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Pochettino relance le projet footballistique des États-Unis

Deux mois seulement se sont écoulés depuis l’élimination brutale de la sélection américaine en Coupe du monde. Le choc est encore frais, mais Mauricio Pochettino, lui, a déjà remis le bleu de travail.

Arrivé en 2024 à la tête de l’équipe, l’ancien entraîneur de Tottenham et du PSG était perçu comme une solution à court terme, une sorte de spécialiste mandaté pour maximiser le potentiel d’un Mondial à domicile, le premier depuis plus de trente ans. Le plan initial était clair : profiter de la fenêtre 2026, puis tourner la page.

La page, finalement, ne se tourne pas. Au fil des mois, Pochettino et la fédération américaine se sont rapprochés, jusqu’à sceller en août une prolongation de contrat. Une décision qui change l’échelle du projet.

Un sélectionneur devenu architecte

Les États-Unis vont enchaîner quatre amicaux fin septembre et début octobre, contre le Pérou, le Chili, le Mexique et le Canada. Une série intéressante, mais presque anecdotique face à ce qui attend vraiment le technicien argentin.

Oui, il devra qualifier la sélection pour la Coupe du monde 2030. C’est la base. Mais l’ambition dépasse largement le simple résultat tous les quatre ans. Pochettino a lui-même présenté ce nouveau cycle comme l’opportunité “d’avoir un impact durable sur le sport dans le pays qui nous a accueillis si chaleureusement – et que cet impact dépasse les résultats sur le terrain”.

La fédération ne s’est pas contentée de mots. Lors de l’annonce de sa prolongation, elle a officialisé un rôle élargi : Pochettino participera à l’orientation du développement des jeunes, à la formation des entraîneurs, et conseillera sur la collaboration avec les ligues professionnelles, entre autres dossiers structurants.

Pour le football de sélection, ce n’est pas une révolution mondiale. Mais pour les États-Unis, c’est inédit. Aucun sélectionneur n’avait jusque-là eu un poids aussi fort sur la trajectoire globale du programme.

Le timing est stratégique. US Soccer est en plein chantier interne et cherche à pourvoir deux nouveaux postes de directeur pour les programmes masculins et féminins, seniors et jeunes. Pochettino l’a assuré lundi devant un petit groupe de journalistes : il est prêt à s’impliquer dans ce processus, tout en glissant, sourire aux lèvres, que ces postes “ne peuvent pas [juste] être pour un de [ses] gars”.

Pour lui, l’enjeu dépasse la prochaine trêve internationale : “C’est le futur des USA. Nous voulons essayer de performer en Coupe du monde et de créer quelque chose de spécial avec les fans. Maintenant, il s’agit de faire partie de l’héritage que la fédération veut créer – devenir l’un des pays les plus puissants du football. C’est un rêve, non ? C’est incroyable. Si nous pouvons faire partie de ça, nous sommes très excités et très heureux.”

Balogun, un été de frustration et un coup de fil attendu

Sur le marché des transferts, l’été de la sélection américaine a été plutôt calme. Quelques mouvements notables – Gio Reyna à Strasbourg, Sebastian Berhalter à Middlesbrough, le jeune Zavier Gozo qui quitte la MLS pour Crystal Palace – mais rien qui ressemble à une vague de départs.

Dans cette accalmie, un dossier retenait l’attention : celui de Folarin Balogun. L’attaquant de Monaco sortait d’une Coupe du monde réussie et semblait lancé vers un transfert majeur. Un accord vers Everton se dessinait, un gros coup pour le joueur comme pour son exposition en Premier League.

Puis tout s’est effondré dans les dernières heures du mercato. Le club anglais a invoqué un problème potentiel de condition physique pour se retirer, une version contestée par Monaco comme par le joueur lui-même. Classique drame de deadline day, mais coup dur pour un avant-centre de 25 ans en pleine ascension.

Pochettino n’a pas esquivé le sujet. Il sait ce que ce genre d’épisode peut laisser comme traces. “Oui, c’est difficile parce que tu ne peux pas influencer cette décision”, a-t-il expliqué. “Tu dois soutenir ce qu’ils font avec les gens qui prennent les décisions.”

Il a aussi révélé son intention d’aller au-delà d’un simple message de soutien public : “Dans des cas particuliers, comme celui de Flo, je vais l’appeler dans les prochains jours. Je voulais lui laisser un peu d’espace après cette situation à Everton. Je veux savoir par lui ce qui s’est passé. Mais nous offrons toujours notre soutien, et c’est tout.”

L’Argentin ne laisse aucun doute sur l’importance de Balogun dans son projet : “Je pense que c’est un joueur important pour nous, il a été un joueur important en Coupe du monde et j’espère qu’il pourra trouver, à Monaco ou ailleurs, le meilleur endroit pour performer de la meilleure façon.”

L’épisode Everton a fermé une porte. Il n’a pas fermé sa place dans la sélection.

Duals, séduction et patience

Sur la liste des 26 joueurs qui seront appelés pour le prochain rassemblement, Pochettino a choisi de garder le flou. Un nom, en revanche, est d’ores et déjà barré : celui de Noahkai Banks.

Le défenseur central d’Augsbourg, binational germano-américain, n’a pas encore tranché son avenir international et ne rejoindra pas le groupe lors de cette fenêtre. À 19 ans, il a expliqué vouloir prendre une décision “d’ici la prochaine trêve internationale, ou au plus tard celle d’après”. En Allemagne, plusieurs médias ont rapporté que le nouveau sélectionneur Jürgen Klopp l’aurait même supervisé en personne.

Pochettino ne dramatise pas, mais insiste sur la méthode. “Nous sommes en contact avec tous les potentiels binationaux”, assure-t-il. Pour lui, la clé, ce n’est pas seulement le discours sportif, c’est le lien humain : “Je pense que c’est important pour nous, bien sûr, parce que cette connexion humaine est tellement importante.”

Dans le cas de Banks – surnommé “Noki” – la situation est claire : “Même s’il, comme dans ce cas, Noki, n’a pas changé d’avis et attend encore, aucune décision, et bien sûr nous ne pouvons pas le considérer pour le prochain camp…” La porte reste ouverte, mais pas à n’importe quel prix. “L’organisation travaille avec tous les binationaux et les joueurs qui ont la possibilité de prendre une décision. Cette connexion humaine est importante parce que si un jour ils sentent qu’ils peuvent défendre et qu’ils veulent se battre et faire partie de notre équipe nationale… Bien sûr, s’ils le méritent, et si nous considérons qu’ils méritent d’être impliqués, bien sûr que nous les appellerons.”

Le message est double : séduction, oui. Dépendance, non.

Cap sur 2028… et bien au-delà

En toile de fond, un autre rendez-vous majeur se profile déjà : les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Les États-Unis y seront présents, à domicile, dans un tournoi qui peut servir de tremplin à une génération entière.

La perspective ne s’arrête pas là. Il est largement rapporté que la sélection américaine pourrait également disputer la Copa América cet été-là, ajoutant une compétition continentale de haut niveau à un calendrier déjà chargé. Un test grandeur nature pour mesurer jusqu’où ce projet peut aller face aux meilleures nations d’Amérique du Sud.

Entre un Mondial raté, un rôle élargi et une série de défis qui s’enchaînent, Pochettino ne se contente plus d’être le sélectionneur de passage venu pour 2026. Il s’installe comme l’architecte d’une ambition déclarée : faire des États-Unis “l’un des pays les plus puissants du football”.

Reste une question brûlante : la structure suivra-t-elle le discours, ou ce rêve assumé se heurtera-t-il aux limites d’un pays qui apprend encore à vivre comme une nation de football à part entière ?