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Mohamed Salah, nouveau roi de Trabzonspor

La scène disait tout. Mercredi, en fin de journée, la porte de l’aéroport de Trabzon s’ouvre, et Mohamed Salah apparaît déjà vêtu du maillot de Trabzonspor. Devant lui, une marée humaine. Des milliers de supporters compressés derrière les barrières, fumigènes, chants, drapeaux violets et bordeaux qui s’agitent comme si un titre venait d’être remporté. En réalité, pour ce club de la mer Noire, c’est presque le cas.

Le lendemain, l’officialisation tombe : Salah a signé un contrat de deux ans avec Trabzonspor. Libre après son départ de Liverpool cet été, l’Égyptien de 34 ans choisit la Turquie pour écrire le prochain chapitre d’une carrière déjà monumentale. Le suspense mondial autour de son avenir s’éteint d’un coup, remplacé par l’excitation brute d’un stade et d’une ville qui se sentent soudain au centre de l’Europe du football.

Fin d’une ère à Liverpool, naissance d’un pari turc

Avec ce transfert, une page se tourne définitivement sur la Mersey. Neuf ans à Liverpool, un règne qui l’a installé parmi les attaquants les plus prolifiques de l’histoire de la Premier League. Les chiffres claquent : 257 buts, 123 passes décisives en 442 matchs, toutes compétitions confondues. Deux titres de Premier League, une Ligue des champions, une FA Cup, une Carabao Cup. Une trace indélébile laissée à Anfield.

La dernière saison, pourtant, avait un goût amer. Liverpool a glissé au classement, Salah aussi. Seulement sept buts en championnat en 27 apparitions, pour la première fois loin des standards qui avaient fait de lui une machine à marquer. Pas de barre symbolique des dix buts franchie, une anomalie dans son parcours anglais.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Sous le maillot de l’Égypte, il reste le phare. Capitaine, leader, visage de toute une sélection. Il vient encore de mener son pays jusqu’en huitièmes de finale des qualifications pour la Coupe du monde 2026, avant de céder 3-2 face à l’Argentine, championne du monde en titre, après avoir mené de deux buts. Même dans la défaite, son influence reste centrale.

Un accueil de rockstar sur la mer Noire

À Trabzon, on ne l’attendait pas. On le réclamait. On l’implorait presque. L’accueil réservé à Salah mercredi soir a pris des airs de scène de concert. Le joueur, visiblement touché, a pris la mesure de ce qui l’attendait.

Lors de la cérémonie improvisée devant cette foule compacte, il n’a pas tardé à fixer le ton. Il parle d’« environnement incroyable », répète qu’il n’a « jamais vu quelque chose comme ça ». Il regarde les tribunes improvisées, les 25 000 personnes venues le saluer, et insiste : il veut « réussir à Trabzonspor » comme il l’a fait partout ailleurs. Le message est clair : il ne vient pas en préretraite, il vient pour gagner.

Le club, lui, savoure son coup. Un agent libre de ce calibre, à ce moment de sa carrière, c’est une opportunité rarissime. Trabzonspor officialise fièrement, puis annonce la grande présentation de sa nouvelle star ce jeudi soir, à 19h30, dans un Papara Park plein à craquer, 41 000 places prêtes à vibrer.

Trabzonspor change de dimension

Sportivement, l’arrivée de Salah s’inscrit dans une dynamique déjà solide. Trabzonspor sort d’une saison aboutie : troisième de Süper Lig, à seulement huit points du champion Galatasaray, et vainqueur de la Coupe de Turquie. Une base compétitive, un groupe rodé, un club qui s’est remis dans le sens de la marche après son titre de 2021-2022.

Dans ce contexte, l’Égyptien ne vient pas comme une simple star marketing. Il est attendu comme le joueur capable de faire basculer les matchs, d’ajouter ce supplément de tranchant dans les soirées serrées, de transformer une bonne équipe en prétendante au titre. Son arrivée offre un coup de fouet monumental au vestiaire comme aux tribunes, au moment où Trabzonspor s’apprête à disputer la Ligue Europa.

Le calendrier européen donne à ce transfert une autre dimension. Face aux clubs du continent, l’expérience de Salah, ses campagnes de Ligue des champions, ses buts dans les grands rendez-vous, deviennent un atout majeur. Il connaît ces nuits-là. Il sait comment les dominer.

Une légende en quête d’un nouveau sommet

Reste la question sportive la plus intrigante : quel Salah Trabzonspor récupère-t-il ? Celui qui sort d’une saison en demi-teinte à Liverpool ou celui qui, sur la durée, a terrorisé les défenses d’Angleterre et d’Europe ? À 34 ans, l’Égyptien n’a plus la fraîcheur de ses premières années à Anfield, mais il garde son sens du but, sa lecture du jeu, sa capacité à décider d’un match en une action.

Le pari est clair pour toutes les parties. Pour Salah, c’est l’occasion de redevenir le centre absolu d’un projet, de porter un club sur ses épaules, de rallumer la machine à buts sous un autre maillot, dans une autre ambiance, avec une autre pression. Pour Trabzonspor, c’est la chance de capitaliser sur une légende encore affamée, dans un championnat où son talent peut faire la différence semaine après semaine.

Jeudi soir, quand Papara Park se remplira pour sa présentation officielle, une nouvelle histoire commencera. Les supporters de Trabzonspor espèrent qu’elle les mènera vers un premier titre de champion depuis 2021-2022. La question, désormais, est simple : Mohamed Salah peut-il, encore une fois, changer le destin d’un club à lui tout seul ?