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Tottenham : une défaite qui souligne la crise

Tout semblait écrit d’avance.

Plus Tottenham se rapprochait du but, plus l’impression grandissait qu’ils allaient finir par encaisser. Et ils ont fini par céder, encore, jusqu’à plonger un peu plus dans une crise qui ne ressemble plus à un simple mauvais passage.

Un contrôle total… puis l’effondrement

Pendant vingt minutes, l’équipe de Roberto De Zerbi a étouffé Aston Villa. Intensité, rythme, situations dangereuses : tout y était. Zion Suzuki a dû s’employer devant Savio puis Archie Gray, Tottenham campait dans le camp adverse et le public sentait le premier but venir.

Mais ce sont les vieilles habitudes qui ont repris le dessus. Sans ouverture du score, cette équipe reste fragile, friable, à la merci du moindre contre. De Zerbi l’a dit sans détour : « Trop fragile ».

Le tournant arrive dans le temps additionnel de la première période. Micky van de Ven est soigné sur la touche, Tottenham joue à dix, et la punition tombe. Andy Robertson veut empêcher un corner, mais offre le ballon à John McGinn. La frappe de Boubacar Kamara est repoussée, Johan Manzambi traîne au bon endroit et pousse le ballon au fond à bout portant. 0-1, Van de Ven toujours hors du terrain, et une ambiance qui se fissure d’un coup.

Quelques supporters manquent même l’action, déjà partis chercher leurs rafraîchissements. Ils ne savent pas encore qu’ils ne reverront plus leur équipe vraiment dans le match.

Les chiffres accablants d’un club en chute libre

Tottenham a désormais un problème structurel : dès qu’ils concèdent le premier but, ils ne s’en sortent plus. Trente-six matches de Premier League sans victoire après avoir encaissé l’ouverture du score. Le scénario de la pause ne laissait donc guère de doute.

Le constat au classement est brutal. Deux points après cinq journées, dans la zone rouge, après plus de 300 millions de livres dépensés cet été. C’est leur pire départ en championnat depuis 2008-2009, quand Juande Ramos avait fini par être limogé avant que Harry Redknapp ne redresse la barre jusqu’à la huitième place. Cette fois, la série est encore plus lourde : cinq matches sans succès pour démarrer une saison de championnat, une première depuis 1986.

Sur le terrain, pourtant, tout n’est pas à jeter. Glenn Murray, ancien attaquant de Brighton, le rappelle : De Zerbi essaie de bâtir quelque chose. « Il essaie de construire, ça prendra du temps », a-t-il expliqué sur Final Score. Les statistiques lui donnent une partie de raison : plus de tirs dans trois des quatre derniers matches, plus de possession, plus de touches de balle dans la surface adverse. Les métriques plaident pour la patience. Le tableau d’affichage, lui, raconte une autre histoire.

Kudus croit relancer Tottenham, puis vient le K.-O.

La deuxième période démarre avec un Tottenham qui pousse pour revenir. L’espoir renaît à l’heure de jeu : Mohammed Kudus pense égaliser, Robertson délivre un centre parfait, la finition est là… mais la VAR coupe court à la fête. Robertson est signalé hors-jeu. But refusé.

Sept minutes plus tard, la sanction est implacable. Un long dégagement de Suzuki, une défense mal alignée, et Nicolas Jackson se retrouve lancé. Froid, clinique, il conclut. 0-2. Dans les tribunes, on sait que « c’est fini ».

Le coup de grâce, lui, a quelque chose de spectaculaire. À la 79e minute, Emi Buendia déclenche une frappe somptueuse des 25 mètres, qui file dans la lucarne. Une balle de 3-0 dans le cœur des supporters, qui, cette fois, ne restent pas pour voir la fin. Les travées se vident, des milliers de sièges se lèvent avant même les premières lueurs de réaction.

Car réaction il y aura, trop tardive, trop timide. Conor Gallagher réduit le score, Jan Paul van Hecke inscrit le deuxième but de Tottenham en Premier League cette saison. 3-2, sur le papier. Dans la réalité, un score qui ne reflète ni la cassure mentale après le premier but, ni la colère sourde qui gronde autour du club.

De Zerbi sous pression, Villa respire

Sur le bord du terrain, Roberto De Zerbi semble à court de solutions une fois mené 2-0. Les supporters de Villa ne se privent pas : « Sacked in the morning », scandent-ils, persuadés de voir l’Italien sur un siège éjectable.

Lui assume, encore : « Je prends ma responsabilité », lâche-t-il, tout en ciblant précisément ce qui l’a rendu fou. Le premier but encaissé à dix, sans bloc compact, sans communication. Le deuxième, « incroyable », sur un long ballon alors que son staff avait multiplié les réunions pour prévenir ce type de situation, sachant qu’Aston Villa joue 86 % de ballons longs de plus que la saison passée. La frustration est totale.

Il détaille même ses choix : Rodrigo Bentancur replacé en défense centrale pendant l’absence de Van de Ven, Mateus Fernandes au milieu, l’idée d’être prêts à jouer à dix longtemps en cas de carton rouge. Sur le papier, le plan existe. Sur le terrain, il s’effondre.

En face, Villa respire enfin. Le club, qui a lui aussi investi plus de 250 millions de livres pour remodeler son effectif après des départs majeurs, avait besoin de ce premier succès en championnat après trois défaites lors des quatre premières journées. Une équipe en transition, mais une équipe qui, ce soir, paraît plus cohérente, plus sûre de ses forces.

John McGinn, recruté pour 2,75 millions de livres à Hibernian il y a huit ans, domine l’entrejeu et fait de l’ombre à Sandro Tonali, milieu à 100 millions venu de Newcastle. Une image forte : le capitaine combatif de Villa prend le dessus sur la star de Tottenham, symbole d’un mercato clinquant mais encore sans liant.

Savio, lui, bute trois fois sur un Suzuki impeccable avant de s’éteindre au fil des minutes. Omar Marmoush, censé apporter des buts, ne pèse pas. L’argent a coulé, les réponses, elles, se font attendre.

Un vestiaire secoué, un message clair

Après la rencontre, De Zerbi ne parle pas au groupe. Silence volontaire. « Je n’ai pas voulu dire quoi que ce soit », explique-t-il. Le message passera par le travail.

Les internationaux partiront avec leurs sélections. Les autres resteront au club. Et l’entraîneur prévient : James Maddison, Gallagher, Dominic Solanke, Tosin Adarabioyo, Marcos Senesi, Savio devront « travailler plus », leur condition physique ne lui ayant « pas plu » sur ce match.

Trois semaines de trêve, un vide au classement, un vestiaire secoué, un public inquiet. Tottenham a jeté des millions sur le marché pour sortir de deux saisons passées à flirter avec la relégation. Pour l’instant, le club n’a fait que repousser les questions.

La prochaine fois qu’ils concéderont le premier but, auront-ils enfin la force d’écrire un scénario différent ? Ou cette saison est-elle déjà en train de se jouer sans eux, loin des sommets qu’ils prétendent encore viser ?