Roma W s'impose 3-0 face à Sassuolo W : analyse du match
Au Stadio Enzo Ricci, la lumière de la Serie A Women s’est braquée sur un duel déséquilibré sur le papier, mais révélateur des trajectoires opposées : Sassuolo W, 9e avec 17 points et une différence de buts totale de -17 (16 marqués, 33 encaissés), recevait la leader Roma W, première avec 52 points et un goal average global de +23 (42 pour, 19 contre). La rencontre, comptant pour la 21e journée de la saison régulière, s’est achevée sur un 0-3 sec en faveur des visiteuses, confirmant l’écart de puissance entre les deux projets.
I. Le grand cadre : ADN de saison et scénario du match
Sassuolo W arrivait dans ce rendez-vous avec une forme globale fragile (DLWLDLDLWLLLWLLLDLWDL), et surtout une faiblesse structurelle à domicile : en 11 matches à la maison, seulement 2 victoires, 2 nuls et 7 défaites, avec 3 buts marqués pour 15 concédés. En moyenne, Sassuolo ne marque que 0,3 but à domicile, tout en encaissant 1,4 but par match sur sa pelouse. Ce 0-3 s’inscrit donc dans une tendance lourde : une équipe qui peine à exister offensivement devant son public et qui subit trop longtemps.
En face, Roma W se présentait en patronne absolue : 16 victoires, 4 nuls et 1 seule défaite sur 21 rencontres, une attaque à 42 buts (2,0 en moyenne par match) et une défense parmi les plus hermétiques de la ligue (0,9 but encaissé en moyenne). Sur leurs 11 déplacements, les Romaines ont remporté 9 fois, pour 1 nul et 1 défaite, avec 21 buts marqués et 11 encaissés, soit 1,9 but inscrit en moyenne loin de leurs bases. Le 0-3 de Sassuolo s’inscrit parfaitement dans cette dynamique d’une équipe qui voyage avec autorité et maîtrise.
Le scénario du match, avec un 0-1 à la pause puis deux nouveaux buts encaissés en seconde période, épouse les tendances statistiques : Roma W est particulièrement dangereuse en fin de rencontre, avec 26,19 % de ses buts totaux marqués entre la 76e et la 90e minute, tandis que Sassuolo W encaisse beaucoup dans les phases charnières – 24,24 % entre la 31e et la 45e, puis 21,21 % entre la 46e et la 60e et encore 18,18 % dans le dernier quart d’heure.
II. Trous tactiques et gestion des effectifs
Les compositions sans indication de schéma exact laissent toutefois transparaître des intentions. Salvatore Colantuono a aligné N. Benz dans les buts, protégée par un bloc où M. Brustia, M. Doms, A. De Rita, H. Fercocq et S. Mella devaient assurer la stabilité défensive, tandis que K. Skupien, K. Missipo et M. Perselli étaient chargées de donner de la densité au milieu. Devant, le choix de titulariser L. Clelland et N. Ndjoah Eto illustrait la volonté de jouer les transitions rapides.
Le problème, pour Sassuolo, est structurel : en total cette saison, l’équipe n’a marqué que 16 buts, avec une moyenne globale de 0,8 but par match. Malgré la présence de L. Clelland, auteure de 4 buts et 1 passe décisive sur la saison, la production offensive reste trop sporadique. Le fait que Sassuolo ait déjà échoué à marquer lors de 8 rencontres à domicile (sur 11) est confirmé par ce nouveau clean sheet concédé.
Sur le banc, des profils comme E. Dhont – 3 passes décisives et 16 passes clés en championnat – offraient une option de percussion et de créativité. Mais même avec ces armes, Sassuolo reste une équipe qui souffre dans la durée : ses buts sont répartis avec un léger pic tardif (25,00 % entre la 76e et la 90e), mais trop rares pour inverser des scénarios déjà mal engagés.
Côté Roma W, Luca Rossettini disposait d’une profondeur de banc impressionnante. Le onze de départ, avec O. Lukasova dans les cages, une ligne défensive où figuraient notamment F. Thogersen, S. Oladipo, W. Heatley et K. Veje, et un milieu comprenant A. Rieke, M. Pandini et G. Greggi, dessinait une équipe capable de tenir le ballon et de contrôler les transitions. Devant, G. Galli, A. Corelli et F. Brennskag-Dorsin offraient des profils variés pour attaquer la profondeur et les demi-espaces.
Les absences notables ne sont pas renseignées, mais la simple présence sur la feuille de match de joueuses comme M. Giugliano, É. Viens, G. Dragoni ou V. Bergamaschi sur le banc souligne la richesse de l’effectif romain. Ce sont autant de leviers tactiques à activer pour maintenir une intensité élevée jusqu’au bout.
Disciplinaires, les deux équipes ont des profils contrastés. Sassuolo W concentre 26,09 % de ses cartons jaunes entre la 76e et la 90e minute, signe d’une équipe qui finit souvent en tension, à la limite, lorsqu’elle court après le score. Roma W, elle, connaît son pic de cartons jaunes entre la 16e et la 30e et entre la 46e et la 60e (21,05 % sur chacune de ces périodes), ce qui correspond à des moments où l’équipe pousse fort pour imposer son rythme. On notera aussi que Roma W a déjà vu W. Heatley recevoir un jaune-rouge cette saison, preuve d’une agressivité défensive parfois à la frontière.
III. Duels clés : chasseurs et boucliers
Le premier affrontement symbolique se joue entre l’attaque romaine et la défense de Sassuolo. Roma W marque en total 2,0 buts par match, avec une répartition qui culmine dans le dernier quart d’heure (26,19 % de ses buts entre la 76e et la 90e) et une forte présence entre la 16e et la 30e (19,05 %). Or, Sassuolo W encaisse 24,24 % de ses buts entre la 31e et la 45e et 21,21 % entre la 46e et la 60e : précisément les moments où Roma aime accélérer après son premier temps fort. Ce 0-3, avec un but avant la pause puis deux en seconde période, illustre parfaitement ce croisement entre puissance offensive romaine et fragilité défensive émilienne.
Individuellement, M. Giugliano reste la pièce maîtresse du dispositif offensif romain, même si elle n’a pas débuté. Avec 8 buts et 2 passes décisives, 22 passes clés et 3 penalties transformés sur 3 tentés, elle incarne le « chasseur » idéal : capable de frapper de loin, de casser des lignes par la passe et de décider du tempo. Son association potentielle avec G. Dragoni (3 passes décisives, 15 passes clés) et É. Viens (2 passes décisives, 17 passes clés) donne à Roma un triangle créatif qui pèse sur n’importe quel bloc bas.
En face, Sassuolo W s’appuie sur L. Clelland comme fer de lance : 4 buts, 1 passe décisive, 21 tirs dont 13 cadrés, 11 fautes subies. Elle est la principale menace de profondeur et de frappe. Mais pour qu’elle existe, il faut que le ballon arrive dans la zone de vérité, ce qui a cruellement manqué face à un bloc romain qui encaisse en moyenne seulement 1,0 but à l’extérieur.
L’« engine room » se situe au cœur du terrain : d’un côté, la capacité de pressing et de volume de G. Greggi, M. Pandini et A. Rieke ; de l’autre, la nécessité pour K. Missipo, M. Brustia et H. Fercocq de colmater les brèches. Roma W concède 31,58 % de ses buts entre la 31e et la 45e minute, soit un moment de légère vulnérabilité avant la pause. C’était là la fenêtre potentielle pour Sassuolo, mais l’incapacité chronique à se projeter (3 buts à domicile sur toute la saison) a empêché toute exploitation de ce point faible relatif.
Défensivement, Roma W s’appuie aussi sur des profils rugueux comme V. Bergamaschi (3 jaunes, 15 tacles et 9 interceptions) et W. Heatley, qui a déjà bloqué 3 tirs cette saison. Leur capacité à couper les centres et les frappes lointaines a contribué à maintenir le clean sheet à Sassuolo, prolongeant une série déjà impressionnante de 11 matches sans encaisser de but en total cette saison.
IV. Lecture statistique et verdict tactique
En croisant les chiffres de la saison et le score final, le 0-3 apparaît moins comme une surprise que comme la projection fidèle des tendances profondes. Sassuolo W, avec une moyenne de 0,3 but marqué à domicile et 1,4 encaissé, était structurellement exposé face à une Roma W qui marque 1,9 but en moyenne sur ses déplacements et n’en concède qu’un.
Le pic offensif romain en fin de match (26,19 % des buts entre 76e et 90e) rencontre de plein fouet la fatigue et la nervosité de Sassuolo, qui concentre 18,18 % de ses buts encaissés dans cette même période et 26,09 % de ses cartons jaunes. C’est le croisement parfait entre une équipe qui sait tuer les matches tard et une autre qui s’effrite mentalement et physiquement.
En l’absence de données xG précises, tout indique néanmoins que Roma W a transformé sa supériorité structurelle en domination concrète : volume offensif constant, densité créative au milieu, solidité défensive éprouvée. Sassuolo W, de son côté, a une nouvelle fois payé son manque de tranchant offensif et la fragilité de son bloc dans les temps forts adverses.
Suivant ce résultat, les trajectoires se figent : Roma W consolide son statut de référence tactique et statistique de la Serie A Women, tandis que Sassuolo W reste englué dans une lutte de fin de tableau où chaque défaut structurel est impitoyablement puni par les cadors du championnat.



