Steven Smith à Newlands : un retour sous tension
Huit ans après le chaos de Newlands, Steven Smith revient au Cap avec un bagage très différent, mais un inconfort tout aussi réel. Rien, sur cette tournée en Afrique du Sud, n’approche le séisme de Sandpapergate. Pourtant, entre une frayeur liée à une commotion, un cou récalcitrant et une série famélique au bâton, les dernières semaines ont laissé des traces.
Tout avait pourtant démarré avec des promesses à Durban. Premier jour à Kingsmead, Smith atteint la pause déjeuner sur 25, le jeu sous contrôle, le tempo à sa main. Dès la reprise, le ton change. Marco Jansen déclenche un lifter brutal qui le cueille sur le gant. Balle suivante, il trouve la tranche et file au gully. Deux balles, deux messages : cette série ne lui fera aucun cadeau.
Dans le deuxième innings, il se fraye un chemin jusqu’à 27, sans réelle fluidité mais avec l’obstination qu’on lui connaît. Puis Anrich Nortje le touche en plein casque. Smith continue de jouer, finit par être pris au long-on en tentant de lever Simon Harmer, mais quitte ensuite le terrain pour une batterie de tests de commotion. Tous sont négatifs. Le cerveau va bien. L’esprit, lui, reste marqué.
Il l’a reconnu devant Kayo Sports avant le deuxième Test : avec son historique de chocs à la tête, l’angoisse remonte vite. Il sait trop bien ce que ces coups-là laissent comme sensations. Il sait ce qu’il ne veut plus revivre.
À Gqeberha, un autre ennemi s’invite : son cou. Gêne persistante, mobilité réduite, gestes crispés. Il finit pourtant meilleur marqueur d’une équipe balayée pour 99 all out dans le premier innings, sans pouvoir enrayer l’effondrement collectif. Dans le deuxième, la douleur l’oblige à descendre au numéro 7 dans l’ordre, un déplacement symbolique pour un homme habitué à porter la colonne vertébrale du batting australien.
Le dernier jour, Pat Cummins assure qu’il est « ok » pour tenir sa place. Sur le terrain, le corps raconte autre chose. Smith survit d’abord à une grosse épaisse face à Wiaan Mulder, que Ryan Rickelton ne parvient pas à ramasser aux stumps. Puis vient un geste qui ne lui ressemble pas : un pull complètement débridé sur Kagiso Rabada, mal contrôlé, qui finit à midwicket. La nouvelle balle n’avait que deux overs. Ce n’était que la deuxième livraison de Rabada dans cet innings. Le point de bascule du match, presque un aveu que l’Afrique du Sud ne lâcherait plus sa victoire.
Le duel Smith–Rabada, retardé par la blessure aux ischio-jambiers du spearhead sud-africain lors du premier Test, a enfin pris forme à Gqeberha. Et c’est Rabada qui a imposé sa loi. Une séquence de 22 balles tendue, brutale, avec le speed gun qui dépasse les 150 km/h. Smith lui arrache deux limites côté off, mais gratte aussi une tranche qui tombe court du deuxième slip. À partir de là, son cou semble le lâcher encore un peu plus. Sur une tentative de drive, il manque la balle au point de presque se déséquilibrer complètement, corps en avant, geste désaccordé.
Les chiffres sont cruels. Une moyenne de 20,75 sur les deux premiers Tests, sa troisième plus faible sur une série. Seules la tournée en Nouvelle-Zélande en 2023-24 – où il a brièvement été promu en ouverture – et une courte série contre le Pakistan en 2019-20, avec seulement deux manches disputées, affichent pire. À l’époque, il patientait derrière David Warner et Marnus Labuschagne, coincé sur le banc, « pad-rash » garanti. Aujourd’hui, l’Australie donnerait cher pour retrouver ce luxe de trop-plein au sommet de l’ordre.
Sur l’ensemble de sa carrière, les deux faux pas actuels ne sont qu’un grésillement sur une bande presque parfaite : 127 Tests, une moyenne de 55,29, et une seule série d’au moins trois matchs sans cinquante à son actif, en Inde en 2022-23. Mais ce contexte-là change tout. Le batting australien apparaît fragile, exposé, promis à des ajustements et à un possible remaniement avant le Test décisif. Dans ce décor, Smith n’est plus seulement une star : il devient une nécessité.
Cummins, lui, ne doute pas de sa présence pour ce dernier rendez-vous. Ni de son envie de continuer. Interrogé avant le deuxième Test sur la durée de vie internationale de son vice-capitaine, il a calmé le jeu. Pas de plan de sortie grandiose, pas de tournée d’adieux annoncée des mois à l’avance. Smith vit désormais au rythme des séries, sans se projeter trop loin. D’autres choses occupent sa vie, rappelle son capitaine, et douze mois peuvent tout transformer dans une carrière de sportif.
Sur le terrain, pourtant, rien n’indique un joueur déjà tourné vers la porte de sortie. Il frappe encore la balle proprement, prend des prises spectaculaires, semble à l’aise dans le groupe. L’Australie espère le garder longtemps. Et surtout, l’Australie a besoin de lui tout de suite.
Car voici Newlands. Le stade où tout a basculé en 2018, où Smith, alors capitaine, a vu son équipe plonger en chute libre sportive et morale. Le décor est connu, la charge émotionnelle aussi. Ce n’est pas sa première fois ici depuis le scandale : il y a disputé un T20I en 2020, et avant cela avait goûté à une victoire décisive et mémorable en 2014. Mais cette fois, le récit est différent.
La série est à 1-1. L’Australie arrive meurtrie, contestée, sous pression. Smith, lui, traîne un cou douloureux, un souvenir frais de coup sur le casque et une moyenne qui ne lui ressemble pas. Le terrain où tout s’est effondré pourrait devenir celui d’un nouveau chapitre.
Reste une question simple, brutale, qui surplombe cette semaine au Cap : Steven Smith peut-il encore transformer la tourmente en chef-d’œuvre, ici même, là où son histoire a déraillé ?




