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Rodri : le pilier de Manchester City face à un avenir incertain

À Manchester, tout ramène à Rodri.

Son genou a failli tout faire basculer. Une rupture des ligaments croisés en septembre 2024, un mois avant de soulever le Ballon d'Or à Paris, et derrière, une cascade de pépins physiques. Le métronome de City a perdu le rythme, et avec lui, c’est tout un empire qui a commencé à vaciller.

Avant ce coup du sort, il n’avait manqué que sept matches avec City. Sept. Une anomalie statistique pour un joueur moderne, devenu la colonne vertébrale d’une équipe qui écrasait la Premier League. Depuis sa blessure, le club n’a plus remis la main sur le titre. À l’Etihad, personne ne voit ça comme une coïncidence.

Le rappel au sommet du monde

Il a suffi d’un été pour rappeler à la planète qui il est vraiment. En Amérique du Nord, lors de la Coupe du monde 2026, Rodri a rejoué son football comme si rien ne s’était passé. À la base du milieu espagnol de Luis de la Fuente, il a dicté le tempo, cassé les transitions adverses, éteint des attaques à la chaîne. L’Espagne est repartie avec le trophée, lui avec un statut encore plus colossal.

Exactement comme Pep Guardiola l’avait annoncé en octobre 2025 : « À la Coupe du monde, ce sera le meilleur Rodri, et la saison prochaine ce sera le meilleur Rodri. » La prophétie s’est réalisée. Et c’est là que le problème commence pour City.

À 30 ans, Ballon d'Or en poche, champion du monde, un an de contrat restant et l’ère Guardiola officiellement refermée, la tentation d’un nouveau défi devient réelle. L’idée d’un départ vers Madrid n’est plus un simple bruit de fond. Elle pèse. Elle inquiète. Parce que Rodri, à City, n’est pas seulement un joueur. Il est le système.

Maresca, entre sérénité affichée et casse-tête géant

Enzo Maresca, promu du staff de Guardiola puis passé par Chelsea, jure qu’il ne panique pas. Devant la presse, il reste droit dans ses bottes.

« Autour des grands joueurs, il y a toujours des spéculations donc je ne suis pas inquiet », lâche l’Italien. Il rappelle que Rodri vient de gagner la Coupe du monde, qu’il est « l’un des meilleurs joueurs » et qu’évidemment « chaque manager veut avoir Rodri ». Pour l’instant, le milieu doit passer sur la table d’opération lundi pour un souci au dos, puis partir en vacances, se reposer, revenir.

Le discours est lisse, maîtrisé. Mais la réalité sportive est brutale : sans Rodri, le projet Maresca se fragilise d’un coup.

Dans son football fluide, où les postes s’entremêlent et où le milieu doit à la fois couvrir, organiser et lancer les offensives, l’Espagnol est la pièce maîtresse idéale. Il navigue entre les lignes, se glisse dans la défense, remonte le bloc, parle, cadre, rassure. Capitaine du monde, leader naturel du vestiaire. Retirez-le de l’équation, et tout devient plus incertain.

Un milieu dépeuplé, des paris qui n’ont pas pris

Le constat est implacable : au milieu, City est nu ou presque.

Derrière Rodri et le nouveau venu Elliot Anderson, recruté pour 116 millions de livres, Maresca ne dispose pas d’un réservoir au niveau attendu pour porter l’héritage du numéro 16.

Nico Gonzalez, censé être le remplaçant naturel et signé en partie pour couvrir l’absence de Rodri après son ACL, s’est perdu. Arrivé lors du gros mercato de janvier 2025, il n’a jamais vraiment convaincu Guardiola, a passé la deuxième moitié de saison sur le banc, et son nom circule déjà parmi les possibles partants.

Tijjani Reijnders, lui, avait démarré fort après son transfert à 46 millions de livres depuis l’AC Milan. Puis il s’est éteint. Trop irrégulier, souvent relégué à un rôle de rotation après le Nouvel An. City espère qu’une saison d’adaptation suffira et qu’il répondra enfin aux exigences du football anglais. Rien n’est garanti.

Et derrière, la liste des joueurs mis sur la sellette s’allonge : Mateo Kovacic, Rico Lewis, Kalvin Phillips. Tous considérés comme transférables. Si l’on retire aussi Rodri de ce secteur de jeu, le chantier devient colossal. Il ne s’agira plus d’ajuster, mais de reconstruire un milieu entier.

Elliot Anderson, l’héritier désigné ?

Dans ce décor d’incertitude, un nom émerge : Elliot Anderson. À 23 ans, l’ancien de Nottingham Forest arrive avec un profil taillé pour le poste de sentinelle moderne. Combatif, intelligent, créatif depuis la base. Un vrai numéro 6 d’ère contemporaine.

Sa saison dernière en Premier League parle pour lui. Plus de ballons récupérés que n’importe quel autre joueur (306). Le plus grand nombre de duels gagnés (297). Et malgré la présence de Morgan Gibbs-White, il reste le principal créateur de Forest : 54 occasions créées, dont neuf grosses opportunités. À la Coupe du monde 2026, il termine co-meilleur tacleur (18) aux côtés… de Rodri.

Il sait tout faire. Gagner ses duels, ressortir proprement, casser des lignes à la passe, dicter le tempo. S’il ne jouera peut-être jamais exactement comme l’Espagnol, il possède le profil pour devenir le nouveau point d’ancrage de City. Et dans le cas où le Ballon d'Or filerait à Madrid, Anderson sentira forcément une brèche à exploiter pour s’imposer comme le nouveau patron du milieu.

Bouaddi en accéléré, ou le pari de l’avenir

City ne veut toutefois pas tout miser sur un seul homme. Le nom d’Ayyoub Bouaddi circule avec insistance. Révélation de la Coupe du monde avec le Maroc, le milieu de 18 ans appartient à Lille et devait, dans le plan initial, être immédiatement prêté après son arrivée.

Ce scénario pourrait voler en éclats. Si Rodri s’en va, la direction pourrait avancer son intégration dans l’effectif de Maresca. Le gamin a impressionné par son sang-froid, son volume de jeu, sa capacité à gratter des ballons dans les zones chaudes. Mais lui confier d’emblée un rôle central dans une équipe en transition serait un pari monumental.

Un vestiaire décapité et le spectre de United et Arsenal

Le timing, surtout, fait mal. City vient de vivre un tournant historique : le départ de Guardiola. Une page de plus d’une décennie de domination, d’identité claire, de continuité rare à ce niveau, se referme.

Dans le vestiaire, d’autres totems ont déjà fait leurs valises. Bernardo Silva, capitaine la saison dernière, est parti rejoindre Madrid. John Stones a choisi l’Inter. Deux leaders, deux joueurs rompus aux grands rendez-vous, deux voix fortes en moins dans un groupe qui va devoir se réinventer.

Les dirigeants savent ce qu’ils risquent. Ils ont vu Manchester United s’enfoncer après Sir Alex Ferguson, Arsenal tâtonner après Arsène Wenger. Instabilité, mauvaises décisions, changement de cap permanent. Ils veulent éviter ce scénario catastrophe. Maresca le sait, et il insiste sur un point : le temps.

Il rappelle que le club n’a connu que trois entraîneurs en 17 ans, depuis Roberto Mancini. Une anomalie dans le football moderne, signe d’une structure solide, patiente, organisée. Il en fait son bouclier. « L’organisation est la chose principale », martèle-t-il. City, dit-il, saura lui laisser l’espace nécessaire pour construire.

Mais même avec du temps, perdre Rodri au milieu de cette tempête rendrait l’exercice bien plus périlleux.

Maresca face au vide laissé par Guardiola… et peut-être par Rodri

L’Italien ne s’en cache pas : succéder à Guardiola est « un privilège » autant qu’un défi. Il répète qu’il considère Pep comme « le meilleur coach du monde sur les 20-25 dernières années ». Il sait aussi que l’histoire est cruelle avec ceux qui suivent les managers légendaires. Sir Alex, Wenger : leurs héritiers ont souvent souffert.

Maresca arrive avec ses idées, sa connaissance interne du club, son calme apparent. Il croit à la structure, au temps, à la continuité. Mais le football ne pardonne pas les failles au cœur du jeu. Et à City, tout commence et tout finit, ou presque, avec ce numéro 6 qui a redéfini le poste.

Si Rodri reste, Maresca disposera d’un socle pour traverser la tempête, d’un leader pour porter la transition, d’un repère pour une équipe en reconstruction. S’il part, l’Etihad découvrira à quel point l’ombre de Guardiola n’est pas la seule à planer sur cette nouvelle ère.

La saison qui arrive dira une chose simple : City peut-il vraiment tourner la page sans son entraîneur emblématique… et sans son joueur le plus irremplaçable ?