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Roma W confirme sa domination en Serie A Women

Au Stadio Tre Fontane, cette affiche de la 22e journée de Serie A Women a raconté l’histoire attendue d’un leader sûr de sa force face à une équipe en lutte pour sa survie. Roma W a bouclé sa saison régulière par un 2-0 maîtrisé contre Genoa W, confirmant sur le terrain ce que la table disait déjà : un premier contre un douzième, 55 points contre 10, une différence de buts totale de +25 (44 buts marqués, 19 encaissés) face à un -25 (18 pour, 43 contre).

I. Le grand décor : une hiérarchie assumée

Suivre Roma W cette saison, c’est observer une machine réglée : 22 matchs joués, 17 victoires, 4 nuls, 1 seule défaite. À domicile, l’empreinte est encore plus nette : 11 rencontres, 8 succès, 3 nuls, aucune défaite, avec 23 buts inscrits et seulement 8 concédés. Une moyenne de 2.1 buts marqués à domicile pour 0.7 encaissé raconte un collectif qui impose son tempo, étouffe, puis conclut.

En face, Genoa W arrive à Rome avec un bagage bien plus lourd : 2 victoires en 22 matchs, 16 défaites, et surtout une défense poreuse (43 buts encaissés au total, soit 2.0 par match). Sur leurs 11 déplacements, les Ligures n’ont jamais gagné : 0 victoire, 3 nuls, 8 défaites, 7 buts marqués pour 24 concédés, soit 0.6 but marqué en voyage pour 2.2 encaissés. Tout, dans les chiffres, plaçait cette rencontre comme un choc de mondes.

II. Les visages du plan de jeu : continuité et profondeur

Luca Rossettini aligne un onze de Roma W à forte identité offensive, même sans formation explicitement renseignée. On retrouve un socle défensif avec R. Baldi dans le but, protégée notamment par W. Heatley et V. Bergamaschi. Toutes deux illustrent la double nature de cette Roma : solidité et agressivité contrôlée. Heatley, déjà auteure de 5 tacles et 3 tirs bloqués sur la saison, est aussi l’une des joueuses les plus sanctionnées du championnat (3 jaunes, 1 jaune-rouge), symbole d’une ligne arrière qui n’hésite pas à monter au duel pour défendre haut.

Sur les côtés et entre les lignes, la projection est assurée par des profils comme E. Haavi et É. Viens, pendant que le cœur créatif se structure autour de M. Giugliano et G. Dragoni. Giugliano est la pièce maîtresse : 8 buts, 2 passes décisives, 33 tirs (dont 16 cadrés), 432 passes pour 22 passes clés et une note moyenne de 7.62. C’est la « numéro 10 » dans tout ce que cela implique : chef d’orchestre, menace à la frappe, spécialiste des penalties (3 marqués, 0 manqué).

À ses côtés, Dragoni apporte volume et liant : 3 passes décisives, 246 passes avec 83 % de précision, 15 passes clés, 13 tacles et 1 tir bloqué. Sa capacité à récupérer (6 interceptions) et à relancer proprement permet à Roma W de maintenir un bloc compact, de presser et de repartir immédiatement.

Sur le banc, la profondeur est réelle : des options comme K. Veje, F. Thogersen, G. Greggi ou R. Babajide offrent des profils capables de modifier le rythme, d’étirer le jeu ou de densifier l’axe selon le scénario. La structure de l’effectif explique pourquoi Roma W a terminé la saison sans jamais échouer à marquer, ni à domicile ni à l’extérieur (0 « failed to score » sur la ligne statistique).

Côté Genoa W, Sebastian De La Fuente compose avec un groupe marqué par la souffrance, mais pas dénué de caractère. La défense repose sur M. Korenciova dans les buts, protégée notamment par F. Di Criscio et A. Hilaj, cette dernière étant paradoxalement l’une des joueuses les plus actives défensivement malgré son statut d’attaquante : 21 tacles, 9 tirs bloqués, 26 interceptions. Hilaj incarne cette équipe qui défend souvent en reculant, mais avec une abnégation constante.

Au milieu, A. Acuti est le métronome défensif : 26 tacles, 2 tirs bloqués, 21 interceptions, 99 duels disputés pour 52 gagnés. Elle est aussi l’une des plus sanctionnées du championnat (4 jaunes), tout comme N. Cinotti (4 jaunes également), autre milieu de combat. Cinotti ajoute une dimension plus verticale : 9 tirs, 15 dribbles tentés (7 réussis) et 73 duels disputés, mais aussi un penalty manqué cette saison, un détail qui pèse dans un collectif en manque de réalisme.

III. Duels clés : chasseurs et boucliers

Le premier affrontement tactique se joue entre la créativité de Roma W et la ligne médiane rugueuse de Genoa W. L’« engine room » romaine, avec Giugliano et Dragoni, affronte le duo Acuti–Cinotti. D’un côté, 37 passes clés cumulées (22 pour Giugliano, 15 pour Dragoni), de l’autre, 47 tacles et 32 interceptions additionnés pour les deux milieux ligures. Chaque incursion entre les lignes devient un bras de fer entre le timing de la passe et la capacité de tacle.

Sur les ailes, V. Bergamaschi apporte une menace constante : 7 tirs, 2 buts, 308 passes et 7 passes clés, mais aussi 15 tacles. Sa lecture du jeu lui permet de verrouiller son couloir tout en apportant le surnombre. En face, Hilaj, avec ses 9 tirs bloqués, est souvent contrainte de défendre bas, se transformant en latérale improvisée pour contenir ces montées.

Devant, même si les statistiques individuelles d’É. Viens (0 but mais 2 passes décisives, 21 tirs dont 12 cadrés) ne reflètent pas toujours son influence, sa capacité à gagner 38 duels sur 76 et à provoquer (13 fautes subies) pèse sur une défense qui concède en moyenne 2.2 buts par match à l’extérieur. Chaque appel de Viens attire, ouvre des angles pour Giugliano à la frappe ou pour Haavi dans le dos de la ligne.

IV. Discipline, temps forts et verdict tactique

Sur la saison, Roma W affiche une discipline globalement maîtrisée : ses cartons jaunes sont répartis, avec un pic à 25.00 % entre la 46e et la 60e minute, signe d’une intensité maximale à la sortie des vestiaires. Genoa W, elle, vit dangereusement dans le dernier quart d’heure : 30.77 % de ses jaunes tombent entre la 76e et la 90e minute. Dans un match où Roma W aime garder le contrôle jusqu’au bout, cette fragilité tardive prédispose Genoa à craquer sous la pression finale.

Les chiffres d’Expected Goals ne sont pas fournis, mais la structure statistique dessine un scénario clair : une Roma W qui, en moyenne, marque 2.0 buts par match et n’en concède que 0.9, face à un Genoa W qui n’inscrit que 0.8 but en encaissant 2.0. La probabilité d’un match à sens unique, avec un xG largement favorable aux Romaines, est forte.

Suivant cette logique, le 2-0 final n’est pas une surprise mais l’aboutissement naturel de dynamiques opposées. Roma W a joué dans son registre : pression, contrôle technique, créativité au milieu, profondeur de banc. Genoa W a résisté autant que possible, portée par ses milieux combattifs et une ligne défensive en alerte permanente, mais la saison entière indiquait qu’il serait difficile de tenir 90 minutes face à une telle armada.

Dans ce récit de fin de saison, Roma W n’a pas seulement gagné un match : elle a confirmé, une dernière fois, la cohérence d’un projet collectif bâti sur la maîtrise des deux surfaces, tandis que Genoa W a vu se refléter, dans ce déplacement à Rome, toutes les fragilités qui ont jalonné sa campagne.