derniers mouvements avant la clôture

Un été brûlant de transferts, un dernier sprint

Le marché se termine, les nerfs lâchent, les deals s’enchaînent. Il reste des heures, pas des semaines, et l’Angleterre entière semble vouloir refaire son attaque, son milieu, parfois même sa politique sportive, avant que la fenêtre ne se referme pour de bon.

Mainoo, le cadeau gratuit d’un été à 150 M£

Manchester United a claqué 150 M£ pour remodeler son milieu. Pourtant, lors du 5-2 infligé à Ipswich à Old Trafford, le meilleur joueur au cœur du jeu ne coûtait rien : Kobbie Mainoo, pur produit des terrains de Cheadle, à Stockport.

Harry Maguire n’a pas cherché à enjoliver. Il a simplement décrit ce qu’il avait vu, de très près. « Je l’ai trouvé brillant, Kobbie. Pour quelqu’un qui n’a pas joué depuis je ne sais combien de temps – très peu de minutes en présaison – il a été magnifique. » Le défenseur souligne surtout la métamorphose sans ballon, depuis l’arrivée de Michael Carrick sur le banc : « Son travail sans le ballon s’est tellement amélioré. C’est du crédit pour Michael et son staff. Sans le ballon, il devient un vrai monstre, il gagne énormément de deuxièmes ballons, de duels. Tu n’as pas envie de jouer contre lui là-dedans. »

Maguire voit loin : dix ans au club, des hauts, des creux, comme pour Marcus Rashford ou lui-même. Mais il insiste sur le calme, la confiance et la maturité de Mainoo. Pour lui, United tient un milieu « magnifique pour ce club pour de très, très nombreuses années ».

Arsenal ouvre la porte à Jesus, Martinelli et Vieira

À l’Emirates, c’est un virage brutal. Arsenal a accepté de vendre Gabriel Jesus, Gabriel Martinelli et Fábio Vieira pour un total dépassant les 70 M£. L’objectif est clair : convaincre Julián Álvarez de quitter Atlético Madrid pour rejoindre les champions en titre.

Le temps joue contre les Gunners. L’horloge tourne vers 23 h mardi, et même les tenants du titre savent qu’ils devront peut-être s’agiter jusqu’aux dernières minutes pour boucler l’opération.

Gakpo au cœur d’un jeu de chaises musicales

Côté Liverpool, les supporters grondent. La stratégie de transferts intrigue, voire agace. Un courriel de fan résume le sentiment : incompréhension face aux ventes de Curtis Jones et Jarell Quansah, scepticisme sur le prix payé pour Alexander Isak, interrogations sur Bradley Barcola.

Et surtout : pourquoi vendre Cody Gakpo ?

Les chiffres plaident pour lui. Trois ans et demi à Anfield, environ 180 matches, 51 buts, presque toujours depuis le côté gauche. Mais le paysage a changé. Mohamed Salah est parti, Victor Muñoz est arrivé, Rio Ngumoha perce, et Barcola est attendu. Trois joueurs plus à l’aise à gauche… comme Gakpo.

Liverpool veut rééquilibrer son attaque. Le club cible désormais des ailiers droitiers comme Yankuba Minteh (Brighton) ou Ismaïla Sarr (Crystal Palace). Dans cette redistribution, Gakpo devient le sacrifié. Une chose, pourtant, surprend : l’idée de le vendre à Manchester City. Les grands clubs détestent renforcer un rival direct avec un titulaire.

Du côté des Citizens, certains fans se projettent déjà. L’un d’eux voit en Gakpo un joueur polyvalent, capable d’occuper tout le front de l’attaque, doublure de luxe pour Erling Haaland, Jérémy Doku ou Antoine Semenyo. Le prix évoqué – 85 M£ – pique, surtout pour un joueur qui n’arriverait pas comme titulaire indiscutable. Mais la perspective de quatre compétitions à disputer promet des minutes et de la marge pour s’imposer.

Liverpool, une stratégie à contretemps

Le malaise ne se limite pas au cas Gakpo. L’analyse d’Andy Hunter sur le nul 2-2 contre Nottingham Forest pointe les manques criants : ailier droit, latéral droit, milieu axial. Bradley Barcola arrive pour 123 M£, l’excitation est réelle, mais les trous dans l’effectif restent béants.

Andoni Iraola l’a admis : il ne sait pas encore à quoi ressemblera son groupe le 2 septembre. Difficile, dans ces conditions, de juger l’ambition réelle de Liverpool. Surtout quand les ventes paraissent parfois aussi surprenantes que les achats.

Everton, un puzzle à recomposer

À Goodison Park, la fenêtre devient passionnante. Everton discute avec Monaco pour Folarin Balogun après avoir accepté de vendre Beto à la Fiorentina. Sur le papier, Balogun représente un net upgrade devant.

Thierno Barry, lui, entame sa deuxième saison dans le football anglais. David Moyes s’est montré confiant sur sa progression, moment charnière pour un joueur arrivé de l’étranger. Reste à voir combien de temps de jeu il conservera si Balogun débarque.

Le possible départ d’Iliman Ndiaye ferait mal, mais l’hypothèse d’un retour de Richarlison depuis Tottenham ravive quelque chose de plus profond : l’attachement viscéral des fans à un joueur qui a marqué le club sur l’aile gauche. Et en coulisses, on murmure encore un deuxième prêt éventuel de Jack Grealish.

West Ham, Juventus, Fiorentina : le manège continue

West Ham avance aussi. Le club est tout proche de conclure l’arrivée de l’ailier Edvin Austbø en provenance de Viking pour environ 10 M£. Une offre a également été formulée pour Ryan Giles, latéral gauche de Hull, sur la base d’un prêt avec option d’achat. Hull, pour l’instant, ne veut pas lâcher.

À Newcastle, Nick Woltemade, recruté l’été dernier pour 69 M£, s’apprête déjà à partir en prêt à la Juventus. Un an à peine après son arrivée sur le Tyneside, le grand avant-centre va tenter de se relancer en Serie A.

En Championship, Leeds voit Willy Gnonto filer vers la Fiorentina. Un prêt, visite médicale prévue mardi. L’ailier italien, arrivé en fanfare à Elland Road avant de disparaître par séquences du onze, va chercher un nouveau départ à 22 ans.

Les lignes bougent aussi chez les femmes

Chez les femmes, Manchester City continue de se renforcer comme un champion qui voit loin. Le club a signé Carlotta Wamser, latérale allemande de 22 ans, en provenance du Bayer Leverkusen, avec un contrat de quatre ans.

Déjà double championnes WSL en titre, les Citizens ont déjà attiré Beth Mead et Niamh Charles cet été. Wamser, 14 sélections et présente à l’Euro 2025 avec l’Allemagne, explique avoir choisi City pour franchir un cap dans sa carrière : elle voit la Women’s Super League comme le meilleur championnat du monde, City comme l’un des meilleurs clubs.

La directrice du football, Therese Sjögran, parle d’une joueuse suivie depuis longtemps, énergique, passionnée, avide d’apprendre. Un profil qui colle à la construction patiente d’un effectif pensé pour durer.

Aston Villa – Chelsea : « ils veulent nous tuer »

Un autre axe du marché fait parler : la relation très active entre Aston Villa et Chelsea. Cet été, Emiliano Martinez et Morgan Rogers ont rejoint les Blues, tandis qu’Alejandro Garnacho a pris le chemin inverse. L’an passé, Villa avait pris Axel Disasi en prêt, puis déboursé 37,5 M£ pour Ian Maatsen en 2024.

Interrogé sur ces échanges à répétition, Unai Emery a répondu sans filtre : « Bonnes relations ? Ils veulent nous tuer et nous voulons les tuer ! » Il précise : « Nous avons de bons joueurs et si nous en signons un chez eux, ce n’est pas une bonne relation – c’est un deal d’argent et de joueurs. Je suis heureux pour Emiliano Martinez et Morgan Rogers, et je sais que je ne suis pas heureux pour Chelsea. »

Tout est dit : cordialité de façade, guerre sportive totale.

Les deals de l’ombre

Pendant que les gros noms occupent les bandeaux, les mouvements plus discrets dessinent l’avenir.

  • Rotherham United a obtenu le prêt du jeune milieu de Manchester United Jayce Fitzgerald jusqu’à la fin de la saison.
  • Le FC Barcelona a arraché le jeune prodige de 16 ans Mikael Baza à Hambourg pour renforcer sa cantera.
  • Jaden Heskey, fils d’Emile Heskey, revient à Sheffield Wednesday en prêt depuis Manchester City après une première pige convaincante.

Ces signatures ne font pas vibrer les réseaux sociaux comme un transfert à 100 M£. Mais ce sont souvent elles qui construisent les effectifs de demain.

Ollie Watkins, cap sur l’Arabie saoudite

Autre mouvement fort : Ollie Watkins quitte Aston Villa pour Al-Hilal, en Saudi Pro League. L’attaquant anglais débarque directement dans le dur : un choc contre Al-Ahli et un duel à distance avec Ivan Toney, autre candidat sérieux aux yeux de Thomas Tuchel pour l’attaque de l’Angleterre.

Deux buteurs anglais, loin de la Premier League, mais sous le regard attentif du sélectionneur. Les performances dans le Golfe pèseront-elles autant que celles du championnat anglais au moment de faire une liste ? La question ne tardera pas à se poser.

West Ham, promotion et ambition

En Championship, West Ham ne se contente pas de survivre. Le club veut remonter vite. L’arrivée d’Edvin Austbø doit dynamiser les ailes, et d’autres renforts sont espérés pour « suralimenter » une campagne de promotion qui s’annonce féroce. Chaque prêt, chaque option d’achat devient une pièce dans une course à la Premier League où la moindre erreur se paie cash.

Et maintenant ?

Les « sagas » de cette fin de fenêtre sont connues : Cody Gakpo, Enzo Fernández, Ismaïla Sarr, les besoins pressants de Liverpool, Chelsea, Manchester City, les ajustements de Tottenham après un début de saison décevant, le casse-tête du poste de latéral gauche à Manchester United, les chantiers de Fulham et Crystal Palace avec de nouveaux entraîneurs.

Il reste peu de temps, beaucoup d’ego, d’argent et de paris sportifs en jeu. Le rideau tombera à 23 h (BST) mardi pour la Premier League, un peu plus tard pour la WSL, le 3 septembre.

D’ici là, une question plane au-dessus de l’Europe du football : qui sortira de ce dernier tour de manège avec une équipe prête à gagner, et qui découvrira en octobre qu’il lui manque toujours un titulaire à droite, un buteur fiable ou un milieu capable de faire ce que Kobbie Mainoo a déjà montré à 21 ans ?