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O’Reilly brille à Wembley : l’héritier de Dennis Tueart

À Wembley, un tifo pour Dennis Tueart a d’abord recouvert le virage bleu. Un rappel d’un autre temps, celui de 1976 et de cette bicyclette légendaire contre Newcastle, dernier trophée de City avant la longue traversée du désert. Cinquante ans plus tard, c’est un autre enfant du club qui a pris le relais sous l’arc : Nico O’Reilly, gamin de Collyhurst, devenu à son tour héros de finale.

O’Reilly, de Collyhurst au panthéon de Wembley

O’Reilly n’est pas un produit de passage. Il a grandi au nord de Manchester, a toujours soutenu City avec sa mère et sa sœur, porte « 0161 », l’indicatif de la ville, tatoué sur le biceps, et a refusé Manchester United lorsqu’il était enfant. Le genre de trajectoire qui parle immédiatement aux tribunes.

Sa percée en équipe première la saison dernière avait déjà offert un peu de lumière dans un exercice compliqué. Il a décidé de prolonger l’histoire. Sa récente série de buts s’était construite en jouant au milieu, mais, replacé latéral gauche à Wembley, il a joué comme un milieu box-to-box, façon Yaya Touré, et a même donné une leçon de réalisme à Erling Haaland.

Sur l’ouverture du score, il se jette sur un ballon relâché par Kepa Arrizabalaga, plus affamé que tout le monde dans la surface. Moins de quatre minutes plus tard, il surgit encore, cette fois pour effleurer de la tête un centre de Matheus Nunes au premier poteau. Deux gestes simples, froids, décisifs.

Le tout au terme d’un week-end irréel : appelé en sélection d’Angleterre vendredi, 21 ans fêtés samedi, et, le dimanche, entrée dans la galerie des héros de City à Wembley aux côtés de Tueart. En trois jours, une carrière a changé de dimension.

Kepa, la Carabao Cup et une histoire qui finit mal

La Carabao Cup et Kepa, c’est une relation déjà chargée. Finale 2019 avec Chelsea : refus de sortir malgré la volonté de son entraîneur, défaite aux tirs au but contre City. Finale 2022 : entré pour la séance, il encaisse 11 penalties de Liverpool avant d’expédier le sien dans le ciel.

Quand la nouvelle tombe samedi qu’il débutera dans le but d’Arsenal, le scénario semble écrit d’avance : rédemption tardive ou nouveau naufrage.

Ce fut le naufrage.

Il commence à flirter avec la catastrophe en seconde période en fauchant Jeremy Doku loin de sa surface après avoir mal lu un long ballon dans le dos de sa défense. Les supporters d’Arsenal espèrent que la bourde est passée. Elle ne l’est pas.

Sur un centre sans puissance de Rayan Cherki, droit sur lui, Kepa se troue. Il ne capte pas, ne boxe pas, il flotte. O’Reilly, lui, n’hésite pas et conclut au second poteau. Arsenal ne s’en remettra pas. Pour Kepa, ce final ressemble à la dernière page d’un carnet personnel rempli de mésaventures dans cette compétition. Difficile d’imaginer le revoir un jour dans une finale de Carabao Cup.

Guardiola frappe encore, Arteta laisse passer sa chance

Pep Guardiola encaisse les coups, mais ne reste jamais longtemps au sol. Son mois de mars avait été brutal : nuls décevants contre Nottingham Forest et West Ham, Arsenal relancé dans la course au titre, double revers face au Real Madrid en Ligue des champions, son adversaire maudit.

Il répond à Wembley en domptant son ancien adjoint, en dominant son rival direct de ces dernières années, et entre au passage dans l’histoire : premier entraîneur à remporter cinq League Cups dans le football anglais. Là où d’autres ont souvent délaissé la compétition, lui l’a toujours prise au sérieux, jusqu’au bout.

Privé de Ruben Dias avant le coup d’envoi, il ne tremble pas. Son équipe non plus. Ses choix sonnent juste : maintien de James Trafford dans les buts pour la coupe, association reconduite Doku–Antoine Semenyo malgré l’échec contre Madrid, absence de sentiment pour Phil Foden, laissé sur le banc jusqu’à la 90e minute.

En face, c’était le moment d’Arteta. L’occasion de faire taire les derniers doutes, de mettre fin à près de six ans de disette, de prendre enfin la couronne de son mentor. Une finale pour changer de statut.

C’est une occasion gâchée. Arsenal a tellement peu pesé qu’il est difficile de trouver une action marquante pour illustrer sa timidité offensive. Ce genre de match raté planait déjà sur leur saison : trop souvent en 2026, les Londoniens ont fini les rencontres en rampant alors que, vu la profondeur de leur effectif, ils devraient les boucler en sprintant.

Si City était plus proche au classement de Premier League, le débat ne porterait pas sur la philosophie d’Arteta, mais sur une question plus simple : son équipe tire-t-elle vraiment le maximum de son potentiel ?

À Wembley, la réponse a été brutale. Arsenal est resté émoussé, sans tranchant. Et Arteta n’a presque rien tenté pour inverser la tendance. Il prépare ses deux premiers changements, Noni Madueke et Riccardo Calafiori, à 1-0 contre son camp. Ils n’entrent en jeu qu’une fois le deuxième but encaissé. Entre-temps, City a étouffé le début de seconde période, pris le contrôle total d’une finale qui n’attendait qu’à être saisie.

Viana, Cherki, Semenyo et la nouvelle touche de City

Pour la première fois de l’ère Guardiola, City soulève la League Cup sans la présence de Txiki Begiristain. Son successeur, Hugo Viana, pouvait savourer depuis les tribunes. Deux de ses recrues, Semenyo et Cherki, ont dicté le tempo, tandis que Trafford a signé un après-midi marquant.

Viana a disposé de moyens colossaux – 260 millions de livres sur l’été et l’hiver – mais presque tous ses paris ont payé, à l’exception notable de Tijjani Reijnders. En termes de rapport qualité-prix, difficile de faire mieux que Cherki : 34 millions, soit la même somme déboursée par Manchester United pour Joshua Zirkzee un an plus tôt.

Cherki traîne une réputation de joueur de rue, de dribbleur provocateur. Guardiola lui-même a secoué la tête en le voyant s’amuser avec des jongles pour chambrer Arsenal en plein match. Pourtant, ce sont son travail sans ballon et sa malice qui ont frappé les esprits à Wembley. Semenyo, de son côté, a martyrisé Piero Hincapié, alternant accélérations et duels gagnés, et a largement contribué à museler Arsenal.

On peut reprocher à Viana et à ses dirigeants d’avoir mis James Trafford dans une situation délicate en recrutant Gianluigi Donnarumma en fin de mercato, deux mois seulement après l’avoir rapatrié de Burnley. Mais à Wembley, le jeune gardien a transformé ce contexte en opportunité.

Trafford, du cinquième choix à gardien d’une finale

Trafford avait reconnu récemment qu’il n’avait pas été prévenu de l’arrivée de Donnarumma et n’avait pas exclu un départ cet été pour jouer davantage. Il avait toutefois promis de continuer à travailler sans relâche.

Son entêtement a été récompensé. À Wembley, il dispute une finale et s’offre une action qui restera dans les mémoires : une triple parade en première période pour repousser d’abord Kai Havertz puis Bukayo Saka dans la même séquence folle. Tout l’inverse de la fébrilité de Kepa à l’autre bout du terrain.

Même lorsque City prend le dessus après la pause, il reste concentré, signe une nouvelle intervention déterminante devant Riccardo Calafiori et s’offre une clean sheet dans une finale qui compte pour lui plus que pour beaucoup d’autres. Il se souvenait encore de 2021, lorsque City avait battu Tottenham pour soulever la League Cup et qu’il n’était alors que quatrième ou cinquième gardien, rêvant de vivre ce moment un jour. Ce jour est arrivé.

Arsenal face à son plafond de verre

Le dernier tiers de saison est devenu le moment de vérité d’Arsenal. En 2021-22, le club laisse filer la qualification en Ligue des champions. En 2022-23, il bat le record du nombre de jours passés en tête de la Premier League sans la gagner. En 2023-24, il aligne 16 victoires sur ses 18 derniers matchs, mais le résultat qui reste est un 0-0 à l’Etihad, symbole d’un manque d’audace.

Rodri avait alors mis des mots sur ce sentiment, estimant que les Gunners étaient venus à City pour obtenir un nul plutôt que pour gagner, et que tout se jouait dans la mentalité. À Wembley, la scène a semblé se répéter : une équipe en tête du pays, mais qui joue cette finale comme si elle n’avait pas tout à fait le droit d’y imposer sa loi.

Arsenal arrivait en lice sur quatre fronts, encore vivant en février et mars, comme d’autres grands d’Angleterre avant lui. Aucun n’a jamais réussi le quadruplé. Arteta, interrogé il y a quelques semaines sur la difficulté de cet exploit, avait eu une réponse lucide : cela n’a jamais été fait, donc c’est presque impossible, avançons match après match, gagnons le droit de rester en course partout, et on verra.

On a vu. Le premier obstacle majeur a fait tomber Arsenal. La question, désormais, dépasse cette finale et dépasse même Guardiola : ce groupe, construit avec soin par Arteta et Andrea Berta pour tenir la distance, saura-t-il un jour briser ce plafond de verre, ou restera-t-il éternel prétendant dans les moments qui comptent vraiment ?