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Noni Madueke et l'Angleterre en quête d'histoire

Noni Madueke, l’insouciance assumée d’une Angleterre en quête d’histoire

À 22 ans, Noni Madueke vit ce dont il rêvait enfant : un premier Mondial, un maillot d’Angleterre sur le dos, un hymne repris à pleins poumons. Mais dans son regard, il n’y a ni satisfaction ni contemplation. Il y a de l’appétit. Beaucoup d’appétit.

Mercredi, à 17h heure britannique, l’ailier d’Arsenal abordera le huitième de finale face à la RD Congo avec une idée fixe : aider l’Angleterre à décrocher un premier grand titre depuis soixante ans. Rien que ça.

« Tu es là pour une raison »

Face aux médias, la veille du match, Madueke n’a pas cherché à minimiser l’instant.

« C’est un rêve devenu réalité de disputer la Coupe du monde », a-t-il lâché, reconnaissant, avant de rapidement basculer sur la suite. La phase de groupes ? Objectif atteint. Place maintenant au vrai tournoi, celui où la moindre erreur renvoie à la maison.

Pour lui, c’est précisément là que tout commence.

Il parle de « confiance excessive » dans ses qualités. Pas de fausse modestie, pas de discours lisse. « Tu joues pour ton pays sur la plus grande scène et tu dois avoir cette confiance extrême en ton talent. Le football à élimination directe, c’est là que ça se passe. À la fin, sur le terrain, avec tes coéquipiers, c’est à toi de délivrer. »

Le message est clair : il ne se voit pas comme un figurant d’un effectif XXL, mais comme un acteur capable de faire basculer une rencontre.

Un mur congolais en face

Sur la route des Anglais se dresse une RD Congo compacte, disciplinée, prête à souffrir sans ballon. Un scénario que Madueke connaît déjà. Le souvenir du nul vierge face au Ghana plane encore sur le parcours anglais, comme un avertissement.

Il ne s’en cache pas : ce genre d’adversaire peut transformer un match en casse-tête.

« Chaque équipe a des difficultés quand l’adversaire se replie avec onze joueurs dans 30 mètres d’espace. Ce n’est pas simple à percer. On a vu d’autres grandes nations galérer aussi. Ça fait partie du football aujourd’hui. »

Contre l’Angleterre, les Congolais devraient assumer un plan très prudent. Madueke s’y attend, et il ne le prend pas comme un manque d’ambition, mais comme une marque de respect.

« Quand tu joues l’Angleterre, naturellement tu vas avoir une approche défensive à cause de la qualité de notre équipe. Je m’attends à un match difficile, c’est sûr. À ce stade de la Coupe du monde, tu ne peux prendre personne de haut. Ils auront leurs forces, leurs qualités. Le match sera compliqué et on sera prêts dès le coup d’envoi. »

Pas de discours triomphaliste, mais une lucidité froide : la moindre baisse de régime, et le rêve peut se fissurer.

Tuchel, la profondeur et la pression permanente

S’il y a bien un secteur où l’Angleterre semble armée jusqu’aux dents, c’est l’attaque. Thomas Tuchel n’a pas hésité à piocher dans son banc pendant la phase de groupes, faisant tourner les talents offensifs comme un chef d’orchestre sûr de ses cordes.

Madueke a déjà goûté aux deux rôles : titulaire à deux reprises, remplaçant une fois. Une gestion qui ne le dérange pas, au contraire. Elle l’oblige.

« Tu dois toujours être au plus haut niveau, parce que tu sais qu’il y a un top joueur juste derrière toi, prêt à te passer devant », explique-t-il. Pour lui, cette concurrence n’est pas un poids, mais un aiguillon.

Il le rappelle avec une évidence presque brutale : « Quand tu joues pour Arsenal et l’Angleterre, tu n’as pas vraiment besoin de quelqu’un d’autre pour te pousser, tu sais que l’exigence, c’est le très haut niveau. »

Chaque entraînement devient un test. Chaque minute de jeu, un argument à déposer sur le bureau de Tuchel.

Duel à distance avec Bukayo Saka

Comme en club, Madueke partage son couloir avec un concurrent qu’il connaît par cœur : Bukayo Saka. Même poste, même ambition, même club. Sur le papier, la situation pourrait tendre les relations. Dans les faits, elle les renforce.

« Normalement, ça devrait être un peu étrange, mais ça ne l’est pas », assure-t-il. Entre les deux, la rivalité reste sportive. « On veut le meilleur l’un pour l’autre quand on joue, parce que si lui joue bien, si je joue bien, alors Arsenal et l’Angleterre ont plus de chances de gagner. »

Cette logique du gagnant-gagnant résume bien l’état d’esprit de ce groupe anglais : la performance individuelle n’a de valeur que si elle nourrit la dynamique collective.

Et cette dynamique, les deux hommes l’ont déjà portée cette saison en club, avec un titre de Premier League dans la poche. Un détail qui compte quand on arrive dans un tournoi où la pression ne laisse aucun répit.

« C’est génial de pouvoir emmener ce sentiment de victoire dans une compétition aussi grande et importante que la Coupe du monde. Ça te remplit de confiance », confie Madueke.

La confiance, encore. Mais cette fois, adossée à un vécu concret, à un vestiaire habitué à jouer pour des trophées.

Le clin d’œil brésilien

Pendant que Madueke répondait aux questions, un autre ailier d’Arsenal faisait parler de lui à des milliers de kilomètres : Gabriel Martinelli. Un but tardif, un succès arraché pour le Brésil, et un fil invisible qui relie les vestiaires des sélections à celui de Londres.

La nouvelle lui a été soufflée en pleine conférence de presse. Le sourire est venu tout seul.

« Bien sûr, je suis content pour lui », a-t-il réagi. Puis, dans un éclat de franchise : « J’espère qu’il va continuer à très bien faire, sauf si on les joue ! »

Une phrase lâchée avec légèreté, mais qui dit beaucoup. Les amitiés de club s’effacent dès que les hymnes retentissent. Sur cette Coupe du monde, les ailiers d’Arsenal peuvent se croiser, s’éviter, ou s’éliminer. Et Madueke n’a aucune intention de laisser la lumière aux autres.

Mercredi, face à la RD Congo, il n’y aura ni Martinelli, ni Saka pour lui disputer le couloir si Tuchel lui fait confiance. Il y aura un stade, un pays derrière lui, un mur défensif à faire tomber, et une opportunité : prouver que ce premier Mondial n’est pas seulement un rêve d’enfant réalisé, mais le début d’une conquête bien plus grande.