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Lennart Karl : entre soutien et pression au Borussia Dortmund

À la veille du choc de Bundesliga face au Borussia Dortmund, un jeune nom revient avec insistance dans les couloirs du club : Lennart Karl. Pas pour un transfert, ni pour un but décisif. Pour un débat. Pour une mise au point.

C’est Simon Danks qui s’en est chargé. Propulsé devant les caméras en l’absence de Vincent Kompany, malade, l’entraîneur adjoint a pris la parole avec le ton de quelqu’un qui a déjà vu passer plus d’un talent précoce.

« Je suis entraîneur depuis longtemps et j’ai passé la majeure partie de ce temps avec des jeunes joueurs », a-t-il rappelé vendredi, en référence à ses années de formation à la Fédération anglaise.

Un talent freiné après un automne fulgurant

Lennart Karl, 18 ans, ailier droit explosif, avait surgi l’automne dernier comme une évidence. Percées, dribbles, culot : tout laissait penser que la montée en puissance serait linéaire. Elle ne l’a pas été.

La suite a ressemblé à ce que Danks a décrit sans détour : une montagne russe. Blessures à répétition sur la deuxième moitié de saison, rythme cassé, confiance entamée. Le coup le plus dur est tombé au moment le plus rêvé : la Coupe du monde s’est jouée sans lui.

Le début de cet exercice n’a pas arrangé son cas. Décevant sur les premières sorties, bousculé dans la hiérarchie, Karl a reculé. Puis il a commencé à réapparaître. Discrètement d’abord, puis avec un peu plus de relief. Au point de débuter deux rencontres de suite ces derniers jours.

Magdeburg comme signal de réveil

Mercredi, lors du 6-1 face à 1. FC Magdeburg, le jeune ailier n’a pas seulement été un figurant dans un festival offensif. Il a pesé. Une passe en profondeur parfaitement dosée dans la préparation du 1-0 signé Michael Olise, puis une passe décisive sur le 4-1 : des gestes qui comptent dans un vestiaire et dans un staff.

Pour Danks, ces signes ne trompent pas : « Sur les deux derniers matches, il a montré des choses vraiment positives. Il a beaucoup travaillé, rempli ses tâches défensives pour l’équipe et offert des moments de vraie qualité. » Les chiffres restent modestes mais réels : 443 minutes, 11 apparitions, un but, deux passes décisives cette saison.

Rien d’un crack installé. Mais assez pour nourrir la conviction du staff qu’il y a encore un vrai joueur à construire derrière le vernis du « wonderkid ».

Hoeneß et Eberl, la ligne dure

Si Danks a choisi l’empathie, la direction, elle, a haussé le ton. Ces dernières semaines, plusieurs dirigeants ont pointé du doigt non pas le pied droit de Karl, mais tout ce qui l’entoure : attitude, comportement hors du terrain, usage des réseaux sociaux.

L’honoraire président Uli Hoeneß a annoncé qu’il aurait une « conversation sérieuse » avec le jeune ailier. Une formule qui, dans sa bouche, n’a rien de décoratif. Elle sonne comme un avertissement : le club ne se contentera pas d’attendre que le temps fasse son œuvre.

Le directeur sportif Max Eberl a enfoncé le clou après le large succès contre Magdeburg, évoquant « une ou deux erreurs » de la part de Karl. Son exigence est claire : « Lenny doit montrer sur le terrain qu’il sort de ce creux. » Le message est public, assumé, presque programmatique : le pardon passera par le jeu, pas par les promesses.

Danks, le formateur qui protège

Face à cette ligne dure, Danks a choisi un autre registre. Celui de l’éducateur, pas du procureur.

« Ce que Lenny traverse en ce moment est complètement normal », a-t-il insisté. Puis il a déroulé ce que beaucoup de jeunes pros n’osent pas dire à voix haute : tout le monde rêve d’une ascension rectiligne, mais la réalité, ce sont des pics, des chutes, des fluctuations de forme, des périodes de grande confiance suivies de doutes profonds.

Le staff, martèle-t-il, « croit en lui, se tient derrière lui et l’encourage à travailler dur ». Pas de blanc-seing pour autant : derrière ces mots, il y a une exigence quotidienne, une pression interne. Mais Danks refuse de réduire Karl à ses faux pas médiatiques ou à ses blessures.

Dortmund en ligne de mire, et un rôle à redéfinir

Samedi soir (18h30), le club dispute un sommet de Bundesliga face au Borussia Dortmund. Un match vitrine, un match test. Pour Karl, ce ne sera sans doute pas une scène principale. Il est annoncé comme remplaçant, destiné à entrer en cours de jeu au mieux.

Ce statut raconte beaucoup de sa situation actuelle : trop talentueux pour disparaître, pas assez constant pour être intouchable. Entre les remontrances d’Uli Hoeneß, la fermeté de Max Eberl et le bouclier tendu par Simon Danks, le jeune ailier se retrouve au centre d’un bras de fer silencieux entre patience et impatience.

Le prochain chapitre ne se jouera ni en conférence de presse ni sur les réseaux. Il se jouera dans ces minutes grattées en sortie de banc, sous la lumière crue d’un choc contre Dortmund. À 18 ans, la question est déjà brutale : Lennart Karl va-t-il confirmer qu’il n’était qu’une étincelle passagère, ou commencer, enfin, à prouver qu’il peut tenir la flamme sur la durée ?