Robbie Keane : Une candidature controversée au Celtic
La candidature de Robbie Keane embrase le Celtic : 67 groupes de supporters montent au front
Le nom de Robbie Keane revient avec insistance pour le banc du Celtic. Mais à Glasgow, l’idée ne passe clairement pas partout. Loin de là.
Depuis plusieurs jours, les murs autour de Celtic Park parlent. Graffitis, banderoles, messages explicites contre la possible nomination de l’ancien buteur irlandais, aujourd’hui libre après son passage à Maccabi Tel Aviv. La contestation, d’abord diffuse, s’est désormais structurée.
Un front de supporters organisé
Un premier texte, publié en ligne par un collectif se présentant comme Celtic Fans for the Liberation of Palestine, a posé les bases de l’opposition. Ce communiqué dénonce frontalement le choix de Keane d’avoir dirigé Maccabi Tel Aviv pendant la guerre à Gaza.
Le mouvement a pris une nouvelle ampleur lorsque le compte North Curve Celtic, sur X, a rendu publique une liste de 67 groupes qui disent soutenir cette position. Parmi eux, des noms lourds dans le paysage des tribunes de Celtic Park : la Green Brigade, les Bhoys Celtic ultras, mais aussi des podcasts influents comme The Cynic et eTims, ainsi que des clubs de supporters historiques tels que Glasgow University Celtic Supporters Club (CSC) ou Craigneuk Tommy Gemmell CSC.
Le message est clair : une partie structurée et bruyante du public ne veut pas de Robbie Keane.
L’argument politique et identitaire
Dans leur déclaration, ces groupes rappellent ce qu’ils considèrent comme l’ADN du club. Ils insistent sur la « longue et fière histoire de solidarité avec le peuple palestinien » qui, selon eux, fait partie intégrante de l’identité du Celtic.
Le cœur de la critique vise le choix de carrière de Keane. Pour ces supporters, sa décision de diriger Maccabi Tel Aviv « durant le génocide à Gaza » ne peut être mise entre parenthèses. Ils soulignent la proximité géographique entre Tel Aviv et Gaza et dénoncent le fait d’accepter un poste dans un club israélien alors que, selon eux, « le même pays utilisait des armes indiscriminées de destruction massive contre des personnes sans défense ».
Les signataires replacent aussi le débat dans l’histoire du club : un Celtic fondé par une communauté marquée par « le génocide, le déplacement et la famine », dont les racines se trouvent, rappellent-ils, dans la solidarité avec les opprimés. Pour eux, tourner le dos aujourd’hui à ceux qu’ils estiment victimes d’un génocide serait une trahison de ces origines.
Un choix jugé « diviseur » et « peu ambitieux »
Au-delà de la dimension politique, les groupes opposés à Keane jugent également la piste sportive peu enthousiasmante. Dans leur texte, ils estiment qu’à un moment où le club a besoin d’« unité » et d’un « objectif collectif », une telle nomination serait « profondément clivante » parmi les supporters.
Ils parlent d’un choix « prévisible et peu inspirant » à un moment où, selon eux, le Celtic devrait afficher « plus d’ambition ». Le message adressé au board est direct : « Nous exhortons la direction du Celtic à écouter les inquiétudes des supporters et à reconsidérer cette nomination. »
Keane, un ancien chouchou devenu figure contestée
Le paradoxe est saisissant. Robbie Keane n’est pas un inconnu à Celtic Park. Lors de son prêt en 2010, l’attaquant de la République d’Irlande avait enflammé le stade, enchaînant les buts et laissant l’image d’un finisseur de haut niveau, très apprécié du public.
Depuis, l’Irlandais a basculé sur le banc. Il a remporté des titres de champion en Israël et en Hongrie, ajoutant une nouvelle ligne à son CV d’entraîneur. En juin 2023, il s’engage avec Maccabi Tel Aviv, plusieurs mois avant les attaques menées par le Hamas le 7 octobre et la riposte israélienne sur Gaza, qui a causé la mort de plus de 70 000 personnes selon les chiffres cités dans le communiqué.
En octobre, une commission indépendante de l’ONU a conclu qu’Israël avait commis un génocide contre les Palestiniens à Gaza. C’est dans ce contexte brûlant que la présence de Keane en Israël a été violemment critiquée en Irlande et, aujourd’hui, par une partie des supporters du Celtic.
Un titre, un doublé… puis la démission
Sportivement, la saison de Keane à Maccabi Tel Aviv a été une réussite. Le technicien de 45 ans a guidé le club vers un doublé coupe-championnat, avant de démissionner à l’été 2024.
Interrogé sur sa décision de rester jusqu’au bout de la saison malgré le conflit, l’Irlandais a expliqué qu’il se sentait lié par une « responsabilité » envers son staff, qu’il avait emmené avec lui en Israël. Il a notamment cité le cas de son analyste vidéo, resté douze ans à Middlesbrough avant de le suivre à Maccabi. Pour Keane, partir en cours de route aurait signifié abandonner ces collaborateurs et leurs familles.
Il affirme avoir choisi de rester jusqu’à la fin de l’exercice, quitte à renoncer à une année, voire deux, de contrat. Une décision prise, dit-il, « en groupe, en tant que staff ».
Un dossier explosif pour la direction du Celtic
Pendant ce temps, les discussions entre Robbie Keane et le principal actionnaire Dermot Desmond seraient en cours, selon plusieurs rapports. Keane figure parmi les favoris pour succéder sur le banc, même si aucun accord n’a encore été officialisé.
La direction se retrouve désormais face à une équation délicate : d’un côté, un ancien héros du Celtic, auréolé de titres récents en tant qu’entraîneur ; de l’autre, une frange organisée et influente du supportérisme qui voit en lui le symbole d’un reniement des valeurs historiques du club.
Celtic Park connaît les grandes nuits de coupe d’Europe, les championnats fêtés en vert et blanc, les débats sans fin sur la tactique et le mercato. Il affronte aujourd’hui un autre type de tempête, où le choix d’un entraîneur dépasse largement le rectangle vert.
La prochaine décision du board dira jusqu’où le club est prêt à aller pour concilier ambition sportive, identité politique et unité de ses tribunes.




