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Sam Kerr : retour à Gotham FC et renaissance de la NWSL

Quand Sam Kerr a quitté la NWSL, le club s’appelait encore Sky Blue et les vestiaires fuyaient plus que la défense. Pas d’eau courante à l’entraînement, des installations indignes du niveau de jeu affiché. Elle, pourtant, empilait déjà les buts et les distinctions dans un environnement à la limite du caricatural.

Huit ans plus tard, la voilà de retour dans un décor méconnaissable. Sky Blue est devenu Gotham FC, double champion NWSL sur les trois dernières saisons, vitrine d’un projet modernisé de fond en comble, des bureaux aux terrains d’entraînement. Le contraste est violent. Et c’est précisément ce choc qui donne à ce retour des allures de boucle bouclée.

Le retour de la reine

Yael Averbuch West, présidente des opérations football, a parlé d’un « moment historique pour notre club ». Le mot n’est pas galvaudé. Kerr revient là où elle a façonné une partie de sa légende, mais elle débarque surtout comme une star planétaire, façonnée par six années et demie à Chelsea.

À Londres, l’Australienne a laissé une empreinte que les chiffres résument sans tout expliquer : 116 buts toutes compétitions confondues, statut de meilleure buteuse de l’histoire du club à égalité avec Fran Kirby, deux Golden Boots de Women’s Super League, cinq titres de WSL, trois FA Cups, trois League Cups et une finale de Ligue des Champions. Une moisson à la hauteur de son influence.

Son contrat avec Gotham, signé libre, court jusqu’en 2030. Un bail long, presque une déclaration d’intentions commune. À 32 ans, la native de Perth n’est plus la gamine de 19 ans qui découvrait la NWSL en 2013. Mais son nom trône toujours en haut des classements : 77 buts en saison régulière, record absolu de la ligue, alors même qu’elle n’y a plus joué depuis 2019.

Elle a tout fait dans cette ligue : première joueuse à décrocher deux titres de MVP, trois Golden Boots consécutifs, des buts à la pelle sous trois maillots différents – Western New York Flash, Sky Blue FC, Chicago Red Stars – alors que la NWSL se débattait dans ses années de turbulence. Sa star brillait déjà, le cadre autour n’était pas encore à la hauteur.

Pourquoi Gotham, pourquoi maintenant ?

Son départ de Chelsea, après six ans au cœur d’un des projets les plus dominants d’Europe, ne tient pas à une seule raison. Elle revient d’une rupture des ligaments croisés, près de deux ans sans jouer, puis une réintégration dans une équipe en perpétuelle transition. Malgré sept buts en 18 matches de WSL et six réalisations en Ligue des Champions, le temps de jeu ne suivait pas la même courbe que son envie.

Avec une Coupe du monde 2027 en ligne de mire, Kerr voulait un défi qui la remette au centre du jeu. Elle l’a dit : un retour à ses racines NWSL était toujours dans un coin de sa tête. Gotham a fini de la convaincre.

Elle n’avançait pas à l’aveugle. Le vestiaire new-yorkais s’est peuplé d’anciennes de Chelsea : Guro Reiten, Ann-Katrin Berger, Jess Carter, et désormais elle. Sa femme, Kristie Mewis, internationale américaine et médaillée olympique, a soulevé le trophée avec Gotham en 2023. Son témoignage sur la transformation du club – infrastructures, culture, ambitions – a pesé lourd.

Lors de sa présentation, Kerr a insisté sur un point : la culture de la gagne. Elle y retrouve, dit-elle, quelque chose de Chelsea. Elle a aussi répété combien elle tient à s’entraîner et à jouer avec l’élite mondiale. Les présences de Rose Lavelle et Emily Sonnett comptent dans l’équation. « Je voulais jouer avec les meilleures joueuses du monde, comme tout le monde, et elles en font partie », a-t-elle expliqué dans un podcast.

La dimension familiale entre aussi en jeu. Kerr et Mewis sont devenues mères récemment, avec la naissance de leur fils Jagger. Les nouvelles politiques de la NWSL en matière d’accueil des enfants – négociées dans la dernière convention collective, avec notamment des dispositifs de garde – ont pesé dans la balance. Pour une joueuse de ce calibre, le projet se juge autant sur le terrain que dans la vie autour.

Gotham change de dimension

Sur le terrain, Gotham empile les trophées : trois titres en trois ans, dont la Challenge Cup 2026. Mais la saison régulière 2027 reste instable. L’équipe pointe à la septième place, solide derrière, moins inspirée devant. Une anomalie pour un club qui se veut vitrine offensive de la ligue. L’arrivée de Kerr vise clairement ce déficit-là. Elle vient pour marquer, encore, toujours.

En coulisses, le club s’attaque à un autre plafond : celui de l’exposition. Exploiter la puissance de New York, son marché, son imaginaire, son énergie. Cette semaine, une annonce majeure a donné un autre relief à la signature de Kerr.

À côté du maire de la ville, Zohran Mamdani, et de la gouverneure de l’État, Kathy Hochul, les dirigeants de Gotham ont officialisé un déménagement historique : à partir de la saison 2028, le club quittera le New Jersey pour s’installer dans le Queens, dans le nouveau stade spécifique au football, Etihad Park, futur écrin également de NYCFC en MLS. Un retour dans les limites de la ville, au cœur d’un bassin de plusieurs millions d’habitants.

Ce rapprochement avec le public new-yorkais ne sort pas de nulle part. Mamdani, supporter revendiqué d’Arsenal et passionné de ballon, s’était déjà associé au club cette saison pour une opération billets à cinq dollars sur 1 000 places. Résultat : tout vendu en une heure. La demande est là. Il manquait une incarnation.

Recruter Sam Kerr, cinq fois nommée au Ballon d’Or, icône des premières années de la NWSL, la même semaine où le club annonce son arrivée définitive à New York, tient du coup de maître en termes d’image. Mais ce n’est pas qu’un coup de com’. C’est aussi une réponse sportive à une saison capricieuse.

Une ligue qui explose ses limites

Le décor, lui aussi, est en train de changer d’échelle. Le 15 juillet, Gotham et Washington Spirit se retrouvent pour le « Queens Classic », remake de la finale du dernier Championship, cette fois à Citi Field. Plus de 38 000 billets ont déjà trouvé preneur. Ce match deviendra la plus grande affluence pour un événement sportif féminin à New York, la première rencontre féminine disputée à Citi Field, et la première affiche NWSL dans les limites de la ville. L’histoire se joue dans les tribunes autant que sur la pelouse.

Dans les bureaux de la ligue, un autre chantier avance : la liberté de mouvement. La période de free agency a ouvert le 1er juillet. Grâce à la convention collective signée en 2024, toutes les joueuses dont le contrat expire cette année peuvent négocier directement leur futur pour 2027. Parmi elles, des noms lourds comme Sophia Wilson ou Rose Lavelle. Les prochains mois redessineront la carte du pouvoir en NWSL.

Le pouvoir, c’est aussi celui de l’argent. La fédération américaine versera 6 millions de dollars à l’équipe féminine pour l’élimination des hommes en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Une conséquence directe de l’accord de partage des revenus signé entre les sélections masculines et féminines. Sur les 16 millions versés par la Fifa, US Soccer garde 20 % et distribue 6 millions à chaque équipe nationale. Une autre manière de mesurer le basculement en cours dans le paysage du football américain.

L’Europe bouge aussi

Sur l’autre rive de l’Atlantique, Arsenal continue de se renforcer. Le club londonien a annoncé la signature de Géraldine Reuteler, milieu internationale suisse en provenance d’Eintracht Frankfurt. À 27 ans, actrice majeure de la sélection helvète lors de l’Euro disputé à domicile l’été dernier, elle arrive avec un bilan de 54 buts et 44 passes décisives sous le maillot de Frankfurt. Elle devient la troisième recrue issue de Bundesliga cet été, après Selina Cerci et Georgia Stanway. Un signe supplémentaire de la porosité croissante entre les grands championnats féminins.

Pendant ce temps, la nouvelle génération s’affirme déjà. À San Diego, la jeune Melanie Barcenas, 18 ans, a signé un but somptueux face à Gotham, avant de célébrer en mimant la fameuse tasse de thé d’Alex Morgan, présente en tribunes. Le relais symbolique est en marche.

Et au milieu de ce paysage en mouvement, une question s’impose : avec Sam Kerr à la pointe, un déménagement vers New York et une ligue en pleine mue, jusqu’où Gotham peut-il pousser le plafond de verre – et combien de temps la NWSL pourra-t-elle encore contenir l’appétit de sa reine des buteuses ?