Rayan Cherki : du doute à la dévotion selon Éric Sage
À Lyon, beaucoup ont longtemps hésité. Rayan Cherki, prodige annoncé, allait-il vraiment percer au plus haut niveau ? Pour Éric Sage, qui l’a accompagné de l’académie de l’OL jusqu’au groupe professionnel, la réponse n’a jamais fait débat.
C’était un processus avec lui, parce que beaucoup de gens pensaient qu’il n’aurait pas de succès dans sa carrière. Moi, je n’avais pas cette pensée-là.
« Je lui ai expliqué : “Tu as un grand talent, et je pense que tu peux le montrer dans des contextes spéciaux.” » Pour lui, la démonstration la plus récente est limpide : « Il l’a fait lors de son dernier match contre Bournemouth. »
Un génie à canaliser
Le discours n’a rien de complaisant. Cherki a dû apprendre à donner autre chose que des frissons balle au pied. « Tu dois apporter quelque chose pour l’équipe défensivement et garder ton talent en attaque », insiste Sage. Le message était clair : pas question de se contenter d’être un soliste.
Offensivement, en revanche, l’ancien coach avoue presque son impuissance. « Je n’avais rien à lui dire offensivement parce qu’il comprenait le jeu mieux que moi. » La phrase claque. Elle dit tout de la précocité du joueur, de sa lecture des espaces, de sa capacité à inventer.
Comment, alors, tenter de le contenir ? Sage esquisse un début de réponse, presque fataliste : « Pour le contrôler, le mieux est d’empêcher tous les ballons d’arriver jusqu’à lui, parce que quand il a le ballon, il est capable de faire des choses qu’on n’imagine pas. »
L’ombre de De Bruyne et un compliment vertigineux
Du côté de City, les dirigeants ne s’y trompent pas. Ils ont déjà coché le nom de Cherki comme successeur à long terme de Kevin De Bruyne, appelé à reprendre le flambeau de la créativité offensive dans les années à venir. Une projection lourde de sens, qui en dit long sur la manière dont son profil est perçu au plus haut niveau.
Interrogé sur les propos de son ancien protégé, qui l’a qualifié de « génie du football », Sage renverse immédiatement le compliment. Et appuie là où ça fait mal pour tous ceux qui doutent encore.
Je ne connais pas le mot au-dessus de “génie”. Je ne suis pas un génie ; lui, c’est un génie.
Puis il précise sa pensée : « Parler de quelque chose et l’enseigner, c’est une étape. Mais faire ces choses, c’en est une autre. Il est à ce niveau. Peut-être Dieu ? »
La formule est excessive, presque déconcertante, mais elle traduit bien l’ampleur de ce que Sage voit en Cherki. Un joueur qui, quand le ballon arrive enfin jusqu’à lui, semble capable de tordre les scénarios et d’ouvrir des portes que les autres ne voient même pas. Reste à savoir jusqu’où ce « génie »-là poussera sa carrière.




