Une nuit marquante à Mexico pour Thomas Tuchel
Il y a des soirs qui ne vous lâchent plus. Celui-là, au Mexique, restera pour Thomas Tuchel comme une cicatrice heureuse. Une victoire 3-2 en phase à élimination directe, à dix contre les co-organisateurs du tournoi, dans une Mexico City en fusion. Un match qui déborde, un contexte hostile, une équipe au bord de la rupture… et qui finit par passer.
Tuchel, emporté par la folie de l’instant, a senti qu’il vivait quelque chose qui dépassait le simple résultat. Au point d’en regretter presque un geste manqué. « J’ai envoyé un message à un ami après le match et j’ai juste écrit : “Je regrette de ne pas avoir mangé un peu d’herbe après le match pour garder quelque chose de ça dans mon corps pour toujours.” C’était ce que je ressentais. C’était ce moment-là », a-t-il confié.
Cette image dit tout : l’envie de garder physiquement une trace de cette soirée, comme si la mémoire ne suffisait pas.
Une célébration qui tourne au choc
La magie ne s’est pas limitée aux 90 minutes plus la tension du temps additionnel. Elle a débordé jusque dans les célébrations. Et c’est là qu’un autre symbole est né.
Jordan Henderson, emporté par la liesse, chute par-dessus une barrière publicitaire. Il se brise le bras. Un instant de sidération. Mais ce qui frappe Tuchel, ce n’est pas la blessure, c’est la réaction.
Dans un entretien officiel de la FA avec Daniel Sturridge, le sélectionneur raconte : « Ce match avait tellement de tout ce que vous pouvez souhaiter. Si vous aviez besoin d’une preuve de ce que ça signifiait pour ces joueurs et de la manière dont ils étaient les uns avec les autres, c’était le moment où Jordan est tombé et s’est cassé le bras. En une seconde, les joueurs étaient là. Chaque joueur a arrêté de célébrer, ils ont formé un bouclier, ils ont protégé Jordan – personne ne bougeait, en pleine empathie. C’était tout simplement spécial. »
La fête s’est figée, le groupe s’est resserré. Un cercle humain, instinctif, protecteur. Ce n’était plus une équipe en train de célébrer une qualification. C’était un vestiaire entier en train de se révéler.
Un vestiaire qui devient une famille
De cette nuit-là, Tuchel ne garde pas seulement un score ou une qualification. Il parle de lien, de bascule émotionnelle. « Ça a créé un énorme lien avec ces joueurs. J’ai l’impression que ce sont mes joueurs maintenant. C’est ça, la beauté. Vous vivez des succès et des moments douloureux ensemble, vous passez tellement de temps ensemble et, au final, vous créez un lien naturel. Je suis heureux de les voir. Heureux de les challenger, heureux de les pousser, et très fier de faire partie de ça. »
Le mot revient sans cesse : lien. Ce que d’autres appellent “groupe”, lui le décrit comme une appartenance réciproque. Ces joueurs sont les siens, et il se sait désormais, lui aussi, un peu des leurs.
Cette alchimie, forgée loin de chez eux, au cœur d’un tournoi en terrain presque ennemi, devient la base de tout ce qui arrive. Une fondation émotionnelle avant d’être tactique. Et déjà, l’ombre d’Euro 2028 se dessine à l’horizon.
Après les États-Unis, cap sur l’Europe
Tuchel ne se contente pas de savourer. Il projette. Il parle de cycle, de marches gravies, de cap franchi. « Je suis très excité. Je pense que nous avons fait un pas de plus et que nous y sommes. C’est très difficile de préparer une Coupe du monde aux États-Unis, mais je pense qu’il est possible de préparer un Euro, et nous nous préparons en Nations League Tier One. »
Les chiffres de la campagne américaine servent de socle : dix matchs, huit victoires, un nul, une défaite « douloureuse ». Une série qui, pour lui, n’appelle ni excuses ni regrets. « L’objectif est d’avoir encore dix matchs. Nous avons eu dix matchs aux États-Unis – huit victoires, un nul, une défaite douloureuse. C’est quelque chose sur lequel construire. Nous avons tous le droit de garder la tête haute et d’aborder les prochains défis avec courage et positivité. Nous avons quatre matchs de Nations League qui arrivent, et c’est là que se trouve le focus. »
Une nuit à Mexico, un bras cassé, un groupe soudé, un sélectionneur habité par l’idée de garder un brin d’herbe en lui pour toujours. La campagne suivante ne partira pas de zéro. Elle partira de cette pelouse-là, de cette folie-là. Et la question, désormais, n’est plus de savoir si ce groupe a un cœur, mais jusqu’où ce cœur peut le mener quand Euro 2028 s’ouvrira enfin.




