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Liverpool au bord du vide : Ligue des champions ou néant

Moins d’un an après avoir soulevé le titre de Premier League, Liverpool se retrouve au bord du vide, suspendu à une seule question : la Ligue des champions ou le néant. Pour Arne Slot, l’enjeu dépasse même le simple classement. Le Néerlandais l’a répété : sans C1 la saison prochaine, cette campagne ne serait « définitivement pas acceptable ». Sans trophée, sans filet, tout se joue désormais sur ce ticket européen.

Une élimination sans honte, mais sans appel

Face au champion d’Europe, Liverpool a livré l’une de ses meilleures prestations de la saison… et encaissé sa 17e défaite. Cruel contraste. Pendant plus de 70 minutes, Anfield a cru à une nuit européenne comme il en a vu tant. L’intensité, la foi, quelques occasions franches. Puis Ousmane Dembélé a frappé à la 72e minute pour Paris Saint-Germain, et le rêve s’est évaporé.

« C’était un match intense entre deux équipes qui ont très bien joué au football », a résumé Luis Enrique. Le constat est juste. Son PSG respire la confiance, dicte le tempo dès qu’il a le ballon, et ne panique jamais.

Pour Liverpool, il n’y a pas de honte à tomber contre cette équipe-là. Le problème est ailleurs : le club recule.

La saison dernière, ces deux formations s’étaient déjà croisées en huitièmes de finale de Ligue des champions. PSG avait dominé l’ensemble des deux manches, mais avait dû passer par une séance de tirs au but pour éliminer Liverpool. Cette fois, il n’y a pas eu de suspense. Une leçon à Paris, des éclairs à Anfield, mais au bout du compte un 4-0 sur l’ensemble des deux matches qui reflète la différence actuelle entre les deux projets.

Slot ne s’est pas caché : « Bien sûr nous sommes très déçus parce que je pense qu’il y a eu des moments en seconde période où l’on pouvait sentir que, si on marquait, cela pouvait devenir une soirée très spéciale. » Puis il a choisi de se tourner vers l’avenir : « Mais le futur est très prometteur pour cette équipe, pour ce club. Nous avons montré que nous pouvions rivaliser avec les champions d’Europe dans notre stade. Être l’équipe dominante, peu d’équipes peuvent l’être contre le PSG et se créer autant d’occasions que nous. »

Les chiffres lui donnent partiellement raison : à Anfield, l’expected goals de Liverpool grimpe à 1,94, contre 0,18 seulement au Parc des Princes une semaine plus tôt. Le bond est réel. Mais il souligne aussi le chemin qu’il reste à parcourir avant de revoir Liverpool peser vraiment sur la scène européenne.

Salah salue Anfield, l’incertitude s’installe

Après le coup de sifflet final, Mohamed Salah a salué longuement le Kop. Un geste lourd de sens. L’Égyptien venait de disputer son dernier match de Ligue des champions avec Liverpool. Une page se tourne. Une autre doit s’écrire, et personne ne sait encore si elle commencera au même niveau de compétition.

La vraie question, désormais, est brutale dans sa simplicité : Slot et Liverpool reviendront-ils en Ligue des champions la saison prochaine ? Toute la saison se résume à cette interrogation.

Le pari Isak, symbole d’une soirée ratée

Dans ce contexte brûlant, Arne Slot a pris un risque fort. Il a titularisé Alexander Isak pour la première fois depuis décembre, après sa blessure à la cheville, en sachant que son attaquant ne pouvait jouer qu’une mi-temps. Avec le recul, le pari ressemble à une faute.

Isak n’a touché que cinq ballons en 45 minutes avant de céder sa place à Cody Gakpo à la pause. Invisible, sans poids sur la défense parisienne. Slot, lui, a tenu sa ligne : « Il a été deux fois proche de marquer, et c’est pour ça que vous alignez un attaquant de son niveau. Il y a eu une tête sur coup de pied arrêté et un très bon appel dans le dos de Willian Pacho où il a été tout près de marquer, même si c’était finalement hors-jeu. C’est bien de l’avoir de retour. Il était prêt et si je pensais qu’il ne l’était pas, je ne l’aurais pas fait jouer. »

Sur le papier, l’argument se défend. Sur le terrain, il s’effrite. Dès l’entrée de Gakpo, Liverpool a commencé à véritablement menacer PSG. Le contraste a sauté aux yeux.

Le jugement de certains observateurs a été sans pitié. Sur 5 Live, Julien Laurens a lâché : « Ce onze de départ était un non-sens complet. Cette seconde période, c’est comme ça que Liverpool aurait dû commencer ce match pour faire vibrer le public. Alexander Isak n’aurait pas dû débuter. Arne Slot a commis des erreurs au match aller dans son onze et dans sa manière de s’organiser. Ce soir, il ne pouvait pas se tromper. Ce n’était pas la soirée pour ça. Il devait viser juste dès le début. Pour moi, encore une fois, il a laissé tomber le club, l’équipe et les supporters. »

L’ancien défenseur des Reds Stephen Warnock a enfoncé le clou : « Je ne sais pas quoi dire sur Alexander Isak. Je l’ai vu ici contre Fulham, il a été mauvais. Il a été inexistant ce soir. Il ne voulait aucun contact physique avec Marquinhos. Il se contentait de le frôler. Il n’a pas voulu offrir une plateforme à son équipe pour s’installer dans le camp adverse. Cody Gakpo a fait plus en cinq minutes qu’Isak en toute une mi-temps. Il n’est pas en forme. Il en est très loin. C’est en partie lié à sa blessure contre Tottenham, mais il a manqué la pré-saison, il n’a pas une once de condition cette saison et ça se voit. Et on pense qu’on peut le lancer contre le PSG, dans le plus grand match de la saison, contre la meilleure équipe d’Europe, et espérer une performance en 45 minutes ? On ne peut pas simplement appuyer sur un interrupteur.

Au-delà du cas Isak, c’est toute la gestion d’un rendez-vous majeur qui est interrogée. Le plan de Slot a mis 45 minutes à exister. Contre le champion d’Europe, c’est 45 minutes de trop.

Une saison sur un fil

Liverpool a montré qu’il pouvait encore faire trembler un géant européen sur une soirée. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est plus suffisant. Les Reds ne jouent plus pour des trophées, ils se battent pour rester à la table des grands. L’écart avec l’élite ne se mesure plus seulement au score, mais à la constance, à la capacité à assumer le très haut niveau sur 180 minutes, pas sur une mi-temps.

Anfield a vu passer des remontadas, des miracles et des légendes. Cette fois, il a vu une équipe courageuse, parfois séduisante, mais trop incomplète. La suite se jouera loin des projecteurs européens, dans le quotidien du championnat. Une lutte âpre, sans glamour, avec une question obsédante : Liverpool est-il encore un club de Ligue des champions, ou simplement un ancien grand en quête de rattrapage ?