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Liverpool éliminé par le PSG : une saison marquée par la déception

Anfield a grondé, puis s’est tu. Pas de remontada, pas de miracle européen, mais une sorte de fierté rageuse dans la défaite. Les rêves de Ligue des champions de Liverpool se sont éteints face au Paris Saint-Germain, et pourtant le Kop a applaudi longtemps, comme pour saluer une équipe qui s’est enfin tenue debout… trop tard.

Battus 2-0 à l’aller à Paris dans un quart de finale à sens unique, les hommes d’Arne Slot ont livré un tout autre visage au retour. Même score, tout autre histoire. Anfield a vu une équipe qui a tiré 21 fois au but contre 12 pour le PSG, qui a touché 50 fois le ballon dans la surface adverse (24 pour les Parisiens), qui a généré un xG de 1,94 contre 1,25. Et pourtant, rien. Pas un but. Pas une étincelle pour renverser le cours d’une saison qui file entre les doigts.

« On a beaucoup progressé par rapport à la semaine dernière », a reconnu Slot après la rencontre. Il a salué l’effort, l’intensité, le soutien du public qui a porté ce pressing haut à bout de souffle. Et il a dit tout haut ce que tout Anfield sentait : « Si on marque à ce moment-là, ça peut devenir une nuit spéciale. » Elle ne l’a pas été. Elle restera comme un résumé cruel de cette saison : courageuse, généreuse, mais criblée de manques au moment de frapper juste.

Une soirée à l’image de la saison : généreuse, mais punie

Le tournant n’est pas un éclair de génie, mais une faute banale, presque molle. Alexis Mac Allister se fait surprendre, Ousmane Dembélé ne pardonne pas. Finition clinique, 18 minutes à jouer, et l’air se vide d’Anfield. Le Ballon d’Or inscrit ensuite son deuxième but sur contre, en fin de match, pour sceller un 4-0 cumulé qui dit tout du fossé creusé en un an entre les deux clubs, depuis leur huitième de finale décidé aux tirs au but.

Entre ces deux coups de poignard, Liverpool a tout essayé. Mais la fragilité offensive qui a plombé la saison a encore frappé. Et comme si cela ne suffisait pas, un nouveau coup dur s’est abattu avant la pause : Hugo Ekitike, 17 buts cette saison, évacué sur civière avec une probable blessure au tendon d’Achille. Slot craint que sa saison soit terminée. Un choc de plus dans une campagne déjà saturée de coups au moral.

La sortie d’Ekitike ouvre un vide immense en attaque. Elle place d’un coup un poids considérable sur les épaules d’Alexander Isak, recrue record à 125 millions de livres, sommé désormais de justifier cette somme alors que l’horizon se rétrécit à un seul objectif : décrocher une place en Ligue des champions via la Premier League. Six matches pour sauver ce qui peut l’être, à commencer par un derby de la Mersey à Everton dimanche. Pas de temps pour s’apitoyer.

Des choix contestés, un penalty effacé

Slot n’a pas seulement pesté contre la malchance. Il a aussi ciblé une décision clé : le penalty d’abord accordé pour une faute de Willian Pacho sur Mac Allister, puis annulé par l’arbitre italien Maurizio Mariani après intervention de la VAR. Le contact est léger, la faute discutable, mais la maladresse de Pacho est bien là. Slot a rappelé d’autres penalties concédés cette saison dans des situations similaires, regrettant que, une fois la faute sifflée et le contact confirmé, l’arbitre ne s’en tienne pas à sa décision initiale. Il a ajouté que ce n’était « pas l’histoire du match ». Sur le fond, il n’a pas tort. Sur la forme, ce genre de détail change parfois un destin européen.

Reste que l’entraîneur néerlandais devra aussi regarder ses propres choix. L’alignement d’Isak d’entrée interroge. Ses deux entrées en jeu depuis son retour de fracture du péroné, après près de quatre mois d’absence, n’avaient rien laissé présager d’un joueur prêt pour une affiche de ce calibre. Les 45 minutes qu’il a passées sur le terrain lui ont donné raison : cinq touches de balle, une tête trop facile pour Matvei Safonov, une occasion manquée sur un service de Ryan Gravenberch, finalement effacée par un hors-jeu. Le pari Isak a échoué.

Mohamed Salah, lui, a débuté sur le banc avant de remplacer Ekitike. Dernière apparition européenne sous le maillot de Liverpool, et prestation à l’image de ces derniers mois : brillante par éclairs, mais terriblement brouillonne. Quatre occasions créées, mais 22 pertes de balle, plus que n’importe quel joueur sur le terrain. Une légende du club qui s’éteint en Europe dans un flou étrange.

Autre énigme : Rio Ngumoha. Le jeune ailier, qui incarne précisément ce dont Liverpool manquait – vitesse, percussion, insouciance – n’est entré qu’à l’entame du dernier quart d’heure. Décision difficile à comprendre dans un match où les Reds cherchaient désespérément un changement de rythme. Tout laisse penser qu’il devra débuter à Goodison Park.

Et puis il y a eu cette scène surréaliste : Joe Gomez, entré en jeu, puis sorti 20 minutes plus tard après avoir signalé une gêne musculaire au banc. Une image de plus d’un collectif qui se cherche, qui se bricole, qui ne parvient plus à dégager de continuité.

Une équipe qui lutte, un club qui régresse

Slot s’est voulu positif dans l’après-coup. « L’avenir est très brillant pour cette équipe », a-t-il assuré. Sur 90 minutes, Liverpool a effectivement rivalisé avec le champion d’Europe. Mais le bilan global ne ment pas : dominés à Paris, éliminés 4-0 sur l’ensemble des deux matches, les Reds ont vu la réalité leur sauter au visage. Ce n’est plus le même monde.

Pour une partie des supporters, les mots de Slot sonnent creux. Cette défaite est la 17e de la saison, toutes compétitions confondues. Il y a un an, Liverpool flirtait avec le titre en Premier League. La régression est brutale. L’exposition permanente face à l’élite européenne met à nu les failles d’un effectif retouché à coups de millions l’été dernier, sans garantie de cohérence.

Florian Wirtz incarne ce malaise. Recruté pour une somme pouvant atteindre 116 millions de livres, il n’a jamais pris le contrôle de cette double confrontation. Le prix n’est pas de son fait, mais il fixe un niveau d’exigence auquel il est, pour l’instant, très loin de répondre. Dembélé, Khvicha Kvaratskhelia et Désiré Doué l’ont éclipsé sans discussion.

Jeremie Frimpong a souffert au point d’être remplacé à la pause. Giorgi Mamardashvili, lui, inquiète de plus en plus par son jeu au pied et donne le sentiment d’être un net cran en dessous d’Alisson. Avec la blessure de Giovanni Leoni et les difficultés d’Isak entre ses pépins physiques et ses prestations, seuls Milos Kerkez et Ekitike ont, pour l’instant, réellement validé la confiance placée en eux lors de cette frénésie dépensière.

Ajoutez à cela un Salah en perte de repères, un Mac Allister loin de son meilleur niveau, un Cody Gakpo qui stagne, et le tableau s’assombrit encore. Liverpool ne se retrouve pas là par hasard.

Un été sous haute tension à Anfield

Derrière la ligne de touche, les regards se tournent vers Fenway Sports Group. Jusqu’où Slot est-il victime des circonstances ? Dans quelle mesure a-t-il aggravé la situation par ses choix tactiques et sa gestion des hommes ? La qualification ou non pour la Ligue des champions pèsera lourd à Boston. Elle conditionnera la marge de manœuvre et, peut-être, l’analyse globale de son travail.

Le décor est déjà planté pour un été brûlant à Anfield. Salah et Andy Robertson vont partir libres. Federico Chiesa est lui aussi annoncé sur le départ. Joe Gomez et Curtis Jones entrent dans leur dernière année de contrat, avec toutes les incertitudes que cela implique. Le cas d’Ibrahima Konaté reste flou : discussions en cours, contrat qui expire en juin, aucune certitude. Faut-il même envisager de céder Mac Allister, au vu de sa baisse de régime, pour financer un nouveau cycle ?

Cette équipe a de nouveau besoin d’une chirurgie lourde. Les trous dans l’effectif sautent aux yeux, à tous les étages. Et le modèle économique du club ne laisse aucune place au confort. Slot l’a rappelé devant les caméras de Prime Video : « Ce modèle signifie que nous devons vendre, en général, pour acheter. C’était déjà un énorme défi la saison dernière, ce sera encore un défi cet été. Mais le club a montré à plusieurs reprises que ce modèle fonctionne, que nous pouvons réussir avec. L’avenir peut être très bon si nous ajoutons quelques bonnes recrues après le départ de bons joueurs.

Le problème, c’est que les ventes ne s’annoncent pas mirobolantes. Sans les revenus de la Ligue des champions, la reconstruction devient un casse-tête. Liverpool a besoin de la grande scène européenne pour financer sa propre mue.

Anfield a trouvé des raisons d’être fier contre le PSG. Mais la vérité, brutale, est que le club a été jugé et trouvé insuffisant sur la durée de ce quart de finale. Au début de la saison, se qualifier pour la Ligue des champions était la base, le minimum syndical. Désormais, c’est devenu le dernier fil auquel s’accrocher pour éviter que cette campagne de faux pas ne se transforme en véritable saison perdue.