Nick Powell : de la retraite à la renaissance à Bradford City
À Bradford, Nick Powell est passé à deux doigts d’éteindre la lumière. En janvier dernier, à 31 ans, l’attaquant songeait sérieusement à tout arrêter. Aujourd’hui, il empile les entrées en jeu, les buts et… les années qu’il veut encore offrir au jeu.
D’un hiver noir à un nouveau contrat
Son aveu est brutal, sans fard. « J’allais prendre ma retraite en janvier, c’était une période sombre pour moi », a-t-il confié à BBC Radio Leeds. Plus de match entre septembre et avril, un avenir bouché, la question qui tourne en boucle : a-t-il encore envie de continuer ?
Powell est alors au bout du rouleau. Il ne voit « pas de futur ici » et se demande s’il veut vraiment s’acharner. Mais il serre les dents. Il « s’y remet », revient dans le groupe en fin de saison, enchaîne une préparation complète, gagne un nouveau contrat et, avec lui, quelque chose de plus précieux encore : le plaisir.
« Je profite pleinement. Je veux encore des années », lâche-t-il. Le discours n’a plus rien à voir avec celui d’un joueur au bord du gouffre il y a quelques mois.
Super-sub assumé chez le leader
Arrivé à Bradford City l’été dernier sur un contrat d’un an, l’ancien de Manchester United vit aujourd’hui une drôle de renaissance. Cette saison, il est entré en jeu lors des 11 rencontres de son équipe. Toujours remplaçant, jamais anodin.
Il a déjà marqué quatre fois en sortant du banc en championnat pour les leaders de League One. Et mardi, il a signé un doublé lors de la victoire 2-1 en EFL Trophy contre les U21 de Newcastle. Une nouvelle démonstration de son impact.
Son statut ? Il l’accepte. Mieux, il le revendique. « Tant que je peux aider l’équipe, entrer et faire ce que je sais faire, je suis heureux », explique-t-il. Il a même confié à son entraîneur son obsession du moment : enchaîner les matchs avant de ranger les crampons.
« L’une des grandes choses que j’ai dites au coach hier, c’est que je veux jouer le plus de matchs possible avant de prendre ma retraite. Donc si je dois jouer 50 matchs comme remplaçant cette saison, je serai plus qu’heureux. Je crois vraiment que je peux changer un match en 30 minutes. »
Il ne se raconte pas d’histoires : la frustration reviendra, l’envie de débuter aussi. Mais il sait où s’arrête son pouvoir. « Si le coach dit “non, ça fonctionne comme ça” ou “voilà ce que je pense”, c’est son rôle. »
Graham Alexander, lui, a déjà prévenu : Powell « ne sera pas toujours remplaçant » et il salue sa capacité à faire basculer les rencontres. Une promesse plus qu’un simple compliment.
De Crewe à Manchester, puis la longue route
La trajectoire de Powell n’a jamais été linéaire. Formé à Crewe Alexandra, lancé en équipe première à 16 ans contre Cheltenham en août 2010, il devient très vite l’un des grands espoirs du football anglais. Manchester United le recrute à l’été 2012. Il marque dès son premier match de Premier League, contre Wigan, ce même mois d’août.
La suite n’a pourtant rien d’un conte de fées. Il ne disputera que deux autres rencontres de championnat avec les Red Devils. Les prêts s’enchaînent : Wigan, Leicester, Hull City. En 2016, il rejoint définitivement Wigan, puis connaît des passages à Stoke City et Stockport County.
En août, à 32 ans, il signe un nouveau contrat d’un an avec Bradford City. Une prolongation qui ressemble presque à un bonus au regard des doutes qui l’assaillaient encore en début d’année.
Le corps, les erreurs et la lucidité
Powell ne se cache pas derrière la malchance. Ses pépins physiques, il les assume aussi comme le résultat de mauvais choix. « Je n’ai probablement pas pris soin de mon corps au milieu de ma carrière et au début non plus, ce qui a eu un énorme impact sur moi aujourd’hui », reconnaît-il.
La phrase est dure, mais elle résume bien son regard sur son parcours : « Je suis ce que je suis à cause de ce que je n’ai pas fait, mais on ne peut pas s’attarder là-dessus. »
Alors il avance. Sans s’accrocher à une date de fin précise. « Si je termine à 33 ou 35 ans, c’est comme ça. » Ce qui compte désormais, c’est l’instant. Chaque minute, chaque entrée en jeu, chaque ballon.
« Ma perspective a changé il y a longtemps et je profite de chaque seconde où je joue. Que ce soit comme remplaçant ou titulaire, je savoure chaque moment. »
Il y a quelques mois, Nick Powell regardait le vide. Aujourd’hui, il regarde le banc, puis le terrain, avec la certitude qu’en une demi-heure, il peut tout changer. Pour un joueur qui pensait avoir tout perdu, ce n’est plus seulement une carrière prolongée. C’est une deuxième vie.




