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Norvège au Mondial : au-delà d'Erling Haaland

On croit souvent connaître cette Norvège-là. Un géant blond devant, une pluie de centres et l’espoir qu’Erling Haaland règle tout. C’est réducteur. Derrière le buteur de Manchester City se cache une armée de joueurs en pleine ascension, un sélectionneur qui ose bousculer les codes et une idée fixe : prouver, sur la plus grande scène, que ce pays ne se résume plus à la nostalgie de 1998.

Des ailes jeunes… et déjà décisives

Sur les côtés, Ståle Solbakken ne manque ni de talent ni d’audace. À gauche, Antonio Nusa s’est imposé comme une évidence. À 21 ans, l’ailier du RB Leipzig joue déjà comme un vétéran : dribbles en douceur, changements de rythme tranchants, capacité à effacer son vis-à-vis sans forcer. Les chiffres confirment les sensations : six contributions décisives en six matches de qualification, avec un but et une passe lors du 3-0 face à l’Italie, puis encore décisif dans le 4-1 du retour. Quand il prend de la vitesse, les défenses reculent.

Derrière lui, Andreas Schjelderup attend son heure. Le joueur de Benfica sort d’une deuxième partie de saison impressionnante sous les ordres de José Mourinho : dix buts et passes décisives cumulés en quatorze matches de championnat, plus un doublé contre le Real Madrid en Ligue des champions en janvier. À 22 ans, il n’a pas encore le statut de titulaire indiscutable, mais tout indique qu’il est appelé à changer de dimension. La Coupe du monde pourrait servir de tremplin.

Le couloir droit raconte une autre histoire, plus atypique. Alexander Sørloth, avant-centre de métier, y est régulièrement décalé malgré son 1,96 m. Sur le papier, c’est un non-sens. Sur le terrain, c’est une arme. L’attaquant de l’Atlético de Madrid part du côté, mais rentre systématiquement dans l’axe dès que la Norvège a le ballon. Résultat : huit contributions décisives en huit matches de qualification. Il fixe, il occupe les centraux, il libère le couloir pour un autre homme.

Oscar Bobb offre une alternative plus classique sur cette aile. Le joueur de Fulham a démarré prudemment sa vie à Craven Cottage, mais reste une option fiable pour apporter du liant et de la créativité. Jens Petter Hauge, lui, revient de loin : absent des qualifications, il a gagné sa place grâce à ses performances avec Bodo/Glimt, notamment lors de victoires retentissantes en Ligue des champions face à Man City et à l’Inter. Solbakken n’oublie pas ceux qui brillent quand le niveau s’élève.

Odegaard, cerveau d’une ligne de force

Si Haaland incarne la force brute, Martin Ødegaard est la boussole. Le capitaine d’Arsenal dirige un milieu de terrain qui n’a plus rien d’un parent pauvre. Autour de lui, Sander Berge (Fulham), solide sentinelle, et Fredrik Aursnes (Benfica), relayeur infatigable, apportent équilibre, volume de course et expérience du très haut niveau.

Le cas Aursnes illustre bien l’état d’esprit de cette sélection. À 30 ans, il avait pris sa retraite internationale il y a deux ans, expliquant vouloir « avoir plus de temps et de liberté pour d’autres choses que le football ». En février, il a fait machine arrière. Sans avoir disputé la moindre minute en qualification, il s’est imposé comme candidat sérieux à une place de titulaire pour la Coupe du monde. Sa lecture du jeu et sa polyvalence ont convaincu Solbakken de l’intégrer au cœur du projet.

La profondeur ne s’arrête pas là. Patrick Berg, capitaine élégant de Bodo/Glimt, et le duo basé en Italie, Kristian Thorstvedt et Morten Thorsby, offrent des profils complémentaires, capables de durcir le ton ou de relancer proprement selon le scénario.

Tout tourne pourtant autour d’Ødegaard. On lui reproche parfois, en club, de disparaître par séquences. Sous le maillot norvégien, c’est une autre histoire. Malgré une saison marquée par les blessures et trois matches de qualification manqués, le meneur de jeu a distribué sept passes décisives, dont un triplé face à Israël. Personne n’a fait mieux en Europe sur cette campagne.

Son rôle au Mondial sera central : connecter les ailiers, alimenter Haaland dans l’axe, exploiter les appels de Sørloth et les montées des latéraux. S’il joue juste en Amérique du Nord, la Norvège peut bousculer n’importe qui.

Haaland au centre, mais des solutions partout

Personne n’imagine une Norvège sans Haaland. L’attaquant de City est programmé pour débuter chaque match et avaler chaque minute. Pourtant, si le pire arrivait, Solbakken ne se retrouverait pas démuni.

Sørloth est le premier relais. Son bilan en sélection est solide, et il débarque au tournoi après une saison à 20 buts avec l’Atlético Madrid, alors même qu’il n’était pas systématiquement titulaire. Solbakken ne tarit pas d’éloges sur lui : puissance, loyauté, capacité à jouer partout sur le front de l’attaque, menace permanente à la finition comme à la dernière passe. Et surtout, un travail défensif qui permet à l’équipe de respirer.

Jørgen Strand Larsen complète ce secteur. L’attaquant de Crystal Palace a rapidement conquis la Premier League depuis son arrivée en 2024. Il arrive lancé : un doublé en amical contre la Suède pour se mettre en jambes, un but contre l’Italie en qualification pour rappeler qu’il sait frapper au bon moment. Même avec Haaland sur le terrain, il pourrait grappiller beaucoup de minutes, Sørloth étant souvent utilisé sur un côté.

L’arme secrète : un latéral qui joue comme un ailier

C’est là que le plan de Solbakken prend une tournure vraiment singulière. Si un avant-centre de 1,96 m se retrouve à partir d’un côté, ce n’est pas par fantaisie. C’est pour ouvrir l’autoroute à Julian Ryerson.

Le latéral droit du Borussia Dortmund est, de loin, la plus grande menace norvégienne depuis les ailes. Quand la Norvège a le ballon, Sørloth se recentre, attire les défenseurs, et Ryerson déboule dans l’espace libéré. Une fois lancé, il sait exactement quoi faire : centres tendus, ballons coupés en retrait, corners millimétrés. Sa saison 2025-26 en Bundesliga parle pour lui : 18 passes décisives, un chiffre tout simplement dément pour un latéral.

Cette mécanique est redoutable. Haaland dans l’axe, Sørloth en pointe bis, des milieux capables de se projeter, et Ryerson pour servir tout ce petit monde. Sur coups de pied arrêtés, le danger se décuple encore : une bonne partie de ses passes décisives viennent de corners ou de coups francs. Les adversaires qui se concentreront uniquement sur Haaland risquent de se faire surprendre par le numéro 2 norvégien.

Un retour sur la grande scène, sans complexe mais lucide

Vingt-huit ans que la Norvège attendait ça. Vingt-huit ans à regarder les Coupes du monde depuis le canapé, à se souvenir de 1998 et des exploits passés. Quand la qualification a été validée, 50 000 personnes ont bravé les -4 degrés un lundi pour accueillir l’équipe. Ce n’est pas un détail, c’est un signal : le pays entier était prêt.

Solbakken, lui, refuse de vendre du rêve à crédit. Le tirage les a placés dans ce qu’on appelle déjà le « groupe de la mort », avec la France, le Sénégal et l’Irak. Le sélectionneur assume une position claire : sa Norvège peut battre plus fort qu’elle sur un match, mais il ne la présente pas comme un outsider pour le titre. L’objectif est plus terre à terre, et sans doute plus dangereux pour les adversaires : être assez organisée, assez disciplinée et assez tranchante pour sortir de ce groupe infernal.

Ce Mondial doit servir de vitrine. Montrer une Norvège offensive, ambitieuse, portée par des individualités fortes qui travaillent les unes pour les autres. Un football différent de celui des générations précédentes, moins prudent, plus affirmé.

Le rêve de Solbakken, il le garde pour lui. Mais tout est là, en filigrane : un buteur qui affole les compteurs, un capitaine qui dicte le tempo, un latéral qui joue comme un meneur excentré, une génération qui n’a pas peur des grands noms.

Dans un groupe où chaque point comptera, une question flotte déjà : qui osera encore parler seulement de Haaland si la Norvège trouve la bonne soirée pour renverser un géant ?