Liverpool et PSG : Une double confrontation marquée par l'inefficacité
Arne Slot connaît sûrement déjà la punchline. En 2005, il partageait le vestiaire de NAC Breda avec Pierre van Hooijdonk, philosophe à ses heures sur le métier d’entraîneur. L’ancien buteur avait lâché un jour, amer après son départ de Nottingham Forest : « Change tous les managers du championnat par des chats, à la fin il y aura quand même un champion et trois relégués. »
Difficile de ne pas repenser à cette phrase en décortiquant cette double confrontation de Ligue des champions où Liverpool a livré deux prestations radicalement opposées… pour le même résultat. Deux fois 2-0 pour le PSG. Deux fois une leçon. Deux fois l’impression que, quel que soit le plan, la qualité de l’adversaire rendait presque secondaire l’identité de l’homme sur le banc.
Deux matches, un même verdict
À Paris, Liverpool s’est effacé. Passif, prudent, presque résigné. Trois tirs, zéro but, une impression d’impuissance froide face au champion d’Europe en titre.
À Anfield, surtout après la pause, c’était l’inverse : un second acte à s’arracher, un football à l’ancienne, tout à l’attaque, le fameux « tout dans la cuisine » jeté à la figure de l’adversaire. Vingt et une frappes cette fois. Toujours zéro but. Et au tableau d’affichage, le même 2-0, les mêmes regrets, la même sensation d’écart de niveau.
La vérité, c’est que Liverpool a perdu cette confrontation au Parc des Princes. On ne survit pas à ce niveau en jouant vraiment bien seulement un quart d’une double confrontation. Le réveil d’Anfield, aussi spectaculaire soit-il par moments, arrivait trop tard.
Slot, lui, s’accroche à cette dernière période de 45 minutes. Il y voit la preuve, martelée après le match, que Liverpool « peut rivaliser avec les champions d’Europe ». Le problème, c’est que pendant ce fameux quart de la double confrontation où les Reds ont vraiment mis le pied sur l’accélérateur, le PSG a marqué deux fois. Liverpool, qui devait courir après le score, n’a pas marqué du tout.
Plus d’énergie, plus d’intensité, un Anfield qui gronde… et au bout du compte, une défaite de deux buts à domicile. Presque plus accablant que la reddition polie de l’aller.
Liverpool a essayé cette fois. Et n’a jamais semblé réellement proche du standard requis.
Les choix de Slot sous la loupe
Beaucoup retombe donc sur Slot. Si l’idée était d’amener le PSG à un 0-0 à la pause pour ensuite ouvrir les vannes, pourquoi gaspiller les 45 minutes pré-planifiées d’Alexander Isak dans cette première période neutre, où il ne touche que cinq ballons sans influence ? Pourquoi basculer en mode attaque totale juste après avoir sorti le joueur le plus cher de l’histoire du football britannique ?
Autre interrogation : après leurs prestations convaincantes contre Fulham, comment justifier que Mo Salah et Rio Ngumoha débutent sur le banc dans un match où Liverpool devait renverser une montagne ?
Et sur ce qui devait être une nouvelle nuit européenne à ranger dans la légende d’Anfield, comment expliquer que le moment le plus marquant de la première heure soit… son absence totale d’événements ? Une heure qui s’évapore sans magie, sans folie, sans ce basculement émotionnel qui fait l’âme du stade.
Le tournant aurait pu venir sur un détail. Il a pris la forme d’un penalty d’abord accordé à Liverpool, puis annulé, quand Alexis Mac Allister s’effondre au contact de Willian Pacho. Maurizio Mariani désigne d’abord le point de penalty. Dans le même temps, Mark Clattenburg, nouvel « expert arbitral » en plateau, déroule sa lecture de l’action.
« On peut classer ça comme un tacle maladroit du défenseur du PSG, il touche le pied de Mac Allister. Donc, puisqu’il y a contact, la VAR acceptera la décision de penalty », explique-t-il. Il ajoute même qu’il ne s’attend pas à ce que l’assistance vidéo intervienne.
Quelques secondes plus tard, alors que le commentateur Jon Champion précise qu’il n’y a « aucune indication » d’une nouvelle intervention de la VAR, Mariani est pourtant appelé à l’écran de bord de terrain. Visionnage express. Décision renversée. Pas de penalty.
Le plus ironique, c’est que Clattenburg n’était pas vraiment à côté de la plaque : il concède que « beaucoup diront que c’est léger », mais insiste sur le contact, qui selon lui aurait dû suffire à maintenir la décision initiale. Pas d’erreur claire et manifeste, donc pas besoin de correction. « Une fois que la décision sur le terrain est penalty, je m’attends à ce qu’elle soit maintenue », avait-il conclu.
La réalité lui a donné tort en direct. Son explication, présentée comme factuelle, s’est retrouvée contredite en quelques instants. Un paradoxe qui a ajouté une touche d’absurde à une soirée jusque-là tristement ordinaire.
Dembélé tranche, Liverpool s’éteint
Ce coup de théâtre n’a même pas suffi à enflammer la rencontre. Rio Ngumoha a bien tenté de secouer l’édifice, très juste techniquement, forçant une belle parade du remarquable Matvey Safonov. Salah, entré en jeu, a lui offert sur un plateau une occasion à Milos Kerkez, seul au second poteau. Le latéral aurait dû faire bien mieux.
Entre ces deux situations, Ousmane Dembélé a, lui, été clinique. Deux fois, il a frappé. Deux fois, il a puni. Deux buts qui scellent la qualification du PSG et, très probablement, le destin européen de Slot sur ce banc de Liverpool.
Sur la fin, le PSG a cessé de « jouer avec sa nourriture », a haussé le ton juste ce qu’il fallait, s’est offert quelques instants de pur talent. Liverpool, lui, n’avait plus que des questions et des regrets.
Et cette impression dérangeante, presque cruelle : sur cette double confrontation, le rôle d’entraîneur de Liverpool et celui de consultant arbitral d’Amazon Prime semblaient interchangeables. À en croire Van Hooijdonk, un chat aurait sans doute fait à peu près aussi bien dans les deux fonctions. La vraie question, désormais, c’est de savoir si Liverpool acceptera longtemps que son destin se joue à ce niveau-là.




