RDC Sport

Real Madrid face à un défi crucial en Champions League

Au Bernabéu, on avait parlé d’attaque galactique avant même que le ballon ne roule. Kylian Mbappé, Vinicius Junior, Jude Bellingham : un trio pensé pour faire plier l’Europe. Pour l’instant, la magie reste par séquences, pas encore un courant continu. Et c’est Bellingham lui-même qui le reconnaît, à la veille d’un déplacement à très haut risque à l’Allianz Arena.

Le milieu anglais ne se cache pas. Il sait que le chantier tactique est réel, surtout quand deux des trois stars aiment occuper la même zone.

« C’est difficile, parce que je sens qu’il y a eu beaucoup de matches où on a très bien combiné », explique-t-il. « Par moments, ça peut être compliqué avec deux joueurs naturellement portés sur le côté gauche, Mbappé et Vini. C’est difficile quand on se retrouve tous du même côté. Arbeloa a trouvé un équilibre en me mettant un peu plus de l’autre côté. On est fluides, on a la liberté de bouger, parfois ça peut un peu désorganiser l’équipe, mais avec eux, il faut faire confiance à leur talent… Quand tout est en place, comme j’espère demain. Je l’ai déjà vu. »

Un Real dos au mur

Le contexte est brutal. Mené 2-1 après le match aller à domicile, décroché en Liga avec neuf points de retard sur Barcelona après un nul amer contre Girona, le Real Madrid n’a plus qu’un trophée à portée : la Champions League. Tout le poids de la saison repose sur cette soirée à Munich.

Bellingham, lui, sort d’une année cabossée. Opération à l’épaule, soucis aux ischio-jambiers, rythme brisé. Il n’a pas vécu une saison de patron, mais il sait que c’est précisément dans ces moments que l’histoire du Real s’écrit.

« On veut encore jouer pour quelque chose en fin de saison », insiste-t-il. « C’est extrêmement important pour nous, pour le club… Évidemment, c’est un peu frustrant pour moi, c’est ma première saison comme ça, à manquer autant de matches sur blessure. Toute défaite en Champions League ressemble à un désastre. Vu notre situation, on sait que demain, c’est une finale. On doit le voir comme un match à la vie à la mort. »

Le décor est planté : une équipe en retard partout, mais qui se nourrit précisément de ces situations impossibles. Madrid vit de remontadas, de nuits qui déraillent pour l’adversaire. L’Europe entière connaît la chanson.

Kompany refuse le mythe

Face à cette mythologie, Vincent Kompany refuse de se laisser hypnotiser. L’entraîneur de Bayern ne veut pas entendre parler d’aura mystique, de destin écrit à l’avance pour les quinze fois champions d’Europe. Pour lui, ces récits de retours impossibles ne sont pas l’apanage du Real.

« Ils restent parmi les meilleurs en Europe, mais je ne vois pas les histoires de remontada comme quelque chose d’unique », prévient le Belge. « Ce sont aussi les histoires d’autres clubs, comme Barcelona, Liverpool ou Bayern Munich. »

Le message est clair : pas question de se présenter en victime consentante dans son propre stade. Bayern connaît aussi les nuits de bascule, les retournements d’issue. Kompany tente de ramener le débat sur le terrain, sur le plan de jeu, loin des légendes.

Arbeloa, la foi chevillée au club

À l’inverse, Álvaro Arbeloa assume pleinement la dimension irrationnelle de ce Real. Sous pression après trois matches sans victoire, le coach des Blancos se retranche derrière ce qu’il considère comme l’ADN de la maison : croire jusqu’au bout, surtout quand tout semble pencher du mauvais côté.

« Pour commencer, nous sommes le Real Madrid », rappelle-t-il face aux médias. « S’il y a une équipe qui vient dans ce stade pour renverser une situation, c’est nous. Si on avait gagné le premier match, ça n’aurait rien eu de fou. Leur gardien, Manuel Neuer, a été le MVP. »

Arbeloa sait que son équipe a laissé filer le match aller, butant sur un Neuer monumental. Il sait aussi que ce genre de frustration nourrit parfois les grands retours. Alors il enfonce le clou, non pas avec de la prudence, mais avec une conviction presque provocatrice.

« On en est capables. L’entraîneur du Real Madrid y croit, les joueurs y croient, et le club y croit », insiste-t-il. « Je n’ai pas rencontré un seul supporter ces derniers jours qui ne soit pas convaincu qu’on va gagner. »

Le décor de l’Allianz Arena est prêt, la tension déjà à son comble. D’un côté, Kompany qui veut briser le sortilège madrilène. De l’autre, Arbeloa qui s’y abandonne avec délectation, porté par une foi quasi religieuse dans la capacité de ce club à renverser les montagnes.

Reste une question, brutale, qui plane sur cette nuit allemande : ce Real-là, moins dominateur, plus fragile, peut-il encore écrire une de ces histoires dont l’Europe parle pendant des années ?