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Newcastle : Mourinho ou Eddie Howe, le dilemme du style

À Newcastle, le nom de José Mourinho ne laisse jamais indifférent. Surtout quand le club glisse dans le bas de tableau après avoir goûté aux soirées de Ligue des champions et soulevé une première coupe nationale en 70 ans avec la Carabao Cup 2025. La pression monte sur Eddie Howe, et les rumeurs renvoient aussitôt vers l’un des entraîneurs les plus polarisants de sa génération.

Mourinho, le gagnant qui ne promet rien de beau

À 63 ans, le Portugais traîne derrière lui un palmarès que peu peuvent approcher : titres de Premier League, Ligue des champions, trophées à la pelle. Chez lui, tout converge vers une seule obsession : gagner. Le reste, la manière, le style, l’esthétique, passe après. Dans un métier où tout se juge en points et en coupes, il assume pleinement cette ligne de conduite.

C’est justement là que le débat s’enflamme à Tyneside.

Chris Waddle, ancienne idole de St James’ Park, ne remet pas en cause le niveau du technicien. Au contraire. Il rappelle que Mourinho « a presque tout gagné » et qu’il reste une référence sur le banc. Aujourd’hui à Benfica, dans un championnat dominé traditionnellement par trois clubs, son équipe est attendue en haut du classement. Son nom circule aussi autour du Real Madrid. Le prestige, lui, ne s’est jamais vraiment évaporé.

Mais Waddle ne contourne pas le sujet qui fâche : le style.

Pour lui, Newcastle ne peut pas se contenter de victoires sans spectacle. Le public veut vibrer, attaquer, se lever de son siège. Et ce n’est pas ce que Mourinho a offert, globalement, au fil de sa carrière. « Sur les années, ce n’est pas un entraîneur spectaculaire », résume en substance l’ancien milieu offensif.

Le constat est simple : si Mourinho arrive, finit dans le top 4 et reste en course dans les coupes, tout le monde applaudira. Si les résultats ne suivent pas, la critique ne tardera pas à viser le jeu : trop défensif, trop terne, trop ennuyeux. L’exemple de Tottenham sert d’avertissement. Le club londonien l’a tenté, a reconnu son talent, mais a vite jugé que sa philosophie ne collait pas à l’ADN offensif attendu par les supporters. Résultat : séparation.

Au fond, Waddle pose la vraie question : que veut Newcastle ? Des trophées à tout prix ou un football flamboyant ? Certains clubs, comme Tottenham ou Newcastle, exigent les deux. Et Mourinho, aussi brillant soit-il, n’a jamais été le garant d’un football séduisant.

Eddie Howe, le gardien d’une certaine idée de Newcastle

Pendant que le nom de Mourinho circule, Eddie Howe, lui, encaisse les critiques. En poste depuis novembre 2021, il a ramené Newcastle sur le devant de la scène, relancé l’enthousiasme, offert au club une coupe longtemps attendue et des soirées européennes face aux cadors du continent.

Pour Waddle, l’idée de le voir déjà fragilisé a quelque chose d’illogique. Il insiste : à Newcastle, l’histoire raconte un football porté vers l’avant. Dans les années 80, avec Arthur Cox, l’équipe avançait sur le front du jeu. Avec Kevin Keegan, la montée puis le retour du “Messiah” ont reposé sur la même promesse : attaquer, encore et toujours, parce que c’est ce que réclame le public de St James’ Park.

Howe, selon Waddle, s’inscrit dans cette lignée. « Il joue à la manière de Newcastle », glisse-t-il, tout en concédant que cette “manière” reste difficile à définir autrement que par l’envie d’aller de l’avant. Les supporters, eux, savent reconnaître ceux qui s’en écartent : plusieurs entraîneurs, ces dernières décennies, n’ont jamais été pleinement adoptés en raison de leur approche jugée trop prudente.

Le problème actuel ne tient pas seulement au banc. La Ligue des champions a pesé lourd sur un effectif limité. Waddle rappelle que l’histoire se répète : dès que Newcastle se hisse au plus haut niveau européen, la forme en championnat s’effrite. La saison l’a encore prouvé. Les mêmes joueurs sont sollicités sans répit, les blessures s’enchaînent, la fraîcheur disparaît.

Un effectif à reconstruire, plus qu’un banc à renverser

Pour l’ancien international, la priorité est claire : Howe a besoin de soutien, pas d’un ultimatum. Il parle d’un vestiaire usé, de joueurs qui semblent ne plus avoir envie d’être là. Le diagnostic est tranchant : il faut « faire le ménage » et injecter du sang neuf.

Waddle chiffre même ce renouvellement : cinq ou six recrues au minimum pour redonner du rythme, de la concurrence, de l’envie à ce groupe. Sans cette vague de renforts, difficile d’imaginer Newcastle tenir la cadence imposée par les ambitions du projet et les exigences de la Premier League.

Dans ce contexte, l’idée de sacrifier Howe pour un choc de prestige sur le banc interroge. Changer d’entraîneur, ou changer d’équipe ? Miser sur un style conforme à l’âme du club, ou confier les clés à un spécialiste des résultats, au risque de fracturer le lien avec les tribunes ?

La question dépasse les noms. Elle touche à l’identité même de Newcastle. Et c’est là que le choix deviendra décisif : accepter les zones d’ombre d’un pragmatique comme Mourinho pour accélérer la quête de trophées, ou renforcer Eddie Howe pour voir jusqu’où peut aller ce Newcastle “à la Newcastle”, avec un effectif enfin à la hauteur de ses ambitions.

Newcastle : Mourinho ou Eddie Howe, le dilemme du style