Mauricio Pochettino et la tromperie de Manchester City
Mauricio Pochettino n’a pas tourné autour du pot. Pour l’ancien entraîneur de Tottenham et Chelsea, si les accusations visant Manchester City sont confirmées, la Premier League aura traversé « une période de tromperie ». Rien de moins.
Les révélations de vendredi dernier, faisant état de décisions rendues par un tribunal indépendant dans le dossier des 115 charges financières visant Manchester City, ont ravivé un débat que le football anglais tente de tenir à distance depuis des années. Selon plusieurs sources, le processus est déjà en train de glisser vers la phase d’appel. Le feuilleton est loin d’être terminé, mais les mots de Pochettino donnent une idée de l’onde de choc potentielle.
Comment réparer tout ce qui a été abîmé ?
Interrogé par le Guardian, via un interprète, l’Argentin a posé la question qui dérange tout le monde dans le football anglais : que fait-on de cette décennie si les charges sont confirmées ?
« Au bout du compte, nous avons traversé quelque chose où l’équité sportive n’existait pas, alors comment répare-t-on tout ce qui a été abîmé à cause de ça ? » a-t-il lancé. Puis cette phrase, lourde : « Si c’est vrai… nous avons vécu une période de tromperie. »
Pochettino sait de quoi il parle. De Southampton à Tottenham, puis Chelsea, il a affronté Manchester City pendant toute la période concernée, entre 2009 et 2018. Ses Spurs ont été l’un des principaux rivaux des Citizens sur plusieurs saisons. Il a vu, de près, comment le rapport de forces s’est déplacé.
Pour lui, aucune sanction ne pourra effacer l’empreinte de ces années : « Quelle que soit la punition, il est impossible de remonter le temps », a-t-il ajouté. « Ça a fait beaucoup de dégâts. Au bout du compte, beaucoup de clubs ont suivi les règles et certains ne l’ont pas fait.
Derrière ces mots, une réalité brutale : des carrières, des titres manqués, des qualifications européennes envolées, des projets sportifs fragilisés. Comment réécrire tout cela si l’on confirme que la compétition n’était pas à armes égales ?
Manchester City reste droit dans ses bottes
Face à cette tempête, Manchester City maintient sa ligne. Le président Khaldoon Al Mubarak a réaffirmé sa conviction que le club prouvera son innocence. Le directeur général Ferran Soriano, lui, a prévenu d’emblée ses homologues : le bras de fer juridique avec la Premier League pourrait durer des années.
Le décor est posé. D’un côté, un club qui nie toute faute et se prépare à une bataille longue et complexe. De l’autre, des entraîneurs, des anciens joueurs, des supporters qui se demandent déjà ce qu’il restera de ces saisons si les charges sont confirmées.
Tony Pulis : « Je me sens floué »
Mauricio Pochettino n’est pas seul à ressentir un malaise profond. Tony Pulis, ancien manager de Stoke City, a ravivé un souvenir précis : la finale de la FA Cup 2011. Ce jour-là, Manchester City avait mis fin à 35 ans sans trophée majeur en battant Stoke.
Dans sa chronique pour BBC Sport, Pulis a écrit : « Quand est-ce qu’on récupère notre FA Cup ? C’est ce que tous les fans de Stoke City me demandent depuis que la nouvelle est tombée vendredi que Manchester City avait été reconnu coupable d’avoir enfreint la majorité des 115 règles financières dont ils étaient accusés. »
Lui aussi a eu le même réflexe instinctif : et si ce trophée avait été gagné dans un cadre faussé ? Il nuance immédiatement : le processus est loin d’être achevé, Manchester City devant faire appel, mais le sentiment est là. « Ce verdict et toute cette situation m’ont laissé un goût très amer dans la bouche », écrit-il.
Pulis ne croit pas vraiment à une redistribution des titres : « Je ne crois pas sérieusement que d’autres trophées ou titres seront rendus. Une déduction de points et une énorme amende semblent beaucoup plus probables. »
Puis la phrase qui résume l’état d’esprit de toute une génération de concurrents de City : « Mais je me sens quand même floué. Quoi qu’il arrive maintenant, nous ne récupérerons jamais ce jour-là, ni la possibilité de fêter à travers Stoke-on-Trent la coupe et les médailles pour lesquelles nous nous sommes battus si honnêtement. »
L’amertume dépasse la simple question des palmarès. Elle touche à l’émotion, à ce que représente un moment unique pour un club, une ville, une carrière.
Un débat qui déborde les terrains
Les réactions ne se limitent pas aux anciens entraîneurs. L’icône de Manchester United, Rio Ferdinand, a réagi en soutenant Tony Pulis, appelant, sur un ton mi-sérieux mi-provocateur, à lancer une pétition pour que le Gallois reçoive sa médaille de vainqueur de la FA Cup.
Dans les coulisses, certains clubs de Premier League se préparent déjà à d’éventuelles suites. Selon Kaveh Solhekol, de Sky Sports News, plusieurs formations pourraient chercher à obtenir des compensations si les charges étaient confirmées. Là encore, la bataille ne se jouerait plus seulement sur le terrain, mais dans les bureaux d’avocats, sur des montants colossaux et des principes fondamentaux.
Pendant ce temps, Manchester City continue de nier toute irrégularité. Le club campe sur sa position : aucune faute, aucune tricherie.
Reste une question, brutale, que les mots de Pochettino et Pulis rendent impossible à éluder : si la vérité judiciaire finit par dire que la compétition a été faussée pendant près d’une décennie, que vaut alors l’histoire récente de la Premier League ?



