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Messi et Mbappé : La question du but en finale

La veille du grand soir, le football ne se tait jamais. Il bavarde, il polémique, il plaisante. Il panse encore les plaies de l’Angleterre, il se projette déjà sur Messi contre Yamal, il débat même du poids d’un but en finale par rapport à un but dans un match pour la troisième place. Le Mondial touche à sa fin, mais la conversation, elle, s’emballe.

Messi, Mbappé et la question qui fâche

Kylian Mbappé et Lionel Messi sont à égalité en tête du classement des buteurs. Même nombre de buts, mais l’Argentin devance le Français grâce à une passe décisive de plus. De quoi nourrir un vieux débat : un but en finale doit‑il compter davantage qu’un but inscrit dans un match pour la troisième place ?

La question revient, presque philosophique. Dans les tribunes, sur les réseaux, dans les salons : que vaut vraiment un but quand la planète entière retient son souffle ? Les chiffres disent une chose, l’instinct en dit une autre. Le Soulier d’or, lui, reste insensible au contexte. Il additionne, il ne hiérarchise pas.

Rodri, renaissance au sommet

Au milieu de ce vacarme, une certitude : le tournoi de Rodri restera comme l’un des grands récits de ce Mondial. Longtemps, on a craint que son retour après une rupture du ligament croisé antérieur ne le laisse diminué, retenu par la peur plus que par l’adversaire. Il lui a fallu du temps pour refaire confiance à son corps, pour retrouver ce rythme de métronome qui écrase les matches.

Le voir aujourd’hui rayonner à ce niveau, c’est presque une victoire médicale et mentale autant que sportive. Une suspicion flotte pourtant : et si ce Mondial avait été son dernier en tant que joueur de Manchester City ? La question est posée, la réponse appartiendra aux prochaines semaines.

Le temps qui passe, du baby-foot au Mondial

Le football se nourrit aussi de ces trajectoires parallèles, plus discrètes mais tout aussi parlantes. L’histoire de cet homme qui, adolescent, a délaissé le baby-foot pour les copines, le vin, les cigarettes et un job dans un casino, avant de quitter le Liban en guerre en 1986 pour s’installer à Manchester avec une épouse britannique, raconte autre chose : la manière dont le jeu s’invite partout.

Dans la cuisine familiale, un baby-foot. Plus tard, à la tête du Hard Rock Casino de la ville, une table installée pour les clients, avec un panneau : « Beat the manager ». Trente challengers chaque semaine. Il gagnait toujours. Le ballon, même miniature, ne le lâchait pas.

La fin du Mondial, ce vide annoncé

Pendant que les sélections peaufinent leurs derniers réglages, certains supporters regardent déjà plus loin. Ou plutôt, ils regardent le vide. Les nuits écourtées, les réveils à l’aube, les corps qui s’étaient calés sur les horaires du tournoi… tout cela va s’arrêter net.

Un lecteur résume ce sentiment : toute cette effervescence autour de la finale et, à une moindre échelle, du match pour la troisième place, est bien belle, mais que restera‑t‑il dans quelques jours, quand il n’y aura plus de rendez‑vous nocturnes avec le ballon ? Peut‑être un bon prétexte pour plonger dans les championnats sud‑américains ou la MLS. Quand le Mondial s’éteint, d’autres lumières s’allument.

Infantino vers un quatrième mandat

Pendant que le jeu occupe l’écran, la politique du football se joue en coulisses. Gianni Infantino dispose désormais du soutien formel de plus de 200 pays pour briguer un quatrième mandat à la tête de la FIFA lors du congrès de mars. Sur 211 fédérations membres, seules quelques‑unes n’ont pas encore envoyé leur lettre de soutien.

Parmi les réticents, quelques pays européens, dont l’Allemagne, figure de proue de cette petite fronde. Le climat reste chargé depuis la polémique autour de la levée de suspension de Folarin Balogun, mais les chiffres sont implacables : Infantino file vers une réélection écrasante.

Certains observateurs relativisent. Le football a survécu à Sepp Blatter, à Jack Warner, à Chuck Blazer. Il survivra à Gianni Infantino. Le pouvoir passe, le jeu reste.

Échos d’Europe et parfum de chaos

Loin des projecteurs du Mondial, les soirées européennes continuent d’offrir leur lot de drames miniatures. À Malte, NSÍ Runavík, club des Îles Féroé, a éliminé Hamrun Spartans sur un penalty à la 94e minute. Polémique immédiate, tension maximale, intervention de la police, carton rouge pour couronner le tout. Même sur les plus petites scènes, le football conserve le même goût pour l’excès.

Ailleurs, on exhume de vieux trésors. Un reportage de 1966 raconte une Argentine métamorphosée, délaissant son ADN défensif pour attaquer d’entrée à Villa Park, portée par un Artime irrésistible face à l’Espagne. Une autre époque, le même pays qui, soixante ans plus tard, court toujours derrière le même frisson.

Alexander-Arnold, nouveau chapitre avec Mourinho

Le club reprend doucement ses droits, mais certains acteurs sont déjà au carrefour des deux mondes. Trent Alexander-Arnold, arrivé au Real Madrid l’an passé en provenance de Liverpool, sort d’une première saison en Espagne abîmée par les blessures et une place de titulaire fluctuante.

Le départ de Dani Carvajal en mai lui ouvre un boulevard : celui du poste de latéral droit numéro un. Et le décor a encore changé avec le retour de José Mourinho sur le banc madrilène en juin, après une saison sans titre en Liga et une élimination en quart de finale de Ligue des champions.

Alexander-Arnold ne cache pas son enthousiasme. Il dit le plaisir de travailler avec un entraîneur qu’il a longtemps admiré, la dureté des séances, le niveau d’exigence, la promesse d’apprendre. À 27 ans, il parle de « poser des bases solides » pour une saison réussie. Le message est clair : il veut transformer cette opportunité en statut incontestable et aider le Real à soulever des trophées.

Angleterre : Tuchel reste, les doutes aussi

Pendant ce temps, en Angleterre, l’autopsie de l’échec continue. Thomas Tuchel restera en poste. Ses changements déroutants n’ont pas suffi à lui coûter sa place. Les joueurs, eux, auraient été déconcertés par certains choix tactiques lors de la défaite en demi-finale.

Un lecteur pointe une contradiction : Tuchel a été encensé tout au long du tournoi pour ses remplaçants « game changers ». Mais si chaque match bascule grâce aux entrants, c’est peut‑être que les onze de départ ne fonctionnent pas. Dans un football où cinq changements sont autorisés, les « finishers » font partie du plan. Mais encore faut‑il que le plan initial tienne la route.

L’Angleterre a atteint le dernier carré, mais a semblé la plus faible des quatre demi-finalistes. Peut‑être a‑t‑elle échappé à une humiliation face à l’Espagne en finale. Reste ce match pour la troisième place, qui ne passionne personne ou presque. Faut‑il tout donner pour la médaille de bronze ou distribuer du temps de jeu ? Certains imaginent déjà une mi‑temps pour chaque gardien, des minutes pour Ollie Watkins, Ivan Toney, Kobbie Mainoo. Une sorte de dernier laboratoire avant de refermer le dossier.

France, Argentine, politique et symboles

La finale, elle, attire bien au‑delà du cercle des passionnés. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez sera dans les tribunes pour voir son pays défier l’Argentine, tout comme le président américain Donald Trump, annoncé lui aussi au stade par la Maison Blanche. Le Mondial reste une scène géopolitique autant que sportive.

Les tensions ne sont jamais loin. Keir Starmer, chef du gouvernement britannique, soutient l’idée d’une enquête de la FIFA sur les joueurs argentins qui ont brandi une banderole affirmant la revendication de leur pays sur les îles Malouines après la victoire en demi-finale contre l’Angleterre. Le geste, symbolique, ravive des blessures historiques.

Sur le terrain, Cristian Romero incarne cette Argentine de combat. Sous le maillot blanc et bleu, il devient l’un de ces onze cœurs qui saignent, qui ne laissent ni un mètre ni un crampon au hasard. Aux côtés de Lisandro Martínez, il joue les durs, dernier rempart avant Emiliano Martínez. Hormis Lionel Messi et le gardien d’Aston Villa, Romero peut revendiquer le statut de joueur le plus constant de l’Albiceleste sur la route de cette troisième finale en quatre éditions.

Télé, gastronomie et grands adieux

Aux États‑Unis, le Mondial est aussi une affaire de spectacle télévisé. La couverture de Fox vit ses dernières heures de tournoi. Les figures de plateau s’apprêtent à disparaître de l’écran : Geoff Shreeves, Tom Rinaldi, ses mouchoirs de poche soigneusement pliés, ses envolées pseudo‑lyriques sur les ballons et les étoiles, le « Chef Nick » et ses extravagances culinaires – du corndog au kangourou au fufu chicken tikka masala – désormais bridées par une phase finale plus sage.

Même le « fan correspondant » Jameis Winston, constamment en sueur, surexcité, donnant parfois l’impression de subir une électrocution en direct au milieu d’un baptême, va quitter la scène. Le Mondial emporte tout, y compris ses seconds rôles les plus baroques.

Ancelotti, Scaloni et l’art de rester de marbre

Un lecteur pose une question presque esthétique : qui maîtrise le mieux l’art du non‑geste quand un but est inscrit à la 96e minute, Carlo Ancelotti ou Lionel Scaloni ? Leur impassibilité face à la folie ambiante fascine. Certains se revendiquent « ultras » d’Ancelotti, apôtres de ce sourcil levé qui vaut toutes les célébrations.

Sur le banc comme sur le terrain, tout se joue désormais à la marge. La finale opposera une équipe très forte à une équipe excellente. À chacun de décider qui est qui. Une chose est sûre : ce Mondial, avec ses débats sur la valeur d’un but, ses polémiques politiques, ses entraîneurs contestés, ses dirigeants reconduits, rappelle une vérité simple.

Le football ne s’arrête jamais vraiment. Il change de décor, de fuseau horaire, de costume. Il quitte le Mondial pour revenir aux clubs, glisse des nuits blanches vers les week‑ends de championnat. La vraie question, désormais, n’est pas de savoir qui soulèvera le trophée.

Elle est de savoir qui sera prêt à combler le silence dès que la dernière note de l’hymne aura retenti.