Omar Marmoush : L'attaquant que Tottenham attendait
Omar Marmoush, l’arme verticale que Tottenham attendait
Quand Omar Marmoush quitte Wolfsburg pour Eintracht Frankfurt à l’été 2023, libre, le transfert passe presque sous les radars. Un an plus tard, Manchester City débourse 59 millions de livres pour l’arracher à l’Allemagne. Et Tottenham, aujourd’hui, se prépare à accueillir un attaquant qui a déjà prouvé qu’il pouvait faire exploser un championnat.
De Frankfurt à Manchester : l’ascension fulgurante
À Frankfurt, Marmoush ne se contente pas de saisir sa chance, il dynamite la hiérarchie. Pour sa première saison, il empile 17 buts toutes compétitions confondues. La campagne 2024-2025 le propulse dans une autre dimension.
Sur la première moitié de saison en Bundesliga, l’Égyptien inscrit 15 buts en 17 matches, à partir de 8,9 expected goals. Il ajoute 9 passes décisives. Au moment de quitter l’Allemagne, son bilan global est vertigineux : 20 buts et 13 passes décisives en 26 rencontres, toutes compétitions confondues.
Son arme ne se limite pas au jeu dans la surface. Sur coups francs, il signe une série historique : premier joueur des cinq grands championnats européens depuis Lionel Messi en 2019 à marquer directement sur coup franc lors de trois matches officiels consécutifs. De quoi faire lever les sourcils des recruteurs de City. Et ouvrir le carnet de chèques.
Des débuts prometteurs à City… puis la cicatrice de Wembley
À Manchester City, Marmoush démarre fort. Il claque le premier triplé de sa carrière face à Newcastle. Il offre ensuite la qualification en demi-finale de FA Cup en marquant le but de la victoire contre Bournemouth. Contre ce même adversaire en championnat, il déclenche une frappe lointaine élue plus beau but de la saison. Le décor est planté : il a le pied lourd, le timing juste, le flair des grands soirs.
Puis vient Wembley. Finale de FA Cup 2025 face à Crystal Palace. Erling Haaland lui laisse le ballon pour tirer le penalty. Moment de confiance, moment de bascule. Dean Henderson repousse sa tentative, City s’incline. L’image fait le tour du pays.
Pour Nedum Onuoha, ancien défenseur de City, réduire Marmoush à ce raté serait une erreur grossière. Il le dit à la BBC : quand il pense à l’Égyptien, il ne voit pas le penalty manqué, mais « la puissance » qu’il déploie dans ses appels dans le dos des défenseurs. Une lecture qui tranche avec la mémoire sélective du football anglais.
Une saison 2025-2026 en demi-teinte
Les chiffres bruts à City racontent une histoire plus nuancée. Depuis son arrivée, Marmoush a marqué 16 buts en 62 matches toutes compétitions confondues. Sur la saison 2025-2026, il tourne à 8 buts en 36 apparitions.
En Premier League, son rôle s’effrite. Il ne débute que 8 rencontres, pour environ 700 minutes de jeu, moins que sur la demi-saison de son arrivée. Trois buts, trois passes décisives en championnat. Son total d’expected goals atteint 3,53, très proche de son nombre réel de buts. Autrement dit, il convertit à peu près ce qu’il doit convertir. Le problème n’est pas l’efficacité, mais le volume d’occasions, la place dans la rotation, le contexte.
Onuoha pointe du doigt la concurrence féroce dans le secteur offensif de City. Le poste d’attaquant axial est verrouillé par Haaland. Autour de lui, des numéros 10 et des ailiers ultra spécialisés monopolisent les autres zones. Les espaces que Marmoush aime attaquer se réduisent. D’où l’idée qu’un départ vers Tottenham peut tout changer pour l’international égyptien.
Un attaquant caméléon pour le projet De Zerbi
Marmoush est un vrai numéro 9, mais jamais enfermé dans cette étiquette. À Frankfurt, il a évolué en pointe, en deuxième attaquant, sur le côté gauche. À Manchester City, il a été utilisé dans l’axe, sur les ailes, voire derrière un autre avant-centre.
Cette polyvalence colle parfaitement aux principes de Roberto De Zerbi. Ses équipes vivent de permutations constantes, d’attaquants qui décrochent pour toucher le ballon avant de se projeter dans les espaces libérés derrière la ligne défensive adverse. Marmoush, par nature, aime jouer sur cette frontière.
Onuoha est catégorique : la meilleure version de l’Égyptien apparaît quand il peut attaquer la profondeur. Il le résume ainsi : il sait décrocher, mais il est plus dangereux « sur l’épaule du défenseur ». Il lui faut une équipe qui le lance régulièrement dans le dos de la défense, qui oblige l’adversaire à courir vers son propre but. Tottenham, avec un entraîneur obsédé par les circuits de passes verticaux, coche cette case.
Des chiffres qui bousculent la hiérarchie offensive de Tottenham
Les données Opta pour la Premier League 2025-2026 confirment l’intuition. Par 90 minutes, Marmoush surclasse Dominic Solanke et Richarlison dans la plupart des indicateurs offensifs, sauf dans les duels aériens.
- 0,77 buts et passes décisives cumulés,
- 3,86 tirs,
- 1,55 occasions créées,
- 5,67 conduites de balle progressives,
- 1,29 dribbles réussis,
- 6,82 touches dans la surface,
- 11,46 appels en profondeur.
Ces chiffres dessinent un profil différent de ce que Tottenham aligne aujourd’hui. Marmoush porte le ballon, provoque, crée ses propres angles de tir. Contre des blocs bas, souvent la bête noire des équipes de possession, ce type de joueur devient une clé. Une percée, un dribble, un appel bien senti, et le verrou saute.
Onuoha insiste : tout est affaire d’adéquation entre un joueur et une idée de jeu. La capacité de Marmoush à attaquer la profondeur tout en participant au jeu combiné pourrait devenir un levier majeur pour Tottenham. Sous De Zerbi, les ballons joués dans le dos de la défense ne manqueront pas. Les adversaires, eux, devront reculer. Encore et encore.
Un duo possible avec Solanke, plus complémentaire que concurrent
L’arrivée de Marmoush ne condamne pas forcément Solanke. Au contraire, son habitude de jouer avec un autre attaquant ouvre la voie à un duo plutôt qu’à un choix tranché.
Solanke apporte le poids physique, l’impact dans les duels, la capacité à fixer les défenseurs. Marmoush, lui, aime dézoner, s’écarter, plonger entre les lignes avant de surgir dans l’espace libéré par le pressing adverse. Les deux profils se répondent plus qu’ils ne se chevauchent.
Onuoha imagine déjà la séquence type : le gardien joue au sol sur Solanke, qui vient au contact. Marmoush arrive lancé derrière lui pour recevoir, se retourner, lancer l’attaque. Deux gestes, et la première vague offensive est déclenchée. « Chacun peut compléter l’autre », résume-t-il. Un système à deux attaquants pourrait même révéler davantage encore les forces de l’Égyptien.
De Frankfurt à City, Marmoush a prouvé qu’il pouvait marquer, créer, frapper sur coup franc et peser dans les grands rendez-vous, malgré la cicatrice de Wembley. Tottenham lui offre désormais autre chose : un rôle central, un entraîneur taillé pour son profil, et un système qui valorise les appels tranchants plus que les noms sur le papier.
La question n’est plus de savoir s’il a le talent. Elle est simple, brutale : la Premier League est-elle prête à subir, semaine après semaine, un attaquant lancé pleine vitesse dans son dos ?




