RDC Sport

McInnes et le renouveau des Rangers : promesse ou faux départ ?

La trêve a été courte, la révolution profonde. À peine le rideau tombé sur la saison dernière, Rangers a changé de visage, de patron et de capitaine. Vendredi soir, à Tannadice, Derek McInnes lance enfin sa version des Light Blues face à Dundee United, avec une question qui flotte au-dessus de Govan : aube nouvelle ou simple mirage de plus ?

Le décor est planté, la pression aussi.

Fernandez, la classe… et le risque

Au cœur de la nouvelle arrière-garde, un homme cristallise autant l’enthousiasme que l’inquiétude : Emmanuel “Manny” Fernandez. La saison passée, le grand défenseur central a illuminé Ibrox par sa sérénité balle au pied, sa capacité à ressortir proprement et sa menace permanente dans les deux surfaces.

Mais derrière le vernis, une fissure. Quelques absences de concentration, des prises de risque parfois inutiles, comme ces fameux crochets façon Cruyff dans sa propre zone, qui ont fait sursauter plus d’un supporter. Pour Scott McDermott, observateur averti, le “Rolls Royce” de la défense devra vite effacer ces fantaisies s’il ne veut pas découvrir le revers du caractère de McInnes.

Avec Ben Godfrey, prêté par Atalanta, attendu à ses côtés dans l’axe, Fernandez devient l’un des piliers d’une défense totalement remodelée. Pas de marge pour le dilettantisme : le nouveau manager n’a ni le temps ni l’envie de tolérer des erreurs évitables dans une saison où chaque point comptera.

Un mercato à l’écossaise : urgence permanente

Le chantier ne s’arrête évidemment pas derrière. Malgré une avalanche de recrues – au milieu notamment, où l’on a presque l’impression qu’un nouveau visage débarque chaque semaine – l’effectif reste incomplet à des postes clés.

Le fameux facteur X créatif manque toujours cruellement. La blessure à l’épaule de Thelo Aasgaard lors du dernier amical contre West Ham a rappelé la fragilité de l’édifice. Le Norvégien est finalement rétabli et devrait occuper un côté, avec Djeidi Gassama sur l’autre aile, mais la recherche de vrais ailiers de métier continue. Un remplaçant crédible pour Tuur Rommens au poste de latéral reste aussi à trouver.

C’est le casse-tête estival classique pour les clubs écossais. Les tours préliminaires européens arrivent tôt, l’argent qu’ils rapportent est vital, et les dirigeants doivent boucler un mercato express dès que la fenêtre s’ouvre. Pendant ce temps, les clubs des cinq grands championnats s’envolent en tournée, prennent leur temps, observent, et n’ont aucune urgence à foncer sur un profil à la Nico Raskin.

Même scénario pour le dossier Mikey Moore : Tottenham n’a aucune raison de le renvoyer à Govan avant de l’avoir jugé en préparation, tout en gardant un œil sur des cibles bien plus coûteuses comme Savinho. Les Écossais, eux, doivent composer avec cette asymétrie du marché. “C’est comme ça”, diront certains. Mais pour McInnes, c’est une contrainte à transformer en opportunité.

Naderi, l’autre carte offensive

Devant, tous les regards se tournent vers le nouveau capitaine, Lawrence Shankland. L’ancien de Hearts mènera l’équipe, mais McInnes doit aussi intégrer Youssef Chermiti dans son plan d’attaque. La solution semble trouvée : une double pointe, avec Shankland dans un rôle légèrement plus reculé.

Dans l’ombre de ce duo, un autre nom intrigue : Ryan Naderi. L’Allemand, recruté en janvier à prix fort en provenance de Hansa Rostock, avait démarré fort avant que les blessures ne coupent son élan. Grand, puissant, précieux dans les airs, il se distingue aussi par son travail sans ballon, cette habitude de harceler les défenseurs et de mener le pressing, qui rappelle par moments un Kenny Miller à côté d’un finisseur à la Kris Boyd.

Pour cette première, Naderi devrait débuter sur le banc, derrière Shankland et Chermiti. Mais il connaît déjà la voie des filets face à Dundee United, qu’il a fait trembler la saison passée. Si le match se tend ou s’étire, son entrée pourrait peser lourd.

Un milieu neuf, un gardien à 6 millions et des latéraux familiers

La métamorphose ne s’arrête pas à la ligne d’attaque. Dans les buts, Ivor Pandur, recruté pour 6 millions de livres, prend la succession de Jack Butland et devance Liam Kelly dans la hiérarchie. Un investissement fort, un message clair : Rangers veut un numéro 1 capable de tenir sur la durée.

Devant lui, Dujon Sterling et Tuur Rommens apportent un semblant de continuité sur les côtés, alors que l’axe se réinvente avec Godfrey et Fernandez. Sur le banc, le nouveau venu Olwethu Makhanya, arrivé de Philadelphia Union, devra patienter avant de prétendre à une place de titulaire.

Au milieu, Dan Neil, débarqué de Sunderland, et Cammy Devlin, ex-Hearts, formeront le cœur du moteur. Deux profils combatifs, capables de couvrir de grandes zones, qui devront rapidement convaincre un public exigeant. Mohamed Diomande pourrait être utilisé sur le flanc droit, signe que McInnes bricole encore avec ce qu’il a en attendant mieux sur le marché.

Aasgaard, lui, a écourté ses vacances post-Coupe du monde pour gagner sa place dès le coup d’envoi de la saison. Ce genre de geste ne passe pas inaperçu auprès d’un manager qui réclame une exigence maximale.

McInnes, le champion des années 90 qui veut réveiller Ibrox

Derek McInnes connaît Ibrox par cœur. En tant que joueur, il a tout gagné ou presque sous le maillot bleu dans les années 1990, à une époque où le club dominait le football écossais sans partage. C’est cette mentalité qu’il veut réinstaller : celle où la victoire n’est pas une option, mais une obligation.

Il l’a déjà annoncé : ses joueurs doivent accepter de se sentir “inconfortables”. Ceux qui se satisfont du minimum n’ont pas leur place dans son vestiaire. Les critiques récurrentes sur le mental des Rangers de ces dernières saisons ne le laissent pas indifférent. Il veut les effacer, une prestation après l’autre.

Suspendu quatre matchs par la SFA pour des propos tenus en fin de saison dernière lorsqu’il dirigeait Hearts, McInnes a fait appel. Résultat : il sera bien sur le banc pour ce premier rendez-vous de championnat. Un répit précieux pour un entraîneur qui aime vivre les matches au bord de la ligne de touche. Mais il sait qu’il marche sur un fil : Nick Walsh, arbitre de la rencontre, sera scruté, tout comme le comportement du manager.

Autour de Walsh, Calum Spence et Jonathan Bell l’assisteront, Peter Stuart officiera comme quatrième arbitre, tandis que Steven McLean sera en charge du VAR avec Gary Hilland à ses côtés.

Le spectre du faux départ

Difficile, à l’heure de lancer cette nouvelle ère, de ne pas repenser à la saison dernière. Nouveau manager, recrutement massif après une fin de saison ratée, optimisme affiché, déplacement piégeux pour ouvrir le bal… Le déjà-vu est saisissant.

À l’époque, Russell Martin avait manqué sa première en championnat, concédant un nul décevant à Fir Park face à Motherwell, dirigé par un autre débutant sur le banc, Jens Berthel Askou. On parlait alors d’une équipe en transition, de circonstances atténuantes. Avec le recul, ce match ressemblait surtout à un avertissement ignoré.

Cette fois, Dundee United se dresse en premier obstacle, et Rangers arrive avec huit recrues déjà intégrées au groupe. Lawrence Shankland mènera l’équipe en capitaine, une défense reconstruite protégera Pandur, un milieu tout neuf tentera d’imprimer son tempo, et une ligne offensive encore en rodage cherchera ses repères.

Le coup d’envoi est fixé à 20 heures. Le stade sera plein, l’attente immense. McInnes voulait que ses joueurs se sentent mal à l’aise. Ils le seront. La vraie question est ailleurs : feront-ils de ce malaise une arme… ou le point de départ d’une autre saison de regrets ?