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Sarina Wiegman secoue l’équipe : Kelly et Toone écartées

Sarina Wiegman n’a pas tourné autour du pot. Interrogée sur les absences de Ella Toone et Chloe Kelly au moment d’annoncer son groupe pour le prochain match de qualification face à la Grèce, la sélectionneuse de l’Angleterre a répondu sans fioritures : le niveau n’y est plus. « Les niveaux n’étaient pas ce que j’attendais d’elles sur le terrain », a-t-elle lâché. Message reçu, et violemment clair.

Kelly freinée, mais pas protégée

Le cas Chloe Kelly intrigue. L’ailière n’a débuté que deux rencontres avec Arsenal depuis le début de saison et peine à peser, que ce soit dans le onze ou en sortie de banc. Son camp a expliqué au média The Athletic qu’elle gérait un souci aux ischio-jambiers et comptait profiter de la trêve internationale pour « se rééduquer ».

La coach d’Arsenal, Renee Slegers, a confirmé ce scénario, tout en précisant que Kelly était « apte et disponible » pour une sélection avec l’Angleterre. Autrement dit : blessure gênante, mais pas invalidante.

Wiegman, elle, n’a pas voulu se cacher derrière la moindre excuse médicale. À la question de savoir si une blessure avait joué dans sa décision, la réponse a claqué : « C’est juste ce que j’ai vu sur le terrain. On a gardé ça sur le football. » Le constat est brutal : aux yeux de la sélectionneuse, Kelly n’offre tout simplement plus assez.

Toone répond en club… mais trop tard

Ella Toone n’est pas mieux lotie. Reléguée sur le banc lors du déplacement de Manchester United à Arsenal, la meneuse a réagi avec orgueil : un but et une passe décisive lors du 10-1 infligé à Sheffield United en League Cup, puis une titularisation dans la première victoire de United en Women’s Super League cette saison, contre West Ham.

Sur le papier, la réponse est là. Sur le terrain, visiblement pas encore au niveau exigé par Wiegman. Toone ne figure pas dans la liste dévoilée mardi. La sélectionneuse a bien entendu l’argument du manque de forme générale de certains clubs, notamment Manchester United, mais elle a vite recadré le débat : « Je regarde aussi comment vous exécutez vos propres actions de football. En tant qu’individu dans la tâche et le rôle que vous avez, mais aussi dans la connexion avec l’équipe. C’est là-dessus que je me concentre. »

Clairement, ni Toone ni Kelly n’ont validé ces critères.

Une concurrence qui se durcit enfin

Après la forme, Wiegman a pointé la deuxième raison de ces absences : la « grosse concurrence » pour les places. Dans une sélection comme l’Angleterre, la compétition est un fait permanent. Mais elle n’a pas toujours été aussi féroce au milieu et devant. Ce n’est plus le cas.

Cette fois, des jeunes bousculent la hiérarchie. Lexi Potter, 20 ans, était annoncée depuis plusieurs semaines comme la grande favorite pour une première convocation. Elle a démarré la saison sur les chapeaux de roue avec Chelsea, où elle forme un duo brillant avec Keira Walsh. Ce partenariat libère d’ailleurs davantage le potentiel offensif de Walsh, 29 ans, longtemps cantonnée à un rôle de sentinelle pure.

Autre nom attendu : Erica Parkinson. La meneuse de 18 ans avait déjà goûté au groupe en avril, sans entrer en jeu, avant de redescendre avec les U23 en juin. Son début d’aventure aux États-Unis, avec North Carolina Courage, a convaincu Wiegman de la rappeler. Elle le mérite.

La vraie question, en coulisses, n’était pas de savoir qui entrerait, mais qui sortirait. Toone et Kelly, jusque-là des piliers du règne Wiegman, semblaient intouchables. Elles sont finalement celles qui cèdent leur place. Signal fort.

La nouvelle vague s’installe

Ce virage n’a rien d’un caprice. Il ressemble à une mise à jour nécessaire. Lexi Potter et Erica Parkinson incarnent le long terme des Lionesses : deux jeunes joueuses en pleine forme, installées dans leurs clubs, prêtes à faire monter d’un cran l’intensité interne.

Même logique pour Freya Godfrey, 21 ans, qui conserve sa place alors qu’une joueuse aussi emblématique que Kelly sort du groupe. Le message est limpide : la forme du moment prime sur le CV.

Et derrière ce trio, la file s’allonge. Ruby Mace frappe à la porte, repositionnée au milieu par Everton cette saison, loin de la défense centrale déjà bien fournie côté anglais. Laila Harbert, partie d’Arsenal pour rejoindre San Diego Wave cet été, se construit une réputation de milieu capable de bouleverser la donne à moyen terme.

Katie Reid, défenseure centrale d’Arsenal, se rapproche elle aussi du retour. Elle avait dû renoncer à son premier rassemblement avec les Lionesses à cause d’une lourde rupture des ligaments croisés. Même blessure pour Michelle Agyemang, révélation de l’Euro 2025, qui espère revenir vite. Anouk Denton, lancée en sélection fin 2025, enchaîne les bonnes performances avec Bay FC.

Toutes ces jeunes joueuses forcent la porte. Elles obligent Wiegman à les regarder, à les évaluer, à envisager de bousculer encore un peu plus les statuts. Les cadres sont prévenus : plus personne n’est à l’abri.

Wiegman, loin du cliché conservateur

Sarina Wiegman a souvent été critiquée pour un supposé manque de confiance envers la jeunesse. Le tableau actuel raconte l’inverse. Depuis son arrivée, elle a régulièrement promu des joueuses des U23 dès qu’elles validaient les étapes en club. La liste dévoilée cette semaine en est une nouvelle preuve éclatante.

Potter, Parkinson, Godfrey… et toutes celles qui espèrent suivre : la porte est ouverte, mais le passage se mérite. L’annonce du groupe envoie un rappel puissant à toute une génération : si vous performez, vous serez vues. Et si vous baissez de régime, même avec un passé glorieux en sélection, vous sortirez.

Kelly et Toone, piqûre de rappel, pas condamnation

Pour autant, la page n’est pas tournée pour Kelly et Toone. Wiegman a insisté sur ce point. « Je crois vraiment en elles. Je crois toujours en elles. Elles ne sont pas dans le groupe, mais je crois en elles », a-t-elle martelé, avant d’ajouter une dose de fermeté assumée. « Nous les suivons de très près et nous nous sommes dit : ‘Hmm, on en attend un peu plus’, et nous savons qu’elles peuvent donner plus. C’était le message aussi. J’espère qu’elles peuvent hausser le ton et montrer ce qu’elles savent faire, parce que je suis convaincue qu’elles peuvent faire mieux. »

Interrogée sur la manière dont elles pourraient réagir, la sélectionneuse n’a pas caché ses attentes : « C’est ce que j’espère. Bien sûr que j’espère qu’elles vont très bien y répondre. C’est ce que je veux. J’espère qu’elles reviendront encore meilleures qu’avant. »

La balle est dans leur camp. L’Angleterre, elle, profite d’un luxe rare : pouvoir se passer, au moins temporairement, de deux joueuses majeures, auteures de moments décisifs par le passé, sans que la qualité globale du groupe ne s’effondre. Au contraire, la concurrence s’intensifie.

Si Kelly et Toone répondent à ce défi, si elles reviennent avec un niveau supérieur, l’Angleterre se retrouvera avec un effectif plus riche, plus dense, plus cruel pour les adversaires.

Dans moins de neuf mois, les Lionesses espèrent être en route pour la Coupe du monde 2027. Elles veulent y arriver avec des joueuses en pleine forme, des choix douloureux à faire, et une certitude : personne n’a sa place garantie, tout le monde doit la gagner.