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Matt Crocker quitte U.S. Soccer pour l'Arabie saoudite

Matt Crocker quitte immédiatement son poste de directeur sportif de la fédération américaine pour rejoindre l’Arabie saoudite. Un départ brutal, à quelques semaines d’une Coupe du monde 2026 organisée à domicile, qui aurait pu déclencher une tempête. U.S. Soccer jure que ce ne sera pas le cas.

Un vide au sommet… comblé en interne

Le Gallois, arrivé en 2023 en provenance de Southampton, s’en va pour occuper un rôle similaire au sein du projet saoudien, alors que le pays se prépare à accueillir la Coupe du monde 2034. Ses fonctions seront réparties entre Oguchi Onyewu, directeur sportif adjoint, Tracey Kevins, responsable du développement du football féminin, et Dan Helfrich, directeur des opérations de la fédération.

C’est ce trio qui portera la structure sportive jusqu’au Mondial, que les États-Unis coorganiseront avec le Canada et le Mexique. Une période charnière, sans filet apparent.

Helfrich se veut pourtant catégorique : ce départ ne doit pas être vu comme une alerte rouge. « Je ne prévois aucun impact sur la préparation de la Coupe du monde en raison de la décision de Matt », a-t-il assuré lundi. Selon lui, Mauricio Pochettino et son staff tiennent déjà fermement les rênes de la préparation pour l’été.

Crocker, architecte d’un double renouveau

En moins de trois ans, Crocker a profondément marqué le paysage sportif de la fédération. Son bilan tient en deux noms qui pèsent lourd : Emma Hayes et Mauricio Pochettino.

Après la sortie de route précoce de la sélection féminine à la Coupe du monde 2023 en Australie et en Nouvelle-Zélande, il a convaincu Hayes de quitter Chelsea pour prendre les commandes de l’équipe nationale. Dix matchs ont suffi pour remettre les États-Unis au sommet : une médaille d’or olympique à Paris en 2024, avec une victoire en finale contre le Brésil. Une réponse nette à ceux qui doutaient du statut de référence du football féminin américain.

Sur le versant masculin, le contexte était autrement plus chaotique. Quand Crocker arrive, la sélection n’a pas de sélectionneur. Gregg Berhalter est en suspens, englué dans une affaire extra-sportive autour de la famille de Gio Reyna. Crocker finit par le réinstaller, puis le licencie en juillet 2024, quelques jours après une Copa América catastrophique où les États-Unis deviennent le premier pays hôte à sortir dès la phase de groupes.

La suite marque un virage : en septembre 2024, il attire Pochettino, passé par Paris Saint-Germain et Chelsea, l’un des entraîneurs les plus respectés de la scène mondiale. Un coup de force qui pèse lourd à l’approche de 2026.

Un départ vers l’or saoudien

Ce profil, justement, a séduit l’Arabie saoudite. Le pays, déjà tourné vers 2034, s’offre un dirigeant qui connaît de l’intérieur la mécanique d’une fédération hôte, les exigences d’un cycle de Coupe du monde et la construction d’un projet de haut niveau.

Crocker, originaire de Cardiff, ne se résume pas à son passage américain. Avant U.S. Soccer, il a dirigé le développement au sein de la fédération anglaise, un poste stratégique. Aux États-Unis, il a également joué un rôle central dans la conception et la planification du nouveau Arthur M. Blank U.S. Soccer National Training Center, près d’Atlanta. Ce centre flambant neuf, évalué à 228 millions de dollars, doit ouvrir le mois prochain. Il servira de base aux hommes avant leurs deux derniers matchs de préparation : contre le Sénégal le 31 mai, puis face à l’Allemagne, quadruple championne du monde, le 6 juin.

Dans le même temps, un autre mouvement se prépare côté saoudien : selon plusieurs rapports, le Marocain Nasser Larguet, directeur technique depuis 2002, devrait quitter son poste ce mois-ci. La place est prête.

Helfrich, lui, insiste sur la normalité de ce type de transfert de compétences : « Si vous voulez rivaliser au plus haut niveau, vous savez que vos cadres auront d’autres opportunités », dit-il. Il estime que la fédération se trouve aujourd’hui dans une bien meilleure situation sportive qu’au moment de l’arrivée de Crocker, et le remercie pour ses apports.

Une succession ouverte, une Coupe du monde qui approche

U.S. Soccer a déjà lancé ce qu’Helfrich décrit comme « une recherche réfléchie et complète » pour trouver un successeur. Le processus sera mondial. Le profil d’Oguchi Onyewu, ancien défenseur international américain, passé par les Coupes du monde 2006 et 2010, sera scruté de près. Il avait déjà été finaliste pour le poste il y a trois ans, avant que la fédération ne choisisse finalement Crocker.

En attendant, la compétition ne va pas attendre que l’organigramme se stabilise. Le 12 juin, à Los Angeles, les États-Unis ouvriront leur Coupe du monde face au Paraguay. Pochettino dispose d’une marge de manœuvre sportive totale, assure la fédération. Les plans sont en place, les stages programmés, les adversaires de préparation verrouillés.

Le scénario d’un duel USA – Arabie saoudite

Et si le destin s’amusait à recroiser les trajectoires de Crocker et de sa désormais ancienne fédération dès cet été ?

Plusieurs combinaisons de résultats peuvent mener à un choc entre les États-Unis, 16es au classement mondial, et l’Arabie saoudite, 61e. Si les Américains terminent en tête du groupe D et se qualifient pour les huitièmes de finale, ils pourraient retrouver les Saoudiens à Seattle, le 6 juillet.

Un autre scénario les verrait s’affronter à Atlanta le 7 juillet : il faudrait pour cela que les deux nations finissent deuxièmes de leurs groupes respectifs, puis remportent leur match en seizièmes de finale, nouvelle étape ajoutée avec l’élargissement à 48 équipes.

Encore un autre chemin mène à Philadelphie, le 4 juillet, si les deux pays se qualifient comme troisièmes de leur poule et gagnent leur premier match à élimination directe. Et si chacun remporte son groupe, ils se dirigeraient alors vers un quart de finale à Los Angeles, le 10 juillet.

Sur le papier, un duel pourrait même se jouer plus loin, en demi-finale, voire en finale le 19 juillet à East Rutherford, dans le New Jersey. Pour l’Arabie saoudite, ce serait un exploit historique : les Green Falcons n’ont atteint les huitièmes de finale qu’une seule fois en six participations, en 1994… déjà sur sol américain.

La trajectoire de Crocker, elle, vient de changer de continent. Reste à savoir si, au cœur de l’été, ce virage se lira aussi sur la pelouse, face à l’équipe qu’il a contribué à façonner pour son propre Mondial.