Liverpool termine la saison dans la frustration
À Anfield, la saison de Liverpool s’est terminée comme elle avait trop souvent vécu : dans la frustration, les regrets et un parfum d’inachevé. Un nul 1-1 contre Brentford, une cinquième place au bout du compte, et un titre de champion envolé depuis longtemps. Pour un club qui s’était habitué à regarder vers le sommet, le contraste est brutal.
Slot assume ses choix… et ses erreurs
Face aux micros, Arne Slot n’a pas cherché à se cacher. L’entraîneur néerlandais sait que cette défense de titre restera comme une occasion gâchée, marquée par des décisions contestées et une cascade de blessures.
« Nous, moi, n’avons pas été parfaits », a-t-il reconnu. Pas de faux-semblants, pas de grand discours héroïque pour maquiller les failles. Slot insiste sur une chose : chaque choix a été mûrement préparé, pensé comme le bon au moment où il le prenait. Mais la saison, elle, raconte une autre histoire.
Le dossier Mohamed Salah en est le symbole le plus brûlant. Mis sur le banc en novembre et décembre, en plein cœur d’une série catastrophique de neuf défaites en douze matches, l’Égyptien a fini par exploser publiquement. Critique ouverte de son entraîneur, sanction d’un match, et au bout du tunnel, une négociation de départ alors qu’il lui restait encore un an de contrat. Un feuilleton qui laissera des traces.
Slot devra aussi vivre avec le regard rétrospectif posé sur d’autres choix : sa fidélité à certains joueurs en méforme, sa réticence à lancer plus tôt le jeune Rio Ngumoha, finalement utilisé quand il ne restait presque plus d’alternative. Autant de décisions qui, dans le prisme d’une cinquième place, paraissent aujourd’hui lourdes de conséquences.
Et pourtant, l’entraîneur le rappelle : malgré tout, Liverpool sera en Ligue des champions. Dans un contexte normal, ce serait un minimum syndical. Cette année, cela ressemble presque à un soulagement.
Une saison marquée par le deuil et les blessures
Pour comprendre le visage de ce Liverpool-là, il faut aussi regarder ce que le tableau d’affichage ne montre pas. Avant même le début de la préparation, le groupe a été frappé par un drame : la mort de Diogo Jota dans un accident de voiture à la veille de la pré-saison. Impossible de quantifier l’impact émotionnel d’un tel choc. Mais il a forcément pesé.
Le reste s’est vu chaque week-end, feuille de match après feuille de match. Le mot choisi par Slot pour résumer l’exercice ? « Blessure. » Un seul terme, qui dit tout.
- Le transfert record au Royaume-Uni, Alexander Isak, a manqué 28 rencontres et n’a débuté que huit matches de Premier League.
- Alisson Becker a été absent 20 fois.
- Le latéral droit titulaire Conor Bradley a manqué 32 matches.
- Jeremie Frimpong 19.
- Wataru Endo 18.
- Le jeune défenseur central Giovani Leoni, 19 ans, n’a joué que 81 minutes avant que sa saison ne s’arrête net.
Parfois, Slot n’avait même plus vraiment de choix à faire : l’infirmerie décidait pour lui.
Dans ce contexte, l’entraîneur refuse de se poser en victime, mais il sait que l’histoire de cette saison s’est écrite autant dans les couloirs du service médical que sur la pelouse d’Anfield.
Salah s’en va sans triomphe
Ce dernier match aurait pu être une fête, un adieu en forme d’ovation pour Mohamed Salah et Andy Robertson. Il n’a été qu’un reflet fidèle des mois écoulés : un Liverpool dominateur par séquences, mais incapable de tuer le match, puni à la moindre baisse de régime.
Tous les regards se tournaient vers Salah. L’attaquant a tout de même laissé une dernière empreinte statistique en offrant une passe décisive à Curtis Jones pour l’ouverture du score. Anfield s’est levé, un instant, comme pour chasser l’amertume accumulée.
Mais la joie n’a duré que six minutes. Kevin Schade a égalisé de la tête, refroidissant l’ambiance et rappelant, une fois encore, cette fragilité qui a miné la saison des Reds. Une avance gâchée, un rythme retombé, un résultat qui n’arrange personne : le scénario est devenu trop familier.
Pour Salah, ce départ sans trophée, sans soirée de gloire, laisse un goût amer. Le joueur qui a porté Liverpool au sommet de l’Angleterre et d’Europe s’éloigne sur un match nul terne, dans un climat de tension avec son entraîneur. L’histoire entre le club et sa star se referme sans la grande scène que beaucoup imaginaient.
Brentford progresse, sans récompense européenne
En face, Brentford avait une opportunité historique : une victoire aurait offert au club sa première campagne européenne. Le rêve s’est arrêté à un point, mais Keith Andrews refuse de parler d’échec.
Neuvièmes au classement final, les Bees enchaînent une deuxième saison de suite dans la première moitié de tableau. Pour un club de cette taille, c’est loin d’être anodin. « Cela montre que nous sommes un bon club de football », souligne Andrews. Deux années consécutives dans le top 10, une stabilité qui en dit long sur la progression du projet.
Pas de billet pour l’Europe, donc, mais une certitude : Brentford n’est plus un simple invité surprise. Le club s’installe.
Et maintenant ?
Liverpool, lui, se retrouve à un carrefour. La Ligue des champions reste au rendez-vous, mais la saison a laissé des cicatrices : un vestiaire marqué par le deuil, un groupe décimé par les blessures, un vestige de conflit avec sa star offensive, et un entraîneur qui a publiquement reconnu ses limites.
Arne Slot promet des décisions « très bien préparées ». La question n’est plus là. Elle est simple, brutale : la prochaine fois, seront-elles les bonnes ?




